Une grande première au Parlement Européen : Les Européens surpris par les arguments juridiques de la nouvelle diplomatie israélienne

Le 7 Novembre 2018, une grande première a eu lieu au Parlement Européen. Elle est passé quasi-inaperçue dans la presse nationale israélienne et elle a été totalement ignorée par la presse internationale.

Ron Ishai, le directeur de cabinet du Ministère des Affaires de Jérusalem et de l’Héritage (Juif), sous l’autorité du ministre Zéev Elkin du parti Likud, a défendu au Parlement Européen la légalité de la souveraineté exclusive de l’état hébreu sur Jérusalem, toute la Jérusalem, et ceci selon les termes et les règles du Droit international.

Dans son interview (en anglais), ce haut-fonctionnaire israélien a souligné le caractère premier et novateur de cette démarche de l’État d’Israël en direction de la Communauté Européenne sur le terrain du droit international, dans le but de clamer haut et fort la légalité de la possession de Jérusalem, c’est-à-dire toute la Jérusalem, comme capitale de l’État d’Israël.

Les Européens, déclara le représentant israélien, furent surpris par l’articulation claire et bien énoncée des arguments légaux avancés ; ils n’avaient jamais entendu une chose pareille ! Pour eux jusqu’à présent la cause était entendue, la présence d’Israël à Jérusalem-Est est clairement illégale, elle viole Droit international. La preuve est que cette position est celle de la « Communauté internationale », elle est répétée à l’envie dans tous les forums de l’ONU, à New York et à Genève, à ceux de la Communauté Européenne, à Bruxelles et à Strasbourg et dans tous les médias.

Le haut-fonctionnaire, tout en faisant part de cette grande première, nota que ses interlocuteurs européens, une fois la surprise passée, furent immédiatement divisés en 2 catégories bien distinctes. Certains de ces surpris voulurent en savoir davantage car c’était la première fois qu’ils entendaient ce discours alors que d’autres, aux positions tranchées anti-israéliennes, ne voulurent rien entendre.

En effet, les arguments en faveur de la légalité de la souveraineté juive sur Jérusalem et particulièrement sur la Vieille Ville et le bassin des Lieux Saints peuvent être simplement et clairement défendus dans n’importe quel forum diplomatique et nous aurons l’occasion à maintes reprises de revenir sur la validité de ces arguments dans nos prochains articles.

La vraie question pour l’instant est de se demander pourquoi plus d’un demi-siècle a dû s’écouler depuis la guerre des Six Jours en 1967 pour qu’enfin la diplomatie israélienne développe cette position en s’appuyant sur le Droit international. Pourquoi, à chaque occasion donnée, lors des réunions de l’Assemblée générale de l’ONU, lors des discours annuels des chefs d’états, lors des réunions du Conseil de Sécurité cette position n’a jamais été exposée. La question est lancinante et elle exige réponse.

On peut aisément comprendre que lorsque la Gauche israélienne était au pouvoir, le gouvernement ne voulait pas faire état de ce type d’arguments car son intention était de rendre Jérusalem et la Judée-Samarie conquis lors de la guerre des Six Jours contre une paix avec la Jordanie, la fameuse stratégie des « Territoires contre la Paix » défendues par tous les partis de Gauche jusqu’à ce jour. Selon la gauche israélienne, argumenter dans le sens d’une légalité de la souveraineté israélienne sur la vieille ville de Jérusalem c’était fermer la porte à toute négociation.

Alors, faisons profil bas et arrivons à un accord, un compromis avec les Arabes qui ne manqueront pas de répondre à cette offre généreuse qui ne leur coûte rien. La remise des clés du Mont du Temple du ministre de la Défense Moshé Dayan aux autorités religieuses musulmanes Jordaniennes, dès la fin de guerre, le WAKF, est édifiante quant à cette position. C’est depuis lors que le WAKF, tout étonné de ce geste, à leurs yeux incroyable, a pris autorité sur ce qui se passe de l’autre côté du Mur Occidental et qui répond aux termes du statu quo de la ville Sainte.

