L’an neuf 2016 poursuit son cours à ce qu’il paraît. Cela dépend des situations locales, des médias, de l’offre et de la demande en scoops frais qu’on ne peut trop mâcher et remâcher de mois en mois. Marées de sable en Israël, un vent froid sur les camps de réfugiés, tempêtes de neige aux Etats-Unis, il fait trop chaud en Afrique du Sud. Une série de brèves trop connues.

Certes, les places boursières internationales s’agitent dans un yoyo bigarré et incertain. D’autant que ce jeu quasi virtuel de sommes insensées, animé par des traders ou des officines bancaires, souligne l’absence d’équilibre social, économique, moral et mental de nombreux pan des multiples formes de société humaine. La Chine vient d’en faire l’expérience par le Madoff local qui, dans un pays encore communiste, s’amusait avec des fonds confiés par un prolétariat humble et parvenu.

Sept milliards de dollars arrachés à des petites gens par un seul homme et sa clique impérialiste, c’est un tsunami féroce dans l’humble bol de riz pour une population laborieuse, au sperme sous contrôle. Le pays souffre d’effroyables catastrophes climatiques.

Justement, l’an neuf chinois commence ce 8 février 2016. L’autre monde de l’Empire du Milieu entre dans l’année du Singe de Feu. Les bianpao (pétards) éclatent librement dans les quartiers chinois du monde entier. Une population qui fourmille, dans un silence industrieux, par une sagesse ancestrale, forte de l’opacité aux allogènes locaux, impénétrablement subtile et idéogrammique.

Au fond, le malaise actuel des Français s’y exprime si bien : l’écrivain Michel Houellebecq a choisi de vivre dans le quartier chinois de Paris : il est tellement plus facile de se laisser tenter, en isolement solitaire, par la soumission musulmane sinon islamique après avoir fui l’âme proposée par l’un des premiers monastères catholiques de l’Hexagone. On parlerait volontiers d’une tentation laïcisante à la gauloise. Pendant ce temps, à Haifa, à Tel Aviv, à Jérusalem et même à Arad du Néguev, une jeunesse chinoise de langue hébraïque regarde les « vrais citoyens d’Israël » avec cet art de dire que l’indigène n’est pas celui que l’on croirait depuis qu’Ariel Sharon fit venir leurs parents pour travailler dans les champs.

« Hou-Hou –  » est justement ce « singe de feu » d’un nouvel an agricole semblable au Têt vietnamien. La guenon est précisément cette brave fille des fables russes de I. A. Krylov qui, ces derniers temps, a installé sa tente dans tous les déserts d’Eretz Israel. Le singe de feu est rusé, taquin. Il saute, il grimpe, il se renverse et se reprend sans mot dire, habile à s’exprimer oui, puis non, tenace et patient. Les relations entre les Juifs, les Israéliens et la Chine continentale ont toujours été remarquables et habituellement paisibles, à part quelques émeutes plus anti-coloniales qu’antisémites ou autres. Le chinois parle par des syllabes sophistiquées et visualisées en un esperanto graphique. Le Juif discute avec les mains comme disait Scholem Aleichem; bref d’un signe l’autre…

La guenon post-impériale et internationaliste slave s’interroge sur l’honnêteté, la moralité humaine : perdant la vue, elle se procure des paires de lunettes en grand nombre (cette industrie est de fait l’une des plus grandes inflations industrielles actuelles).

Elle les essaie comme-ci, comme-çà, les pose sur sa queue pour s’exclamer : « tfou, quel est donc ce dourak/imbécile qui écoute tous ces mensonges de gens qui causent, causent, causent ! » C’est, sans conteste, la fable qui décrit, de la manière la plus pointue, la société israélienne, faite de bric et de broc, de vrais, de faux ou contrefaits, de vrais-faux et de faux-vrais, tous sincères, baroudeurs, écorchés vifs depuis des générations, arrogants et paskoudne\פאסקודנע (odieux, dit-on en yiddish comme dans la prière tri-quotidienne de la Vidouï (Confession alphabétique) : « תעבנו\ti’avnou = nous avons été odieux »), simplistes ou bohèmes de gauche-droite du centre religieux en recherche de soi… pour cause d’un sur-moi impétieux et créatif.

Quelques couteaux blessent ou tuent en Israël, comme en aparté médiatique de continents repliés sur eux-mêmes. Les migrants continuent de passer entre la Syrie, le Kurdistan, la Turquie au bord du chaos, la Grèce soldée sans quarantaine efficace.

