Ils sont venus pour chanter l’espoir. Un groupe de choristes israéliens d’origine yéménite se sont rendus aux Nations Unies. Ils sont venus en costume traditionnel pour souhaiter la paix en Israël et au Yémen. La plupart d’entre eux n’ont pas connu le Yémen, car depuis 1881, l’émigration des Juifs du Yémen vers la Terre sainte s’est continuée.

Ce pays est déchiré par les rivalités ethno-religieuses soutenues en arrière-plan par des puissances régionales et des superpuissances qui tiennent à garder le contrôle sur le détroit stratégique de Bab El-Mandeb. Non pas que les factions du Yémen aient montré quelque empathie pour Israël durant son histoire mouvementée. Le message des choristes était simple. C’était celui d’un élan du cœur.

L’origine des Juifs au Yémen se perd dans la légende de la rencontre entre le roi Salomon et la reine de Saba. D’autres légendes font remonter la présence juive au Yémen à l’époque de la destruction du Premier Temple du royaume de Juda par les Babyloniens au VIe siècle avant l’ère courante.

Les preuves tangibles d’une présence importante des Juifs au Yémen sont confirmées après l’an 70 de l’ère courante, date de la destruction du Second Temple par les Romains. La condition des Juifs au Yémen a connu des hauts et des bas dans l’histoire. Il y eut un royaume juif au Hymiar entre l’an 325 et l’an 570. L’expansion arabe un siècle plus tard allait reléguer les Juifs au rang de dhimmis, c’est-à-dire de tolérés devant subir des mesures d’humiliation.

Entre autres mesures, les enfants orphelins du père étaient immédiatement retirés de leur famille pour être islamisés. L’émigration des Juifs du Yémen a pris un tournant décisif en 1949 après la proclamation de l’État d’Israël.

Au Yémen, l’Imam zaїdite Ahmed Ben Yahya Hamideddine succéda à son père l’imam Yahya qui fut assassiné en 1948. L’Imam Ahmed fut à son tour assassiné en 1962 et l’accession de son fils Mohammed El Badr en 1962 marqua le début d’une longue guerre civile, car l’Égypte prit parti pour les Républicains et l’Arabie saoudite pour les Royalistes.

Cette guerre civile aura sévi jusqu’en 1970, date qui marqua la réunification du Yémen du Nord, fusionné au Yémen du Sud (Aden) en 1990. Les manifestations qui suivirent le printemps arabe en 2011 dégénérèrent en une nouvelle guerre civile entre des factions soutenues par l’Iran et l’Arabie saoudite. Depuis, le peuple yéménite vit dans des conditions effroyables.

À l’ONU, le chant des choristes Israéliens d’origine yéménite pourrait sembler saugrenu quand on pense qu’il équivaut à chanter une chanson d’amour dans un nid de serpents. En effet, les résolutions onusiennes éloignent toujours plus la paix en ciblant Israël en le mitraillant d’accusations aussi unilatérales que rocambolesques et en oubliant de se préoccuper de conflits brûlants et génocidaires de la planète. Bien des états orchestrent cette fantasia d’accusations et beaucoup d’autres suivent par contumace ou par lâcheté.

Il se trouve que la visite à l’ONU a été précédée par un congrès organisé par l’organisation des Juifs originaires du Yémen A’alé Bétamar et la Fédération sépharade américaine. Des érudits juifs et musulmans originaires du Yémen pour la plupart ont eu deux journées d’échange au cours desquelles ils ont analysé le passé, présenté des études sur la poésie, la philosophie et l’art au Yémen et se sont trouvé des affinités dans un esprit de convivialité.

Sans chercher à nier les difficultés vécues dans les conflits, les voix yéménites juives et musulmanes ont donné le ton pour un exemple d’entente. Il suffit de penser aux aberrations qui prévalent encore dans certains pays du Maghreb et du Proche-Orient. Au Liban, des voix se sont élevées pour boycotter le cinéaste Steven Spielberg ou le film Wonder Woman.

En Tunisie, le cinéaste Saïd Ben Saïd a également fait l’objet d’ostracisme pour avoir fait partie du jury du dernier festival de Jérusalem. La venue de l’humoriste français d’origine tunisienne Michel Boujenah à l’édition 2017 du festival de Carthage a fait polémique.

En Algérie, le blogueur Merzouk Touati a été condamné à dix ans de prison ferme pour avoir publié sur Internet un entretien avec un diplomate israélien. À ce jour, seul le Maroc – et dans une mesure moindre la Tunisie – a conservé des liens soutenus avec sa communauté juive de par le monde.

Peut-être que la paix au Proche-Orient surviendra lorsque les cœurs parleront, les rancœurs se résorberont et les armes se tairont.