Nous avons tous réagi avec indignation et colère, et condamné avec force l’ambiguïté et les propos indécents tenus par Emmanuel Macron à propos de la légitimité d’honorer le « grand soldat » qu’aurait été Pétain durant la Première Guerre mondiale, reconstruisant ainsi l’Histoire en faisant table rase de l’indignité nationale et de la condamnation à mort dont a été frappé en 1945 l’homme de la honte qui a trahi la France, ainsi que des propos forts de Jacques Chirac ayant dénoncé en 1995 la responsabilité de l’Etat français dirigé par Pétain dans la déportation des juifs. L’Histoire est un tout.

Mais il y eut également la suite de la phrase du Président, dans laquelle il fut question de « choix funestes » faits par Pétain durant la Seconde Guerre mondiale.

Le statut des Juifs, la collaboration active avec le pouvoir nazi, la rafle du Veld’hiv, la torture des résistants, l’envoi de 76000 juifs dans les camps de la mort, la décision de ne pas oublier les enfants … Est-ce cela que le Président de la République a qualifié de « choix funestes » ? Rien de plus que « funestes » ? Chaque mot compte.

A l’indécence s’est ajoutée l’impudeur.

Non, Monsieur le Président, ces pages terribles de notre histoire que le traître antisémite Pétain a écrites avec le sang des juifs n’étaient pas « funestes ». Elles étaient le mal absolu. Elles étaient l’inhumanité. Elles étaient l’indicible. Elles étaient l’irréparable.

Nous avons pris acte de la décision prise finalement de ne pas honorer Pétain avec les Maréchaux de la grande guerre. Mais ces mots ont été prononcés, le trouble a été créé et on ne peut être que stupéfaits et décontenancés de la mobilisation qui aura été nécessaire pour éviter le pire. Comme pouvait-il en être autrement ? Comment a-t-on pu imaginer un seul instant mettre à l’honneur un antisémite, traître à la nation et condamné par l’Histoire ? Il restera un goût très amer de ce triste épisode.

Cette journée du 7 novembre 2018 restera « funeste » pour nos valeurs communes que nous défendons tous. Elle restera dans les mémoires, dans la mémoire. Cette mémoire qu’on a insultée, souillée et meurtrie.

Philippe Meyer
Président du B’nai B’rith France