Si nous avons terminé l’année civile par une paracha qui nous donnait une leçon d’économie sociale, nous commençons 2015 par la paracha Vaye’hi qui, elle, donne un cours de management qui mériterait d’être lu par tous nos dirigeants communautaires.

La première leçon de management commence au chapitre 47 :

Chap. 47 V. 28 : “Jacob vécut dans le pays d’Egypte dix-sept années ; et les jours de Jacob – les années de sa vie – furent de sept ans et cent quarante ans.”

Certains vont se demander quelle est la leçon de management dans ce verset. Lisons le commentaire du Rav Feinstein à ce sujet : “ En employant le terme “vécut” plutôt que “séjourna”, la Thora souligne la qualité de vie dont a joui Jacob en Egypte (pendant les dernières années de sa vie). Cela n’est pas sans rappeler le proverbe d’Akeida :  “Lorsque la fin de la personne est bonne, alors tout est bon. “”

Ce commentaire et ce proverbe doivent nous faire réfléchir, non seulement à la place de nos anciens dans la communauté, mais plus particulièrement à la place des “anciens”, appelés dans le langage de l’entreprise, “seniors” au travail. Comme vous le savez, un travailleur de plus de 50 ans est un “has been” pour les chers DRH. Pourquoi embaucher un vieux, pouvons-nous entendre dans les réunions de management. Essayons de donner quelques pistes à ces DRH :

  • Les anciens ont une expérience qu’ils peuvent partager avec les jeunes ;
  • Les anciens ne vont pas changer d’employeur trop souvent ;
  • Les anciens ont une culture de l’entreprise…

Bien sûr, je suis certain que vous connaissez beaucoup d’autres raisons.

Devant un travailleur d’un certain âge, demandons à nos dirigeants d’écouter le proverbe cité ci-dessus afin que cet employé puisse dire “tout est bon”.

La deuxième leçon de management se trouve dans le verset qui suit :

Chap. 47 V. 30 : Jacob dit : “Je reposerai avec mes pères et tu me transporteras hors de l’Egypte et tu m’enseveliras dans leur sépulture.”

Lisons ensemble  le commentaire de Rachi : “Jacob ne souhaite pas que les Egyptiens transforment sa sépulture en objet de culte idolâtre.”

En parcourant le commentaire de notre grand Maître, je me suis posé la question sur certains Rabbins qui sont devenus des idoles pour leurs “fans”. Qui n’a pas vu certains membres de la Communauté avec une photo d’un rabbin dans la poche, un billet de banque ou autre gris gris. N’est ce pas de l’idolâtrie ? Pour moi OUI,  n’en déplaise à certains.

Du point de vue “managerial”, ce commentaire nous apprend que quiconque, tout Président ou Dirigeant qu’il soit, ne doit pas se faire passer pour un Dieu ou plutôt pour une idole car, n’oubliez jamais que dans l’histoire, les idoles ont toujours été déboulonnées.

Arrêtons de nous chamailler, arrêtons de nous rejeter, arrêtons de croire que certains sont plus juifs que les autres, arrêtons de croire que certains aiment plus Israël que les autres mais UNISSONS-NOUS afin de bien vivre ensemble.

Les deux prochaines leçons de management se cachent dans le chapitre 49.

Chap. 49 V. 1 : “Jacob appela ses fils et dit Rassemblez-vous et je vous dirai ce qui vous arrivera à la fin des jours.””

Pour beaucoup de commentateurs, l’expression “rassemblez-vous” est d’une grande importance. Ainsi, le Rav Feinstein nous enseigne que “c’est uniquement s’ils évitent toute discorde – s’ils se rassemblent et sont solidaires continuellement – qu’ils mériteront la délivrance finale.”  Pour le Rav Elie Munk : “L’indéfectible solidarité des familles d’Israël sont pour Jacob la première condition pour la réalisation de la bénédiction. Le passé lui a enseigné quel mal peut être provoqué par la désunion, la haine et la jalousie.“

Pour ceux qui me font l’honneur de me suivre chaque semaine, rappelons-nous le commentaire de Rachi sur la paracha de la semaine dernière qui nous interpelait en expliquant que “Joseph demande à ses frères de ne pas s’engager dans un débat halakhique de peur que la route ne s’agite contre eux.”

Quelle belle leçon pour nos Instances et pour nous-mêmes: nous devons être UNIS pour la réalisation de la bénédiction. Alors faisons un voeu pour cette nouvelle année civile : arrêtons de nous chamailler, arrêtons de nous rejeter, arrêtons de croire que certains sont plus juifs que les autres, arrêtons de croire que certains aiment plus Israël que les autres mais UNISSONS-NOUS afin de bien vivre ensemble.

 Chap. 49. V. 3 et 4 : “Ruben, tu es mon premier-né, ma force et les prémices de ma vigueur, premier en dignité et premier en puissance. Impétueux comme l’eau, tu ne prendras pas davantage car tu es monté sur le lit de ton père ; tu as alors profané Celui Qui montait sur ma couche.”

Ruben,  qui est l’ainé de Jacob,  perd son droit à diriger le peuple car même  s’il s’est repenti, il  avait précédemment pêché. Pour le Rav Feinstein: “ Ruben s’est sincèrement repenti et est devenu l’archétype du pénitent. Cela ne lui a néanmoins pas permis de conserver son statut de premier-né : un dirigeant n’a pas le droit de se montrer impétueux. Il doit mûrement peser ses décisions et mesurer leurs conséquences.”

Mesdames et Messieurs nos dirigeants : que puis-je ajouter à ces conseils ? Rien, sinon vous dire que si vous voulez garder le pouvoir, écoutez la base du peuple et surtout ne vous engagez pas si vite devant la presse car,  par ce biais, vous engagez toute la Communauté.

Pour clore ce commentaire, intéressons-nous au verset 4 du chapitre 50:

Dirigeants communautaires, essayez de convaincre le peuple que vous agissez pour le bien de tous.

Chap. 50 V. 4 : “Les jours de ses pleurs passèrent et Joseph parla à la maison de Pharaon en disant :  “Je vous prie, si j’ai trouvé grâce à vos yeux, parlez donc aux oreilles de Pharaon en disant”…

Comme vous le voyez, Joseph ne s’adresse pas directement à Pharaon mais demande à des courtisans de la Maison royale d’aborder la question avec le Monarque.

On peut se demander pourquoi un homme tel que Joseph, qui à l’époque est Vice-Roi d’Egypte, ne s’adresse pas directement au Pharaon. La réponse est dans le Midrash  qui en profite pour nous donner une leçon de vie. “Pour prévenir une opposition des gens de cour, Joseph a agi selon le dicton : “Si tu veux éviter que l’accusateur n’agisse contre toi, gagne-le à ta cause.””

Ainsi, cette dernière leçon de management est simple et digne de tous les enseignements des grandes écoles. Si vous, dirigeants, souhaitez être écoutés, suivis, alors il ne vous reste qu’une chose à faire : Essayer de convaincre le peuple que vous agissez pour le bien de tous. Avec cette paracha, nous refermons le livre de la Genèse pour entrer dès la semaine prochaine dans le fabuleux livre de l’Exode qui, j’en suis sûr, nous réservera plein de leçons de vie

A vous toutes, chères lectrices et à vous tous, chers lecteurs, je profite de ce billet pour vous souhaiter une bonne et heureuse année 2015.  Que cette année soit une année de paix, de dialogue et de solidarité.

Chabbat chalom