L’épisode des enfants séparés de leurs parents migrants à la frontière américano-mexicaine est le dernier épisode d’une inutile descente des Etats-Unis vers l’inconnu. La première année de la présidence Trump était inquiétante mais les derniers mois confirment que libéré de la plupart de ses conseillers qui l’empêchaient de donner libre court à ses “instincts”, le président américain s’est lancé tous azimuts dans une démarche où le chaos semble la règle. Difficile à dire s’il s’agit d’une approche voulue ou simplement l’incohérence d’un président narcissique qui décide en fonction de ses humeurs.

S’en prenant aux alliés traditionnels des Etats-Unis par des mesures commerciales protectionnistes puis se fichant des résultats du Sommet du G-7 de Charlevoix, au Canada, Trump s’en prend à notre Premier ministre Justin Trudeau. Il s’affiche ensuite avec le dictateur Kim Jong-un dont il vante les qualités de leader et les liens chaleureux qu’il croit avoir établis avec lui.

Le régime nord-coréen, le dernier de ce type est sans doute le plus répressif sur la planète. Les abominations du dirigeant à l’égard de son peuple sont bien documentées. Cette rencontre à Singapour rappelle les accords de Munich de 1938 entre Adolf Hitler, le français Daladier et le britannique Chamberlain qui devaient empêcher le déclenchement d’un conflit militaire autour de la crise des Sudètes en Tchéchoslovaquie,

Chamberlain était revenu à Londres convaincu qu’il avait évité une guerre. On se sait ce qui est arrivé un an plus tard.

Trump dit aux américains que grâce à lui ils peuvent maintenant dormir tranquilles. On peut craindre le pire si le dirigeant nord-coréen ne détruit pas ses installations nucléaires suffisamment rapidement aux yeux du Caligula de Washington.

Attaquant l’Union européenne, Angela Merkel, le Canada et même l’OTAN il semble s’acharner à vouloir diviser l’Alliance atlantique. Pourquoi ? Nul ne le sait. De méchantes langues prétendent que tout cela est fait pour plaire au président russe Poutine qui a contribué à sa victoire électorale de 2016 et qui pourrait le faire à nouveau en 2020.

Trump aime bien aussi les hommes politiques européens populistes en Hongrie, Pologne, Russie, Autriche et maintenant en Italie. Son ambassadeur en Allemagne, contre toutes les règles diplomatiques, s’immisce dans les affaires intérieures du pays hôte par ses contacts avec l’extrême droite et ses déclarations appuyant les prises de positions anti-européennes de son président.

Face à la fuite en avant de Trump le parti républicain complice ou impuissant s’efforce essentiellement de se positionner en vue des élections « mid-term” de l’automne prochain au Congrès.

Ceci dit Trump n’est pas seul. Des éléments de droite l’entourent et des thinks-tanks conservateurs ont placé leurs pions dans des positions clés au sein de l’administration. Ils défendent une idéologie visant notamment à réduire le rôle de l’état au profit de l’entreprise privée. Les religieux évangéliques sont aussi une partie importante des appuis à Trump. Ils ont joué un rôle certain dans sa décision de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et vont s’assurer qu’un juge de droite remplacera celui qui vient d’annoncer sa retraite à la Cour suprême.

Les lobbies du pétrole et du charbon ont trouvé un serviteur en ce Scott Pruitt à la tête de l’agence de protection de l’environnement américaine. Il détricote les législations qui protègent l’environnement et multiplie les conflits d’intérêts.

Sur l’immigration les “politiques” de Trump visent à créer une crise de toute pièce, sur fond de racisme. En effet contrairement à ce qu’il prétend il n’y a pas débordement à la frontière avec le Mexique. Au contraire les passages illégaux ont diminué. Le niveau de criminalité des nouveaux arrivants est moindre que celui de la moyenne des américains.

L’appui de la base électorale de Trump se maintient autour des 40%. Au sein du parti républicain elle frise les 90% ! Il semble donc son agenda et comportement correspondent à une attente d’une bonne partie de la population. L’économie américaine va très bien et s’il réussissait dans ses négociations avec le leader de Pyong-Yang cela lui serait aussi très utile pour une éventuel renouvellement de mandat en 2020.

Il est néanmoins affligeant de regarder aller l’Amérique qui a élu ce Trump, un individu peu recommandable, vulgaire, menteur, et qui semble essentiellement motivé par son profit personnel et celui de sa famille. Instrument d’une droite qui veut détruire les valeurs libérales et démocratiques au profit d’une idéologie populiste aux relents fascisants pour défendre le « peuple » contre les élites “globalisantes”. Le monde change mais pas nécessairement pour le meilleur. Nous ferions une erreur de croire que les horreurs du passé ne peuvent pas se répéter.

Une résistance s’organise au plan international (au Canada et en Europe au moins) pour défendre nos valeurs démocratiques et le multi-latéralisme qui sont plus que jamais nécessaires aujourd’hui. Il est à souhaiter qu’elle s’étende à d’autres coins du monde. Les pays dont les dirigeants mettent tous leurs oeufs dans le même panier trumpiste devraient se méfier de ce dirigeant inconsistant et peu fiable.

Aux Etats-Unis le parti démocrate et la société civile comptent sur les élections de novembre prochain au Congrès pour stopper Trump. La démarche est loin d’être gagnée mais là aussi elle se met en place. Il faudra que l’alternative proposée aille chercher les électeurs sinon la dérive actuelle persistera.

En attendant c’est la Chine qui en profite, à tous les plans. Ses dirigeants doivent être eux-mêmes surpris de ce qui se passe à Washington et doivent se pincer tous les jours… pour y croire.