La campagne électorale américaine a donné lieu à des débats tout à fait inhabituels qui ont été suivis avec intérêt et curiosité. Ce fut un tac au tac d’échanges non conventionnels, et c’est le moins qu’on puisse dire, qui ont laissé le public américain sur sa faim quant aux politiques futures réelles des candidats et notamment celles du candidat républicain.

Le parti républicain est en désarroi. Seule l’extrême droite représentée par Ted Cruz fut parmi les finalistes. Quant à Donald Trump, il a monopolisé les médias par ses déclarations intempestives et fracassantes et a joui de par ce fait d’une cote d’écoute peu commune.

Le parti démocrate a élu Hilary Clinton, après qu’elle ait surmonté non sans difficulté la candidature très à gauche de Bernie Sanders. Hilary représente la continuation du pouvoir d’un establishment politique américain quelque peu élitiste. Et c’est peut-être là, la cause de son impopularité.

L’électorat veut un changement, mais lequel ? Trump a su faire appel à l’Amérique ouvrière frustrée de voir ses emplois lui échapper au profit de la Chine depuis plus de deux décennies.

Les débats ont montré à quel point Clinton était préparée et maîtrisait ses dossiers et de quelle manière Trump improvisait des réponses agressives qui ne révélaient pas sa ligne d’action future. Qui plus est, Trump a montré qu’il n’était pas d’accord avec son vice-président, ni même avec une aile importante du parti républicain par ailleurs désappointée par son style et ses remarques tout à l’opposé d’un certain gravita que l’on peut s’attendre d’un candidat à la présidence. Il fut un temps où on a pu supposer qu’une fois avoir monopolisé les médias, Trump se montrerait plus présidentiel. Mais chaque jour, Trump a réussi à détruire un peu plus Trump.

Il est clair que Trump est un candidat indépendant du parti qu’il est censé représenter et il est à supposer que s’il était élu, il improviserait des politiques pour le moins imprévisibles.

Les élections pourraient montrer quelle est la proportion réelle des électeurs sensibles au discours populiste. Dans ce sens, le président élu saura à quoi s’en tenir : se démarquer de la gauche de Bennie Sanders si Clinton gagne avec une bonne marge ou encore du parti républicain si Trump gagne.

Cette élection aura été utile en plus d’un sens, car elle a remis en question des données ignorées par contumace : la taxe ajoutée différenciée dans un contexte de libre échange ; la politique financière de la Chine qui maintient son économie fermée aux produits étrangers ; l’appui continu de la défense de l’OTAN, de la Corée et du Japon depuis la Seconde Guerre mondiale sans que les pays concernés contribuent justement à leur défense…

Les défis de l’Amérique sont nombreux et devraient constituer l’objectif du parti démocrate ou d’un parti républicain qui se démarquerait du Tea Party : limitation des armes d’assaut et interdiction de ventes d’armes à des personnes instables ou soupçonnées de connivences terroristes; injection de fonds pour la relance de l’économie par des projets d’infrastructure; orientation vers une économie écologique; amélioration de l’Obamacare, réforme de la politique d’immigration et de taxation; réévaluation des alliances et du rôle des États-Unis dans le monde.
Tout un programme en soi…