Hier, 20H30, Quimper, centre ville, cinéma Les Arcades. A l’entrée de la petite salle où est projeté ce documentaire de création israélien et indépendant, une petite foule âgée se presse.

J’y reconnais de nombreux visages : militants et dirigeants communistes, trotskystes, du Parti des Travailleurs, piliers de l’AFPS ou d’assos de soutien au peuple palestinien. Du léger brouhaha de la foule ressortent nettement « Loi El Komri », « Torah », « vérité » ou « souffrance du peuple palestinien ».

On entre. Le documentaire a un rythme singulier, des plages musicales intéressantes : chaque séquence est immersive. Et j’ai ce plaisir très personnel de retrouver cette lumière unique, saisissante, propre à Israël dans plusieurs plans de paysages. Ceci dit, le sens des interrogations de l’auteure est très critique : interrogation du roman national israélien, déconstruction de l’embrigadement par l’éducation côté palestinien et israélien, reproduction des traumatismes côté israélien. Son hypothèse est qu’un autre enseignement peut soustraire ces enfants à la guerre.

Après la projection, le débat. Ou presque. L’organisatrice et Tamara Erde se retrouvent, en bas, face à la salle. Après un long silence, une première question, violente. «  Vous qui avez une carte d’identité Israélienne, c’est-à-dire d’un état colonial et colonisateur, comment vous sentez vous? » Indignée, une personne s’en va, plusieurs hésitent.

Aucun débat ne prendra racine: les uns utiliseront ce moment comme tribune pour bien faire comprendre leur implication associative auprès des Palestiniens, les autres tenteront – nonobstant son oeuvre pourtant clairement engagée – d’obtenir une vibrante condamnation de l’état Israélien de la part de Tamara Erde. Dans ce niveau crasse, surnagent la finesse et l’intelligence circonstanciée de l’auteure et l’habileté de l’organisatrice.

Hier soir, pendant 45 éprouvantes minutes, tout un pays, un peuple, Israël, était réduit à ses colonies. Et une femme, pourtant très à gauche, présentant sa propre démarche d’émancipation hors de tout déterminisme national ou ethno-religieux, était renvoyée à sa nationalité par presque toute une salle. Glaçante ironie. Parfaite essentialisation.

Une scène m’a marqué. En me retournant, j’ai vu que face à une fine jeune femme de 33 ans se tenaient des gradins peuplés d’une viscérale hostilité ou d’un aigu scepticisme, semblant incapables de lui communiquer une once d’empathie. J’ai senti toute cette négativité, cette fixation idéologique sur l’Etat Juif, unique au monde mais coupable de survivre. Je crois que ces gens n’aiment pas les singularités, mais les masses.

Ce matin, j’ai dans ma bouche un goût d’amertume.

Il ne peut y avoir d’hésitation : Israël doit survivre. Il s’agit d’Humanité.