Incroyable mais vrai: en France de l’année 2014 il existe depuis des siècles une habitation portant le nom maudit « Mort aux juifs ». Résidu du temps des Croisades ce minuscule hameau dans le Loiret est à peine connu, mais la honte n’en est pas moins existante. Certes, ce n’est qu’un nom, mais combien symbolique de la haine ayant massacré pendant des siècles, et notamment lors de la Shoa, tant de juifs. Et il ne s’agit pas uniquement de mauvais souvenirs mais aussi de craintes actuelles et réelles éveillées par la recrudescence de l’antisémitisme.

Incident de parcours dans la grande Histoire direz vous? Pourtant de nombreuses démarches avaient été faites au cours des années auprès de différents Ministères de l’Intérieur pour changer le nom, mais en vain.

Ce n’est que très récemment que selon la presse les choses devraient changer. Ce minuscule hameau constitué d’une ferme et de deux maisons sur la petite commune de Courtemaux,, ne va pas tarder à changer de nom. L’initiative fait suite à une demande du Centre Simon Wiesenthal au ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve. « Que ce nom soit passé inaperçu pendant les soixante-dix ans qui ont suivi la libération de la France du national-socialisme et du régime de Vichy est extrêmement choquant », dénonce l’ONG fondée par le chasseur de nazis Simon Wiesenthal.

A Courtemaux, 266 habitants, la requête a tout d’abord semblée farfelue. « Pourquoi changer un nom qui remonte au Moyen-Age, ou à plus loin encore? Il faut respecter ces vieux noms » a déclaré la doyenne des conseillers municipaux. La même demande, faite en 1992 par le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), avait été rejetée par le conseil municipal. A l’époque, les habitants avaient enleve les panneaux mais le nom était resté inchangé sur le cadastre.

Bonne décision contre le racisme mais intervenue bien en retard par rapport aux patissiers ayant changé la « tête de nègre » en « meringue au chocolat. Un peu en retard aussi par rapport aux Espagnols: En mai dernier, le village espagnol de « Castrillo Matajudios » (« Castrillo Tue-les-juifs ») a adopté par référendum le changement de son nom, qui rappelait l’Inquisition et la persécution des Juifs d’Espagne.

Ce n’est peut être qu’un détail dans l’Histoire mais pour bon nombre de juifs vivant en France, voire en Europe, ce détail reflète un certain tableau général de haine, racisme et antisémitisme, engendrant la crainte pour leur sécurité, et la volonté de trouver un lieu plus rassurant.

Ce qui pourrait expliquer la nette augmentation du nombre de juifs immigrant en Israël. Quel paradoxe: chercher refuge et abri dans ce pays menacé régulièrement. Pourtant, la « Aliyah » (immigration) en provenance de la France bat tous les records cette année, et prévue d’atteindre 5000 nouveaux israéliens, le double de l’année dernière, et trois fois plus que l’année précédente.

Cette tendance n’a pas échappé à un certain nombre d’intellectuels juifs influents, exortant les juifs à ne pas quitter leur patrie. Tel l’ecrivain Marek Halter, originaire de Pologne qu’il avait fui jadis pour retrouver la sécurité en France.

« La raison de ce départ je la connais: l’anti-judaïsme. Je préfère le mot « anti-judaïsme » à « antisémitisme », les musulmans dans leur majorité étant eux aussi sémites. Il est vrai que l’anti-judaïsme en France est aujourd’hui virulent… Fuir la France n’est pas une solution….
Quitte-t-on, du reste, si facilement une maison quo l’on a mis si longtemps à construire? »

Même son de cloche dans l’appel de Bernard-Henry Levy, comprenant lui aussi les raisons de départ, mais exhortant tout même les juifs de ne pas quitter la France.

La prise de position de Marek Halter lui a valu des commentaires, valables également pour l’appel de BHL. Yoël Sher, ancien ambassadeur d’Israël, a écrit: « Si un État juif avait existé dix ans avant la naissance d’Israël, la Shoah n’aurait peut être pas eu lieu, ou en tout cas des centaines de milliers de victimes auraient eu la vie sauve. Depuis, de nombreux Juifs, désireux d’accomplir leur destin national, ont cependant choisi d’atermoyer, de remettre à l’an prochain la réalisation du voeu ancestral de retour à Jérusalem. C’est endosser une lourde responsabilité que de vouloir les empêcher de le faire aujourd’hui, et c’est aller à contre courant du movement historique de libération nationale du people juif qu’est le Sionisme ».

Ceci dit, nul ne peut affirmer que les Juifs de France courent un danger imminent. Mais ce qui compte c’est leur sentiment que c’est le cas. En effet, la presse française a rapporté la semaine dernière que de janvier à fin juillet, les actes antisémites recensés en France ont progresses de 91 % par rapport à la même période de 2013. Les actes et les menaces antisémites étant passes de 276 à 527. Des données peu réconfortants pour célébrer en France le Nouvel An Juif.