11 ans en Israël, ça commence à faire, et combien de fois t’es tu promis de ne pas passer tes prochaines vacances en France, mais c’est comme ça, ça vient avec le package de l’Alyah, un jour peut être tu embarqueras ta petite famille à Zanzibar, mais en attendant, tu passes par Roissy Charles-de-Gaulles presque chaque été, et tu sais bien que ça n’a rien d’original.

« Deux semaines de vacances en août en France cette année ? Ça alors, nous aussi! » Ça alors…

« Yaaa Tsarfat!! Eize kef lah’em » (La France, quelle chance !) te lancent tes amis israéliens avant ton départ, et c’est vrai que c’est agréable : tu revois tes vieux copains, tu fais découvrir les coins de ton enfance à tes petits Israéliens, ton toi de maintenant, celui de bien après l’Alyah, se sent plutôt à l’aise pour jouer sur ce terrain à la fois si connu et si lointain.

Et il faut bien avouer que tu en prends plein les yeux pendant ton séjour, quel beau pays quand même ! Tu tournes aussi un peu plus longtemps que nécessaire dans les rayons des grandes surfaces, étourdie par le choix, puis par les prix, tu t’écoutes reprendre, un peu étonnée, tes réflexes de politesse, comme s’ils ne t’avaient jamais quittée, et tu passes aussi beaucoup de temps à observer les gens dans la rue en les trouvant extrêmement bien habillés.

Bref, des vacances très sympas, sans soldes certes, mais très sympas.

Et puis tu reviens en Israël. Surprise comme chaque année par la joie qui t’envahit au retour, alors que franchement, tu as beaucoup trop chaud, et que tout a l’air un peu moins… ou bien au contraire un peu trop… bref, tu ne t’expliques pas ton émotion, ce sont les gens, les quartiers, les noms, l’hébreu, le bordel, cette sorte d’écho en toi…

Non, c’est sûr, ce n’est pas rationnel, c’est juste là, évident. Tu ne voudrais revenir nulle part ailleurs qu’ici. Et puis ce chauffeur de taxi qui vous ramène à la maison te fait tellement penser à ton grand frère.

Le quotidien reprend vite ses droits. Toi, tu reprends le travail, une semaine trop tôt, en jonglant pour faire garder les enfants, encore en vacances évidemment.

Et déjà il faut préparer la rentrée.

Tu te souviens qu’en France, quand tu étais petite, l’odeur du 1er septembre était celle des habits neufs et des chaussures en cuir qui serrent un peu les pieds.

Ici, c’est différent. Pour le style des enfants, tu as lâché prise et tu suis le mouvement général depuis un message de la ganenet reçu sur ton téléphone il y a quelques années : Merci de ne plus mettre de jean à ton enfant. Ce n’est pas confortable ! Au début tu t’es étranglée, puis tu t’es adaptée, comme pour le reste…

De toute façon, l’été va bien durer deux mois encore. Va pour les shorts et les sandales jusqu’à la mi-octobre.

Non, pour toi, l’odeur de la rentrée est celle du plastique sans bisphénol des boîtes que tu vas devoir préparer et envoyer pour le petit déjeuner de tes enfants, jour après jour, tout au long de cette année scolaire.

Tu te prépares au combat qui t’attend en t’inscrivant sur un groupe Facebook consacré au sujet, où les parents s’entraident pour traiter de l’épineuse question du contenu de LA boîte. Apparemment tu n’es pas la seule à cristalliser toutes tes angoisses sur ce sujet.

Maintenant que tu as un enfant en primaire, tu as aussi dû imprimer courageusement la liste des fournitures scolaires en hébreu. Tu t’es rendue le cœur battant dans le magasin attitré, à une heure creuse, et tu t’es accrochée au vendeur comme à une bouée de sauvetage pour qu’il t’aide, parce que tu n’as pas le courage de tout traduire sur Google.

Il a rempli consciencieusement ton panier sans rien oublier, avec le sourire, en te gratifiant au passage de brachot pour toute ta famille et sur plusieurs générations.

Finalement tu t’en sors plutôt bien cette année, il ne te reste plus qu’à négocier serré avec ta moitié pour savoir qui se rendra aux réunions du prochain mois, celles pendant lesquelles tu devras rester assise une bonne heure sur une petite chaise de gan en prenant des notes en phonétique.

Allez encore un peu de courage, de toutes façons les vacances reviennent bientôt, et tout ne commencera vraiment qu’Ah’arey haH’agim, après les fêtes.

Ça se passe comme ça en Israël…

Bonne rentrée à tous !