Quant à la droite israélienne, elle est arrivée au pouvoir pour la première fois depuis la création de l’état d’Israël en 1977, après 30 ans de gouvernance ininterrompue de la Gauche. Entre temps, elle n’a perdu les rênes du pouvoir qu’à quelques occasions limitées dans le temps. Elle occupe donc une place prédominante depuis plus de 40 ans. Son programme politique est contraire à celui de la Gauche car aucun homme de Droite n’a l’intention de rendre aux Arabes la souveraineté des Lieux Saints. Alors, pourquoi aura-t-il fallu attendre autant de temps pour qu’un officiel israélien commence à défendre la légalité d’une souveraineté juive aux yeux du Droit international ?

La réponse à cette question est peut-être apportée par un ouvrage publié en 2017 par Erez Tadmor, un des fondateurs de l’association estudiantine de droite Im Tirzu, au titre évocateur « Pourquoi tu votes à Droite et tu reçois la Gauche » (lama ata matzbiaa yamin oumekabel smol ?). Dans ce livre, l’auteur tente de répondre à cette question justifiée, comment 40 ans de vote à Droite n’ont-ils pas pu aboutir à la mise en œuvre d’une franche politique de Droite ? Sa réponse est pertinente et logique, elle s’inscrit dans la logique développée par Antonio Gramsci dans les années 1930 avec son concept de l’hégémonie culturelle. La Droite a perdu la guerre des Idées.

Les idées en cours dans la société israélienne sont encore celles de la Gauche. Cette dernière n’a certes pas accès aux manettes du pouvoir depuis belle lurette mais son hégémonie culturelle règne sur le monde des idées, dans les départements des Sciences humaines des principales universités du pays, dans les médias, dans les arcanes du pouvoir juridique et plus particulièrement celui de la Cour Suprême. Les juges de la Cour Suprême se pensent et se considèrent comme les gardiens du Temple, un ultime rempart contre la pensée non éclairée, l’institution qui établit les standards de ce qu’il est bon de penser et ce qui est mauvais, ce qui est moral et ce qui est immoral.

Quarante ans est le temps que prend une génération pour partir et le temps que prend une nouvelle génération pour s’installer. Cette nouvelle génération a compris la véritable nature du conflit qui oppose Israël et les pays Arabes, pas territoriale du tout. Elle est devenue plus militante, plus assertive et plus idéologique. La génération des diplomates israéliens polis, mesurés, éduqués dans les universités occidentales a cédé la place aux quadragénaires nés et éduqués dans le pays qui se battent pour la justice de leur cause.

La scène de l’ONU est édifiante à ce sujet. L’ambassadeur d’Israël aux Nations Unis Danny Danon en poste depuis 2015, c’est-à-dire encore sous l’administration Obama, a introduit un nouveau style de diplomatie, plus agressive et plus assertive. Les résultats sont impressionnants, par exemple l’élection d’Israël à la présidence de la Sixième Commission qui traite des questions juridiques de l’Assemblée générale de l’ONU et plus particulièrement celle du Droit international ; rien à voir avec les rondeurs joviales de l’ambassadeur Ron Prosor, les manières retenues et policées de Gabriella Shalev, Dan Gillerman et Dore Gold ses prédécesseurs. Ce quadragénaire énergique a grandi dans une famille traditionnelle, il a été pétri de l’histoire de son peuple et cette conviction le porte.

Il en va de même pour Ron Ishai, né en 1970, ancien ambassadeur qui a fait carrière au Ministère des Affaires étrangères et qui a initié depuis son ministère en Novembre 2017 la première Conférence internationale de Droit international portant sur la légalité des droits d’Israël sur Jérusalem et la Judée-Samarie.

Le 11 Octobre 2018, à l’occasion de la sortie des actes de la Conférence de 2017 sous la forme d’un ouvrage destiné aux représentations israéliennes dans le monde, il a déclaré qu’il était temps de porter une contradiction légale aux mensonges émis par les Arabes et les Palestiniens et disséminés dans le monde sans la moindre contradiction active de la diplomatie officielle israélienne. Cette première offensive diplomatique au Parlement européen s’inscrit dans ce mouvement de fond.

La diplomatie israélienne se réveille enfin, il est grand temps.

(http://www.israelhayom.com/2018/10/11/israel-has-exclusive-rights-to-jerusalem-judea-and-samaria-government).