La solution à deux Etats semble faire l’unanimité de l’opinion publique en France comme en Israël. Pourtant ce partage est-il fondé sur une situation de fait ou sur une légitimité historique ?

– Une terre juive

La Torah prête à Saül la création du premier Etat juif : le royaume d’Israël. La capitale de ce royaume s’appelait déjà Jérusalem.

Vers 950 ans avant J.-C, Salomon, le 3ème roi d’Israël, y fit construire le « Temple de Jérusalem ». Le royaume est alors à son apogée, ses frontières s’étendent jusqu’en Assyrie.

Plus tard, le royaume se divise en deux, Jérusalem devient la capitale de la Judée (Royaume de Juda). Il s’en suit plusieurs périodes d’instabilité et de dominations étrangères. L’une d’elle va particulièrement affecter les hébreux, au VIème siècle avant J.-C le roi Nabuchodonosor II décide l’exil vers Babylone du peuple d’Israël et fait détruire le temple de Salomon.

Après 70 années de captivité le peuple hébreu retrouve sa terre d’origine et fait reconstruire le temple jusqu’à sa deuxième destruction en 70 après J.-C par les romains.

Trop petite pour devenir une province romaine, la Judée est rattachée à la Syrie. Mais pour punir une communauté israélite jugée belliciste, les romains finissent par renommer le protectorat de la Judée en
« Palestine » afin d’en effacer les origines juives.

Six siècles plus tard, la Palestine est peuplée pour moitié de juifs et de chrétiens. Églises et basiliques jalonnent le parcours supposé du christ entre Bethléem et son lieu de crucifixion.

Un homme, originaire de la Mecque, se rend régulièrement à Jérusalem pour y faire commerce. Plutôt que le profit, il y trouve l’inspiration.

A l’âge de 40 ans, Mahomet renonce à son métier, il se cherche un destin messianique et entame la rédaction du Coran. Le texte reprend la Torah sur le fond et sur la forme, en y mêlant croyances et cultures locales.

En plagiant la liturgie des prophètes, en s’inventant un héritage directe avec Abraham, en prétendant survoler Jérusalem sur un animal magique, Mahomet sait bien que cette terre est juive.

Lorsque les troupes arabes envahissent la Judée et qu’elles font construire une mosquée (Al-aqsa) en lieu et place du temple de Salomon, elles savent bien que cette terre est juive.

Lorsque les croisés chrétiens s’emparent de Jérusalem et en font un lieu de pèlerinage, ils savent très bien que Jésus est juif et que cette terre est juive.

Archéologues et historiens s’accordent à dire que cette terre est juive depuis le premier millénaire avant J.-C.

Alors pourquoi trouve-t-on encore aujourd’hui des personnes pour dire que la terre d’Israël n’est pas juive ?

– Une hostilité irrationnelle

En 1948, la Ligue Arabe (coalition des pays de l’ancien empire ottoman + Egypte + Djihadistes) s’oppose à la création d’Israël arguant que la Palestine doit rester musulmane dans son intégralité.

Il n’est alors pas question de promouvoir la solution à deux Etats préconisée par la Société Des Nations. Il en résulte une guerre d’expansion qui permet à la Jordanie et à l’Egypte de prendre le contrôle de la Cisjordanie et de la bande de Gaza.

Pendant 20 ans, aucun de ces deux pays ne prône la création d’un Etat palestinien. Avant cela, l’empire ottoman ne s’est pas davantage soucié de la souveraineté d’un peuple palestinien. Et pour cause, les velléités identitaires palestiniennes n’existent pas encore.

En 48, les palestiniens eux-mêmes ne se considèrent pas comme palestiniens, ils se disent avant tout « arabo-musulmans » ou « syriens », la Palestine étant restée province syrienne depuis l’époque romaine et Damas n’étant située qu’à quelques 200 km de Jérusalem.

Le mot « palestinien » a même un caractère péjoratif, il désigne les juifs mandataires bénéficiaires du statut de foyer national juif depuis 1920. Culturellement rien ne sépare donc un syrien d’un palestinien.

De même que rien ne sépare non plus un jordanien d’un palestinien. Tous sont issus des conquêtes arabo-musulmanes.

