Selon une étude menée au laboratoire du Prof. Eran Halperin au Centre de bio-informatique de l’Université de Tel-Aviv, en collaboration avec une équipe de recherche internationale dirigée par le Dr. Yedael Waldman et le Prof. Alon Keinan de l’Université Cornell aux Etats-Unis, la communauté des « Béné Israël » (« Fils d’Israël) ou Juifs de Bombay a émigré du Moyen-Orient en Inde il y a environ un millier d’années, et a depuis préservé sa spécificité génétique.

Selon la recherche, publiée dans la revue PLoS One il y a deux semaines, la migration a été effectuée par des hommes qui ont épousé des femmes de la population locale, probablement après la conversion de celles-ci au judaïsme.

Les « Béné Israël » constituent la principale des trois communautés juives originaire de l’Inde, les deux autres étant les Juifs de Cochin, et la communauté Baghdadi. Ils comptent aujourd’hui plus de 70 000 membres en Israël, depuis leur alyah en 1952. Bien que leur judéité soit aujourd’hui officiellement reconnue, les sources et documents relatifs à leur histoire s’arrêtent au 18ème siècle, et le récit de leurs origines et des migrations de la communauté repose principalement sur l’héritage culturel et la tradition.

Certains se considèrent comme les descendants des dix tribus perdues exilées de Samarie, capitale du royaume d’Israël, par Salmanasar, roi d’Assyrie, en 722 avant JC, d’où leur appellation de « Fils d’Israël ».

D’autres pensent qu’ils ont fui le règne d’Antioches Epiphane, en passant par Eilat et Suez, en 175 avant JC, ou encore que leurs ancêtres ont fui Israël à la période de la destruction du second Temple en 70 après JC. La nouvelle étude génétique internationale réalisée dans les laboratoires de l’Ecole d’Informatique de l’Université de Tel-Aviv révèle des informations précieuses sur son origine et son passé lointain.

Entre 19 et 33 générations

Selon l’étude les «Béné Israël» sont originaires d’une des communautés juives du Moyen-Orient, et leur passage en Inde a eu lieu il y a environ entre 19 et 33 générations, soit approximativement 600 à 1000 ans.

Les chercheurs supposent que la migration fut essentiellement le fait d’hommes qui à leur arrivée ont épousés des femmes de la population locale, peut-être après leur conversion au judaïsme, bien que sur ce point la génétique ne fournisse pas de réponse. Au cours des siècles, les Béné Israël ont conservé leurs caractéristiques spécifiques sur le plan génétique, ses membres se mariant uniquement à l’intérieur de la communauté et évitant de s’intégrer aux populations non juives de l’Inde.

La plupart des groupes ethniques existant aujourd’hui en Inde sont le résultat de la fusion il y a 2000 à 4000 ans de deux groupes principaux, l’un originaire du nord du continent, l’autre du sud. Le défi représenté par la cartographie génétique des Béné Israël, est donc double, expliquent les chercheurs.

« Tout d’abord, même s’ils ont une base génétique partagée avec d’autres communautés juives, il faut montrer qu’il ne viennent pas de cette même fusion de tous les Indiens, car la population d’origine du nord de l’Inde présente une certaine similitude génétique avec les populations du Moyen-Orient, et donc les communautés juives. En outre même s’il existe chez eux une base génétique qui n’existe pas chez d’autres populations indiennes, on doit montrer qu’elle est lié aux communautés juives et non pas seulement aux peuples originaires du Moyen-Orient « .

Les chercheurs ont donc examiné soigneusement les marqueurs génétiques de 18 membres de la communauté des Béné Israël, et les ont comparé, à l’aide d’algorithmes sophistiqués, à ceux d’un échantillon de 486 personnes de 41 groupes de populations différentes, y compris des Indiens, des Pakistanais et des Juifs de la diaspora à travers le monde (Yémen, Irak, Syrie, Iran, Géorgie, Turquie, Grèce, Italie, nord de la France, Allemande de l’ouest, Libye, Tunisie, Maroc et Algérie), ainsi que de plusieurs centaines d’échantillons provenant du monde entier, y compris de populations non-juives du Moyen-Orient.

Plus proches des communautés juives que de tous les autres communautés indiennes et pakistanaises

Il s’est avéré que, même s’il existe de nombreuses similitudes génétiques entre les Béné Israël et les autres groupes indiens, ses membres possèdent cependant une composante qui ne se retrouve pas dans le spectre génétique indien et implique une origine différente.

De plus, bien que dans certains cas, la similitude entre les Béné Israël, et d’autres communautés juives n’était pas plus significative que celle d’autres populations, en particulier au Pakistan, des analyses plus poussées, examinant notamment les liens entre les différents marqueurs génétiques adjacents dans le génome, ont montré que la communauté des Béné Israël était plus proche génétiquement des autres communautés juives que de toutes les communautés indiennes et pakistanaises.

« Il se trouve que la ressemblance des groupes indiens et pakistanais avec les communautés juives et les nations du Moyen-Orient découle d’une ancienne origine commune à tous les peuples du Moyen-Orient et d’Asie centrale, alors que la ressemblance des Béné Israël avec les communautés juives est unique, et découle du fait qu’ils sont les descendants de Juifs », expliquent les chercheurs.

Ils ont également constaté que le pourcentage de segments communs entre le génome des Béné Israël et celui des populations non-juives du Moyen-Orient (Bédouins, Druzes et Palestiniens) est faible comparé à leur taux de similarité avec les communautés juives, ce qui suggère leur lien direct avec elles, et pas seulement avec les peuples du Moyen-Orient.

L’étude constitue un nouvel exemple de l’apport de la génétique mise au service de l’histoire au cours de ces dernières années.

Cet article a été publié par le site Les Amis français de l’Université de Tel Aviv.