Une commission nationale d’enquête, vite !

« Pour rétablir la confiance, nous devons également connaître la vérité. Nous devons savoir ce qui s’est passé. Sans enquête pour établir la vérité, nous ne pouvons pas réparer les torts, ni nous assurer que cela ne se reproduira plus jamais ». C’est ce que déclarait l’un des représentants des familles des victimes du 7 octobre lors de la cérémonie commémorative qui a réuni 70 000 personnes dans le parc Ha Yarkon de Tel-Aviv.
Il n’a pas prononcé explicitement les mots « commission nationale d’enquête » mais il les pensait si fort qu’on finissait par les entendre. Le sujet est devenu un des principaux thèmes de la campagne électorale. Pas un sujet clivant, car plus des deux tiers des Israéliens sont en faveur d’une telle commission, y compris une bonne partie des électeurs de l’actuelle coalition. Alors que Binyamin Netanyahou et les siens s’y opposent en employant un argument fallacieux : les membres de la commission, selon la loi de 1968, étant nommés par le président de la Cour suprême, ils ne bénéficieraient pas de la confiance des Israéliens.
Il est vrai que le gouvernement a tout fait pour discréditer la Haute cour, et a même présenté un projet de loi pour établir une commission alternative très politique qui réunirait à parité des parlementaires de la coalition et de l’opposition.
La ficelle était trop grosse : il s’agissait de transformer ce qui devrait être une enquête en pugilat politique où on débattrait des responsabilités historiques résultant des accords d’Oslo ou de l’évacuation de la bande de Gaza. La commission nationale d’enquête a une mission bien plus précise : dotée de pouvoirs étendus d’enquête, elle peut convoquer des témoins sous serment et exiger la production de documents.
Cette méthode a fait ses preuves lors des travaux des grandes commissions nationales d’enquête qui dans le passé ont été formées après la guerre de Kippour (commission Agranat, 1973), ou l’assassinat d’Itzhak Rabin (commission Shamgar, 1995). Binyamin Netanyahou aurait-il quelque chose à cacher ? Des informations laissent penser que le Premier ministre aurait refusé de prendre en considération des avertissements sur le danger d’une attaque massive du Hamas. Des avertissements qui seraient venus des Émirats arabes unis, du chef des services de renseignement égyptien ou encore d’un intermédiaire palestinien.
Dernièrement encore, un ancien secrétaire militaire du Premier ministre, le général Avi Gil, a déclaré : « ce qui est dit au public n’est pas ce qui s’est réellement passé » le 7 octobre 2023. Sur ce qui s’est passé ensuite non plus si l’on en croit le général de réserve Nitzan Alon qui, au sein de l’armée, était chargé du dossier des otages. Selon lui, un accord sur la libération des captifs aurait pu être trouvé un an plus tôt. Des sujets graves qui méritent une enquête sérieuse. Trois ans après le drame, il est temps.
