La haine est un goût qui s’acquiert manifestement.

A traverser l’exposition du Mémorial de la Shoah sur le génocide Rwandais, on retrouve avec la même fascination horrifiée les petits pas anodins pris en direction des pogromes :

La déshumanisation systématique, l’isolation géographique, l’imposition de documents d’identités, la restriction de mobilité, la nuit des longs couteaux de l’opposition Hutu…

Un génocide ça n’est pas un évènement, c’est un processus, une formule dont le massacre est l’aboutissement. Quand on regardait du confort de nos salons, les atrocités à Kigali, on était surpris par la spontanéité avec laquelle semblait se dérouler des massacres inimaginables.

Un génocide de voisinage vraiment ? Je ne suis pas fan de tous mes voisins, mais de la a en arriver à les dépecer ?

Pourtant c’est ce que nous disaient les images, alors que la réalité n’avait rien de spontanée.

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L’exposition retrace ce parcours, en invitant à la vigilance de manière pédagogique. En effet en sortant de l’exposition j’avais l’impression d’avoir suivi une formation accélérée sur l’identification des facteurs menant à un génocide, la confluence du peuple et du pouvoir, et finalement la réconciliation et la guérison.

On est souvent tenté de se rassurer quant à la Shoah, d’y voir là le charisme d’un homme et un peuple désespéré, en ignorant le millénaire d’antisémitisme qui a précédé. L’Holocauste est dans sa dimension historique, le pire des pogroms subit par les Juifs en Europe, certainement pas le premier.

Et c’est ce qui fait en partie la force de l’exposition, à la vue du Rwanda, a l’écoute des témoignages, on ne peut plus dire que ce genre choses sont des erreurs, que les Tutsis comme les Juifs étaient au mauvais endroit au mauvais moment, alors qu’ils étaient exactement là où l’on voulait qu’ils soient.

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D’ailleurs c’est la disponibilité des témoignages qui frappe. Les gens étaient au téléphone avec Paris, New York et Bruxelles quelques heures avant d’être massacrés et pourtant….

On reprochait aux Allemands d’avoir tourné l’œil en 40, de prétendre ne pas savoir ce qui arrivait à leurs voisins malgré les rumeurs, mais a l’époque il n’y avait pas les caméras du monde braqués sur les camps, les soldats Russes et Américains ne s’attendaient pas à ce qu’ils allaient trouver. Il y’a vingt ans le monde entier était témoin des appels à l’aide précèdent le génocide, les victimes étaient vues, leurs supplications en direct sur nos télévisions, et le monde à essayer de se voiler la face. Nous le savions tous.

C’est sans doute la leçon la plus triste de l’exposition, que l’on sache ou que l’on ne sache pas, personne ne veut admettre l’horreur et la regarder en face, et personne n’est prêt à intervenir.

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Cette exposition nous remet face à nos sentiments mais également face à notre responsabilité de citoyen et d’humain à garder l’œil ouvert, et à prendre notre courage à deux mains face aux petites injustices qui peuvent cacher des choses bien, bien plus sinistres.

La présence internationale en RCA est un signe que la compréhension des choses change, et récemment, le Minority Rights Group International (MRG) a publié un rapport et une cartographie des populations à risques de massacres en 2014 et les facteurs y contribuant. Steven Spielberg est sur le point de lancer un centre de recherche sur le génocide. Si les initiatives hollywoodiennes ont tendance à agacer on connait aussi le sérieux de M. Spielberg.

Les cérémonies des vingt ans du génocide rwandais, se déroulaient à quelques semaines de Yom HaShoah cette année. Benyamin Netanyahu mentionnait l’holocauste pour justifier sa politique préventive envers l’Iran, Paul Kagame, en profitait pour détourner l’attention du Congo, en blâmant la France en particulier et l’Occident en général.

Il est difficile de faire la part des sentiments dans ce genre de moments, les émotions volent haut, la faute est ailleurs et le pire est à venir… Mais la commémoration d’un génocide ça n’est pas attiser de la peur, ça n’est pas le blâme d’autrui, ça ce sont les dynamiques qui mènent à répéter une histoire sordide. La vigilance est de rigueur, mais il y a un temps pour la politique, beaucoup de temps d’ailleurs, il y a aussi un temps pour une pause. La commémoration d’un génocide, c’est un appel à la responsabilité collective, le moment de regarder son voisin et de se retrouver en lui, parce qu’au-delà des manipulations, il est le même que nous.

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