C’est parce que l’on aime Israël au plus profond de nous que l’on s’interroge parfois sur la marche du pays.

Récemment, la Cour Suprême israélienne, la plus haute juridiction de l’Etat, s’est prononcée en faveur de la révocation d’une conversion par un Beth Din, Tribunal Rabbinique, orthodoxe.

Non pas que la conversion ait connu un vice de forme ou de procédure, ce qui aurait pu à la rigueur justifier cette révocation, mais parce que la toute récente convertie, Yonit Erez, s’était détournée de l’orthodoxie rapidement après sa conversion. Il est entendu qu’une personne convertie se doit d’accepter le « ‘ol mitsvoth », le joug de la loi, au moment du prononcé de la conversion mais rien ne stipule en réalité que cela engage son devenir dans le judaïsme, même si cela est grandement espéré.

Or en Israël la conversion modifie le statut dans la société de la personne qui est ainsi reconnue comme juive par l’Etat d’Israël et lui confère la pleine citoyenneté.

Notons au passage que, depuis un arrêt de cette même Cour Suprême en 2005, l’ensemble des conversions, quelle que soit la tendance, sont reconnues par l’Etat d’Israël pour autant que le Beth Din appartienne à l’un des mouvements représentatifs du judaïsme religieux. Ainsi, à coté des Baté Din orthodoxes, sont reconnus ceux des courants libéraux et massorti.

En l’état c’est le Beth Din orthodoxe qui avait prononcé la conversion qui a saisi la Cour Suprême afin que le statut de la convertie soit révoqué au niveau étatique. La Cour Suprême s’est exécutée, révoquant cette personne et cela risque de faire jurisprudence.

Il y aurait donc deux catégories de juifs, ceux par naissance et ceux par conversion. Or notre tradition et le Talmud en particulier sont très clairs sur la question. Une fois la personne convertie on ne saurait établir la moindre différence d’avec un juif de naissance. C’est même une faute que de rappeler à un converti qu’un jour il n’a pas été juif. On peut au passage s’interroger sur l’hypothèse où il se serait agi d’un homme qui aurait dû être circoncis dans le cadre de sa conversion…

De façon plus générale on considérerait donc qu’un converti demeurera toute sa vie sous probation là où un juif de naissance peut mener tranquillement sa vie loin de la religion dans l’athéisme ou l’agnosticisme lorsque ce n’est pas dans des conduites contraires à la Halakhah. La Cour Suprême israélienne a donc clairement établi qu’un juif par conversion n’est pas réellement juif. C’est un précédent tout aussi grave que regrettable.