Auteur : Le major-général Ed Fitch (à la retraite) a servi dans les Forces armées canadiennes de 1966 à 2009

Parmi les plus grands défis auxquels font face les commandants militaires à notre époque figure l’impératif de « penser comme un terroriste. » Comme c’est la dernière fonction que j’ai occupé à l’armée, je sais pertinemment que c’est une tâche aussi désagréable qu’essentielle.

À l’époque des Jeux olympiques de Vancouver en 2010, je dirigeais l’équipe rouge des Jeux à qui on a attribué le rôle d’adversaire du plan de sécurité des Forces armées canadiennes (FAC). Nous avons créé une cellule terroriste et un plan d’attaque fictifs pour tester le système de défense du Canada aux Jeux olympiques et, ce faisant, en démontrer les faiblesses. Considérer la sécurité sous le prisme des attaquants a constituéune expérience plutôt sobre qui, peut-être plus que toute autre expérience durant les 43 années passées au sein des FAC, a prouvé à quel point la prise de décision par les armées occidentales est devenue, de nos jours, une tâche des plusardues.

La lutte contre le terrorisme a atteint un niveau de complexité, de rapidité et de dilemmes moraux qui étaient inimaginables il y a encore un siècle. Depuis l’attaque du 11 septembre 2001, les forces occidentales opèrent dans des environnements extrêmement complexes où des terroristes en civil se fondent parmi les civils et les exploitent. Les acteurs non étatiques, tels qu’Al-Qaeda, le Taliban ou ISIS, jouissent d’un énormeavantage sur le terrain. Considérés comme des mouvements extrémistes plutôt que d’États légitimes, ces groupes visent à infliger un maximum de dégâts aux forces occidentales tout ense servant des victimes civiles pour mener une guerre de relations publiques.

La bataille actuelle menée entre Israël et divers mouvements terroristes à Gaza, avec le Hamas au premier rang, reflète une version extrême de cette nouvelle phase de guerre asymétrique. Après avoir été frappé par des centaines de missiles en provenance de Gaza depuis la mi-juin [1], Israël a lancé l’opération Bordure protectrice le 8 juillet. Les dirigeants israéliens ont entrepris cette opération sachant fort bien qu’ils nejouissent que d’une infime marge de manœuvre, aussi bien dans la bande de Gaza que sur le front intérieur israélien.

La faiblesse stratégique d’Israël a toujours été sa petite superficie (Israël en entier couvre environ deux tiers de la superficie de l’île de Vancouver). Le Hamas a nettement exposé cette vulnérabilité en lançant des barrages sans précédent demissiles à longue portée. Ces armes, dont beaucoup sont fournies par l’Iran, menacent à présent la majorité des Israéliens, soit plus de cinq millions de civils.

Le système Bouclier de fer d’Israël abat 90 % des missiles visant les centres de population, réduisant au minimum le nombre de victimes parmi les civils israéliens. L’impact psychologique, cependant, peut être comparé à celui vécu par les Londoniens en 1940, un peu comme un bombardement du 21eme siècle, mais avec des applications iPhone pour alerter les Israéliens de l’imminence d’attaques de missiles. Sans le Bouclier de fer, le pays aurait été ravagé par la destruction. En effet, le Bouclier de fer a sauvé des vies des deux côtés en donnant au commandement militaire d’Israël la capacité de mener à bien une campagne de frappes ciblées à Gaza, plutôt qu’une invasion terrestre précipitée.

En plus de cibler les rampes de lancement de missiles du Hamas et les dépôts de munitions, les Forces de défense d’Israël se sont concentrées sur la destruction des résidences des commandants terroristes à Gaza. Les résidences des dirigeants du Hamas nesont pas seulement des habitations, elles jouent en premier le rôle de centres de commandement et de sites de stockage d’armes. Israël prend néanmoins grand soin d’avertir les civils en leur envoyant des messages texte, des appels téléphoniques, des tracts d’avertissement et des bombes assourdissantes. Bien que cette méthode permette aux militants du Hamas de fuir les zones visées quelques minutes avant l’attaque aérienne, ellepermet aussi à Israël de détruire l’infrastructure terroriste en infligeant un minimum de dommages collatéraux. Cela ne veut pas dire qu’il faut minimiser l’importance de pertes de vies civiles. Chaque civil tué à la guerre constitue une tragédie.

Mais plusieurs de ceux qui sont morts à Gaza ont reçu l’ordre duHamas de se rassembler sur les toits de bâtiments, bien qu’ils aient été avertis que ces bâtiments allaient être ciblés par Israël. Un rapport de l’ONU publié la semaine dernière et concernantles victimes civiles dans la bande de Gaza a indiqué que « dans la plupart des cas, les habitants ont été avertis avant l’attaque de quitter leurs demeures, soit par des appels téléphoniques de la part de l’armée israélienne, soit par des tirs de missiles d’avertissement. »

Le général Patton aurait déclaré : « L’objectif d’une guerre n’est pas de mourir pour votre pays, mais de faire en sorte que l’autre (juron) meurt pour la sienne. » Malheureusement, le Hamas a complètement inversé cet axiome en se servant de son propre peuple comme bouclier humain. Comme l’a déclaré le premier ministre d’Israël, « Nous utilisons les missiles pour protéger noscivils; le Hamas utilise les civils pour protéger ses missiles. » Israël a très clairement indiqué que son objectif consiste à assurer un arrêt à long terme des tirs de missiles en provenance de Gaza. Au moment de la rédaction de cet article, il reste à voir si le Hamas acceptera une désescalade durable. Une chose est certaine. Les tactiques utilisées par le Hamas vont sûrement être copiées par les mouvements terroristes islamiques dans d’autres coins du monde. À la suite de la hausse du nombre de mouvements djihadistes en Syrie, en Irak et ailleurs, les armées occidentales seraient bien avisées de non seulement « penser comme un terroriste », comme je l’ai fait auparavant, maisd’étudier les tactiques d’Israël et veiller à ce que nos forces soient prêtes pour une nouvelle évolution de la guerre asymétrique.
_____________________________________

[1] Depuis 2001, plus de 13 800 roquettes et mortiers, une moyenne de trois attaques chaque jour, ont atteint Israël. Depuis qu’Israël s’est retiré de la bande de Gaza en 2005, les terroristes ont tiré plus de 8 000 roquettes sur Israël. http://www.idfblog.com/facts-figures/rocket-attacks-toward-israel/