L’immense richesse culturelle des civilisations perses, assyriennes, babyloniennes, nabatéennes s’est noyée dans une monoculture postislamique décadente (au regard de l’âge d’or islamique).

En outre, durant toute la période ottomane aucune frontière ne séparait ces trois pays. Churchill se vante lui-même d’avoir créé la Jordanie en un coup de crayon sur un coin de table.

Au moment du découpage des frontières, l’identité politique jordanienne et syrienne est si peu affirmée que les britanniques remettent les clés de ces deux pays à des mecquois (les hachemites) pour services rendus à l’empire.

Ce partage a pour effet d’exalter le sentiment nationaliste arabe aux dépends des minorités ethniques locales sauf en Syrie où la France réussit à imposer la création d’un micro-Etat, le Liban, pour protéger les chrétiens-maronites.

Bien que français et britanniques aient restitué aux arabes la quasi intégralité de l’empire ottoman (Irak, Syrie, Jordanie, Arabie), les arabes ont ainsi continué à revendiquer le contrôle d’une terre historiquement juive et dérisoirement petite au regard des Etats musulmans qui l’entourent.

L’échec du mandat britannique soulève différentes questions. Pourquoi cet acharnement alors que la partition de l’Inde et du Pakistan à échelle beaucoup plus vaste et dans des conditions tout aussi douloureuses s’est effectuée finalement plus sereinement ?

Pourquoi cette terre reviendrait-elle à des musulmans alors que juifs et chrétiens y vivaient bien avant leur arrivée ?

Pourquoi ces arabes ne pourraient-ils pas vivre pacifiquement dans un Etat juif alors qu’ils ont vécu pendant des siècles sous domination turc ?

Pourquoi le Liban maronite venu empiété à sa création sur la souveraineté de la Syrie-historique ne provoque-t-il pas l’ire de la Ligue Arabe ? Faut-il y voir une conjuration visant exclusivement le judaïsme ?

Faut-il y voir une forme d’antisémitisme alors que arabes et juifs ont partagé tant de villages dans tout le Moyen-Orient ? Dans cette exaltation de sentiments nationalistes, faut-il voir une forme d’égoïsme panarabique alors que l’islam se veut religion de paix et de tolérance ?

Racisme et égoïsme sont des ressentiments humains qui contribuent effectivement à la difficulté de trouver une solution pacifique mais le véritable enjeu est avant tout religieux. En effet, l’Etat d’Israël s’oppose à trois des fondements de l’islam : le Dhimmi, la Oumma et le Djihâd.

Le Dhimmi est le statut qui régit le citoyen non-musulman en terre musulmane. C’est un pacte de protection en échange d’une dime et d’une promesse d’allégeance. Dans la tradition musulmane, l’étranger en terre d’islam est donc vu comme un « serf » si bien que dans l’inconscient collectif musulman : juifs, chrétiens et impies restent les obligés de l’islam.

La Oumma découle du principe de solidarité entre tous les musulmans. C’est un principe de soutien panislamique. En vertu de ce soutien toutes les communautés musulmanes ont pris fait et cause pour les arabes palestiniens sans pour autant connaitre les aspects historiques ou politiques du problème et en dépit souvent d’une analyse rationnelle.

Le Djihâd est l’action de combattre pour la religion, pour l’affermissement de la foi et la défense des frontières. Tout musulman est tenu, s’il en a la possibilité, de faire le djihâd. Or la construction de la mosquée Al-aqsa devenue le troisième lieu saint de l’islam a fait de la Palestine un enjeu majeur pour tous les musulmans.

Les civilisations judéo-chrétienne et arabo-musulmane doivent tout au judaïsme. Elles reprennent non seulement des textes rédigés par des prophètes juifs (dont l’histoire est enracinée à la terre promise) mais aussi une pensée, une morale, des traditions.

À 70 années de guerre de religion larvée se conjuguent désormais le fanatisme du Hamas et un choc de civilisation Orient-Occident rendant la résolution du conflit presque impossible alors il serait peut-être temps que chrétiens et musulmans, qui dominent près de 80 % de la planète, rendent hommage à l’héritage qu’ils ont reçu et qu’ils cherchent ensemble une solution pacifique à l’une des plus longue injustice de leur histoire commune.