Les murs et barbelés tant décriés quand Israël protège son territoire par des hauteurs bétonnées et des barrières électrifiées qui courent sur la verticale frontalière entre un Israël et des terres palestiniennes qui resteraient à définir, se multiplient dans les pays d’Europe centrale (Hongrie, Croatie, Slovénie, Serbie, Kosovo). Les réfugiés sont expulsés de Suède et de Norvège, hélitreuillés via le Svalbard (anciennement Spitzberg), l’archipel russo-norvégien spécialisé dans les sciences arctiques, avant d’être évacués sur la Russie… qui les renverra en Irak.

L’atmosphère est spéciale, comme s’il ne se passait rien ou encore qu’il faille attendre. Alors cet article semblera flâner çà et là, de ci, de là. Il décrit une ambiance faite de maillages.

Retenir son souffle. Les alertes se succèdent tant en Israël que dans le monde entier. L’Europe est beaucoup trop calme depuis le coup de semonce du 13 novembre et les meurtres parisiens. Entre Molenbeek, la Grande-Bretagne, la Scandinavie, certaines villes et régions des Amériques et même la Fédération de Russie, l’Europe est en veille. C’est une situation plutôt dangereuse.

Le virus a été inoculé, la fièvre a monté à plusieurs reprises depuis la création de Daech (Etat islamique en 2014), des poussées de venin qui se diffuse pour le moment selon des tactiques à la proche-orientale. En pénétrant une Europe en construction fragile et disparate, le conflit s’incruste doucement par les réseaux techniques modernes et l’usure mentale qui sait se jouer de l’âme et de la conscience, susurrant le soupçon, le doute, les « complots », l’altérité haineuse ou exclusive. A scruter les complots internationalistes, on finit par ne plus voir ou se laisser prendre dans les rêts de complots que l’on ourdit soi-même. C’est l’un des drames de la résistance européenne.

Chacun y va de sa stance intellectuelle et analytique : cultures et inter-cultures, mixité ou métissage, ghettoïsation ou niches tribales ? L’oecuménisme est en panne statutaire tandis que le dialogue inter-religieux s’ingénie à chercher des voies nouvelles en dehors des inclusions fictives, de l’exploitation de générations en mal-d’être.

Après des années de sécularisation et de prétendu néo-paganisme, la France s’isole dans un « Astérix » engoncé dans une « laïcité » verbeuse qui résisterait encore à une Europe qui ne se conçoit pas en dehors de son héritage religieux… ou peut-être spirituel sinon théologiquement assuré ou encore moralement marqué par un héritage qui a passé mille ans à se scinder au nom de la foi vivante.

En deux mille ans, l’ouverture sur la plénitude de la foi (catholique) et l’authenticité de la foi (orthodoxie) s’est fracturée en des schismes multiples et persistants : chrétiens catholiques romains latins, chrétiens orthodoxes (ils s’affirment aussi catholiques) byzantins, calvinistes, luthériens, anglicans, hussites, vaudois, mennonites et toutes sortes de groupes séparés. Il n’est pas fortuit que la Russie de Kiev ait choisi la tradition byzantine, officiellement en 988, avant que Constantinople et Rome ne se soient mutuellement anathémisées (1054), donc bien avant l’autonomie et l’indépendance d’un patriarcat russe orthodoxe reconnues en 1589.

Vladimir Soloviev avait raison de souligner qu’aucun anathème direct n’avait vraiment séparer Rome de Moscou… le patriarcat russe n’existant pas au temps du Grand Schisme. Devenu catholique russe de rite byzantin, il mourut en communiant des mains d’un prêtre orthodoxe et en récitant le Sh’ma Israël/שמע ישראל en hébreu. Voici quelques jours, un journal en ligne du patriarcat de Moscou évoquait sa personnalité « chancelante ». L’Occident le respecte pour avoir mieux décrit que Sartre, et bien avant lui, « Le judaïsme et la question chrétienne ».

La Bibliothèque Vaticane possède un manuscrit datant du 11ème siècle, malheureusement toujours difficile à consulter mais connu des Bollandistes spécialistes de la vie des saints et des textes orientaux,  qui indique clairement le processus de scission durable, pratiquement insurmontable à vues humaines, qui s’est produit suite au refus des Francs latins d’accepter le byzantinisme gréco-slave des Saints Cyrille et Méthode.

Ce dernier avait perfectionné l’alphabet initialement glaglolitique qui deviendra « cyrillique » et traduit la Liturgie en langue slave commune (slavon)… Les deux frères avaient, un peu en vain, tenté de convertir les Khazars de confession judaïque avant de se tourner vers les Slaves. Ils furent arrêtés, dans leur expansion missionnaire byzantine, par les Latins germaniques à Velehrad, en Moravie, lieu qui reste le point de rupture entre latinité et byzantinisme.

Des marches de Mongolie, du pays des Ouïgours par le nord vers les républiques d’Asie centrale, le Caucase et le Plateau Persique jusqu’au Kosovo – ou encore par le sud en partant de l’Indonésie et serpentant à travers Bornéo, la Malaisie, le Bengla Desh, l’Inde et le Pakistan, l’Afghanistan jusqu’au Croissant Fertile, l’Islam s’étire en une transversale de la foi musulmane.

Au bout de la route, l’Allemagne de l’ouest est familiarisée avec cette pénétration progressive des Turcs qui n’a cessé d’interroger les médias et d’intriguer la population des Länder réunifiés depuis vingt ans.

L’Allemagne de l’est ignorait l’Islam. Les manifestations anti-islamiques (raidissements idéologiques entre Cologne, Munich et Dresde) soulignent l’opposition localisée de l’ex-République Démocratique Allemande allergique à la présence étrangère, paradoxe d’un pays de cocagne sauvé, à maints égards, par la foi essentiellement protestante luthérienne imprégnée, malgré elle, d’un socialisme de fraternité aux valeurs internationales héritées des cultures allemandes et soviétiques du marxisme-léninisme.

Dès la migration massive des Irakiens et Proche-Orientaux chrétiens et musulmans, l’Eglise orthodoxe d’Allemagne a lancé un appel à la prudence, comme les évêques catholiques hongrois et orientaux. Le Pape François rappela alors qu’il est impératif d’accueillir l’étranger, tout fugitif persécuté. Les responsables des communautés juives d’Allemagne et des pays limitrophes se sont vite inquiétés de l’antisémitisme souvent virulent de ces migrants réfugiés chrétiens orientaux ou musulmans.

L’Islam se réveille-t-il ? Ou bien les chrétientés en refonte sont-elles piégées par des traquenards qu’elles ont elles-mêmes suscitées, par états interposés, entre les temps coloniaux, 1919, le Traité de Versailles et l’époque longue de décolonisations contrastées ? Il faut y contempler une force d’aveuglement et de déni obtus, tenace et inculte. L’Islam est naturellement prosélyte. Il est « apostolique » ce qui signifie que le « Message » est conçu pour être diffuser et assurer le salut.

Les Eglises n’ont pas le monopole de la mission parmi les nations païennes (N.B. : le Juif est un « païen » selon la définition du Droit canonique toujours en usage dans toutes les juridictions ecclésiastiques).

L’Islam est parti en conquête selon un commandement parallèle à l’oeuvre de la Création « Croissez, multipliez, remplissez (donnez de la plénitude) la Terre et conquérez-la/ומלאו את-הארץ וכבשה » (Gen. 1, 27).

Certains disserteraient sur le sens de la « conquête » : soumettre, accaparer, posséder, dominer, maîtriser ou faire éclore pour le bien de tous. L’Islam se décline en des traditions multiples, antagonistes depuis longtemps, comme entre Sunnites et Chiites mais aussi des « communautés particulières » asiatiques, africaines, balkaniques ou post-yougoslaves.

Partout, l’arabe imprime une sonorité chargée de tonalités diverses sinon une vraie compréhension de textes dont les niveaux d’intelligence sont comparable à un pilpoul sud-arabique. Il est porteur de révélation. Ceci reste indéniable sauf pour des peuplades venues d’un autre monde et qui s’imaginent que leurs oeuvres philosophiques ou leur accomplissement sacramentel et théologique lui sont supérieurs dans un monde où nul n’a vu le visage de Dieu (1 Jean 4, 20). On peut parler d’une indigence intellectuelle à avoir ainsi traversé les siècles tissés de contacts forts ou conflictuels entre le monde chrétien – principalement oriental – et les arabités islamiques.

On a souvent évoqué l’opportunisme politique et religieux de Napoléon Bonaparte, fasciné par l’Orient et les conquêtes d’Alexandre le Grand. Il n’a pas seulement émancipé les Juifs, en leur proposant la création d’un consistoire israélite. Il a aussi émancipé les Protestants en terres catholiques et les Catholiques en terres protestantes, créant des institutions juridiquement reconnues.

On oublie trop volontiers sa fascination pour l’Islam lors de son passage en Egypte et en Terre Sainte. C’est au Caire qu’interrogeant les oulémas sur la l’apparente incapacité locale à développer l’Egypte, Napoléon Bonaparte reçut comme réponse que tout sera réalisé par le moyen du Coran. Il en vînt à affirmer que le christianisme est inférieur au Message de Mahomet (« La religion mahométane est la plus belle », Juan Cole, Invading The Middle East, p. 29 et son attrait constant pour l’Islam lors de son exil à Saint-Hélène, cf. Campagnes d’Egypte et de Syrie, Journal de Sainte-Hélène, 1944, Tome I, p. 312) !

Les attentats commis au nom de Daech semblent trop « bas de gamme », étrangers à l’Islam, utilisant des convertis de tous horizons souvent ineptes, têtes brûlées, voire des déséquilibrés. Un lumpenproletariat d’abandonné(e)s des républiques et des royaumes d’Europe téléguidés comme des marionnettes avant que l’Etat islamique ou les chefs religieux les conduisent au suicide et à la dislocation.

Cette situation est quelque peu différente en Israël où la fascination rampante de l’extrémisme islamique repose sur un rejet du judaïsme comme religion, des fils d’Israël comme peuple et de l’Etat hébreu comme entité juridique inattendue, prétendument « sans lien avec la Terre Sainte ». C’est ce que disent les intégristes et même de nombreux modérés musulmans locaux, par un aveuglement aussi puissant que l’accusation de déicide qui reste en arrière-plan du message chrétien et des décisions conciliaires malgré le Décret Nostra Ætate adopté, voici cinquante ans, pendant le Concile Vatican II.

C’est oublier que les dirigeants de l’Etat islamique, sanguinaires et déshumanisés dans l’image qu’ils laissent entrevoir ne sont pas des désespérés, ni des êtres incultes. Ils disposent de compétences en stratégies, en techniques, en capacités médiatiques et, curieusement fondamentalistes et religieuses, attrayantes et fascinantes. Il faut ramener les sectaires à raison humaine. Parallèlement, la pensée coranique ne cesse de s’étendre, au-delà de toutes les suggestions chrétiennes, juives ou autres. La lutte est sévère et mondiale.

Qu’aurait décidé Napoléon s’il avait dû intégrer juridiquement des nations musulmanes dans le cadre institutionnel de la citoyenneté française ? Il admirait Omar Ibn-al-Khattab, le général qui, en quinze ans seulement, avait conquis un vaste Dar al-Islam depuis la Perse jusqu’à la Cyrénaïque plaçant les Lieux Saints du christianisme et du judaïsme le sous contrôle de la Loi islamique.

J’y reviens régulièrement : aucune mention n’est faite de cette réalité qui reste actuelle sans être prise en considération dans les turbulences terroristes qui affectent les territoires de confessions disparates. L’Empereur des Français fit abolir l’Inquisition en Espagne en 1813, intégra les Juifs et les autres communautés chrétiennes, ce qui provoqua la réprobation virulente du Saint-Synode de l’Eglise russe orthodoxe qui le condamna comme « Antéchrist et Ennemi de Dieu ».

Le véritable enjeu n’est pas là. Une société ne peut fonctionner sans générer des intuitions, des espérances fortes, puissantes, créatrices, dynamiques qui dépassent la solitude de désespoirs récurrents pour fasciner l’esprit, le corps, l’âme et des collectivités.

Abraham a-t-il détruit les idoles de la maison paternelle ? La lutte contre toute forme d’idolâtrie induit violences et passions, mêlant rationalité et déraison, sinon même une attirance innée pour le sens d’un sacrifice qui, sans conduire à la mort, traverse la perte de soi pour atteindre d’autres réalités, eschatologiques, faites de plénitude.

Il n’est donc pas fortuit que les Lieux Saints de Jérusalem soient au coeur de ces désirs de s’approprier les espaces sacrificiels : le Mont du Temple, Al-Haram al-Sharif ou Noble Sanctuaire pour l’Islam et, comme en miroir, l’Eglise de la Résurrection ou Saint Sépulcre, la Kaaba de La Mecque. La région respire au rythme d’un sacrifice digne, parfait, particulier et universel, réel ou aujourd’hui virtualisé sinon aseptisé.

On oublie trop souvent que « aliyah-עלייה/montée à Jérusalem ou Israël » désigne aussi un sacrifice pour la vie (olah/עולה) et que la Bible hébraïque se termine sur cette perspective : « Quiconque parmi vous fait partie de Son peuple, que Dieu soit avec lui et qu’il monte\מִי-בָכֶם מִכָּל-עַמּוֹ, יְהוָה אֱלֹהָיו עִמּוֹ וְיָעַל« . (2 Chroniques 36, 23).

Nous y sommes. Alors, « Pourquoi ces nations en tumultes… et ces peuples qui ruminent en vain/לָמָּה, רָגְשׁוּ גוֹיִם;    וּלְאֻמִּים, יֶהְגּוּ-רִיק ? » (Psaume 2), comme des ruches d’abeilles industrieuses qui auraient perdu leur logiciel pour parler au goût du jour. Nous sommes pris en étau entre un travail désorienté et des langages qui s’égarent dans la médisance et la vacuité. Cela peut aussi s’apparenter à une forme de reconstruction.

Tout reste singulier et mondial comme cette guenon qui s’interroge sur les dires des êtres humains et veut pourtant acquérir leurs produits et inventions. Il y a aussi les éléments grégaires que rien ne peut effacer. Nous avons la fosse syro-phénicienne, d’autres se rencontreront au sud du Triangle des Bermudes.

Ce vendredi 12 février 2016 marquera, dit-on, un tournant dans les relations publiques entre l’Eglise de Rome et le Patriarcat russe orthodoxe de Moscou et de toutes les Russies. Peut-on parler d’une brève rencontre, dans l’aéroport international de La Havane, capitale de la république socialiste marxiste-léniniste de Cuba ? Faut-il cette ruée vers l’Ouest pour dialoguer sur le sort des Chrétiens d’Orient ?

Les relations entre Israël, la communauté juive cubaine et l’implantation de structures agricoles créees par les Juifs datent des années 2000. Israël ? Oui, car les choses sont rarement dites : l’Eglise catholique romaine comme toutes les Eglises orthodoxes et, en particulier, l’Eglise orthodoxe de Moscou ne parviennent pas à défendre leurs positions acquises en Terre Sainte et dans le Croissant Fertile par de conflits constants au cours des siècles, jusqu’à la fin de la guerre de Crimée en 1856. L’affermissement de la primauté orthodoxe à Jérusalem et Bethléem date de cette époque. L’Eglise catholique romaine s’évertue à ne pas conclure d’accord avec le gouvernement israélien tandis que l’Eglise russe n’obtient pas de l’Etat hébreu les avantages auxquels elle prétend en termes de  propriétés et de rayonnement spirituel.

Les deux Eglises ont été présentes au Proche et au Moyen-Orient dans tous les domaines d’un christianisme qui s’est gravement fissuré depuis un siècle. Elles ont soutenu les écoles, les séminaires, les orientations politiques et stratégiques des Puissances coloniales qu’elles représentaient. C’est encore le cas, d’une manière plus fragilisée. C’est la raison pour laquelle le Pape de Rome tente de conforter la position romaine dans les Territoires Palestiniens. Le Président Vladimir Poutine est plus habile à dialoguer avec le monde juif et israélien tandis que le clergé orthodoxe russe a souvent été formé au monde chrétien arabisant.

Il est évident que cette rencontre, au demeurant assez courte, sur une île hispanisante, s’inscrit dans un mouvement plus ample des relations inter-religieuses. La préparation du concile pan-orthodoxe de juin 2016 suppose que le Patriarcat de Moscou soit en contact direct avec Rome puisque Constantinople a lancé ce dialogue depuis cinquante ans. Les relations existent, faites de concurrence missionnaire, de respect des traditions et des théologies, d’attirances et de distanciations. En Israël comme en Jordanie et dans les Territoires Palestiniens, e nSyrie et en Irak,  les relations inter-ecclésiales entre Rome et Moscou sont à peine ébauchées.

En revanche, certains ecclésiastiques russes voient dans l’intervention des troupes de la Fédération de Russie une prétendue obligation de mener une « guerre sainte » contre l’Etat Islamique sans se soucier de la position du Patriarcat d’Antioche (Syrie) et de la situation chaotique en Ukraine.

Il faudra encore beaucoup de temps pour que croyants et hiérarchies religieuses cessent de faire virevolter les convictions et intérêts propres pour les accorder de manière crédible au nom de la vraie foi. Cela offre la chance d’agir sur le long-terme et de trouver les modes d’emploi comme la guenon qui finira par voir plus clairement la réalité.