Un siège
Un siège.
C’est tout ce qui sépare aujourd’hui l’opposition israélienne d’une question qu’elle préférerait ne pas avoir à trancher.
Shalom Yerushalmi l’écrivait hier dans ces colonnes : Gadi Eisenkot « ne peut, mathématiquement, former un gouvernement sans le soutien explicite de Raam ».
Mathématiquement.
Alors faisons le calcul.
Au 19 septembre, une projection construite à partir des cinq derniers sondages israéliens, les plus récents pesant davantage dans le calcul, donne environ 55 sièges aux partis du bloc Netanyahu et 65 à l’ensemble des autres listes représentées.
La majorité est à 61.
Retirez Raam.
Cinq sièges.
Il en reste 60.
Un siège.
Retirez également la liste commune Hadash-Ta’al-Balad.
Il en reste 53.
Huit sous la majorité.
Voilà ce que pèse la question que Benjamin Netanyahu place depuis plusieurs jours au centre de sa campagne contre Gadi Eisenkot.
Pas une abstraction politique.
Des sièges.
Je précise ici ce que recouvre ce calcul.
Raam et la liste Hadash-Ta’al-Balad sont comptés parmi les 65 sièges parce qu’ils ne soutiennent pas la reconduction de Benjamin Netanyahu comme Premier ministre.
Cela ne signifie évidemment pas qu’ils participeraient à un gouvernement dirigé par Eisenkot.
Ne pas soutenir Netanyahu est une chose.
Gouverner avec ses adversaires en est une autre.
Et toute la difficulté commence là.
Regardez les deux derniers sondages.
Celui publié par Zman Yisrael le 17 septembre donne 51 sièges au bloc Netanyahu, 55 aux partis sionistes qui lui sont opposés et 14 aux deux listes arabes.
Celui de Channel 13, publié la veille, donne 54 sièges au bloc Netanyahu, 52 à l’opposition sioniste et, là encore, 14 aux partis arabes.
Les deux enquêtes présentent donc séparément les partis arabes.
Ce n’est pas un détail de présentation.
C’est précisément l’équation politique.
Car lorsque l’on demande combien de sièges possède « l’opposition », la réponse dépend déjà de ce que l’on met derrière ce mot.
Les partis qui refusent Netanyahu ?
Les partis susceptibles de siéger ensemble dans un gouvernement ?
Ceux qui accepteraient de soutenir ce gouvernement de l’extérieur ?
Ce ne sont pas les mêmes ensembles.
Et aucun vocabulaire ne peut faire disparaître cette arithmétique.
C’est le piège dans lequel se trouve Eisenkot.
S’il exclut tout soutien de Raam, son chemin vers 61 devient considérablement plus étroit.
S’il laisse cette possibilité ouverte, Netanyahu dispose d’un argument de campagne auprès des électeurs qui refusent qu’un prochain gouvernement dépende des partis arabes.
Il existe bien d’autres scénarios.
Eisenkot a lui-même évoqué la possibilité d’un gouvernement minoritaire soutenu de l’extérieur. Une coalition plus large après le scrutin n’est pas non plus arithmétiquement impossible.
Mais aucune de ces solutions n’est politiquement simple.
Et derrière cette bataille de sièges se joue autre chose.
La justice.
Le procès de Benjamin Netanyahu poursuit son cours devant les tribunaux. Les urnes ne décideront ni de sa culpabilité ni de son innocence.
En revanche, le gouvernement issu des élections du 27 octobre pèsera directement sur l’avenir des institutions judiciaires.
Le 15 septembre, Bezalel Smotrich et son parti ont présenté un nouveau programme de refonte du système, prévoyant notamment de permettre à la Knesset de rétablir certaines lois invalidées par la Cour suprême et de modifier d’autres équilibres entre pouvoir politique et institutions judiciaires.
Yariv Levin, de son côté, continue de défendre la transformation du système de nomination des juges.
Le prochain scrutin ne jugera donc pas le procès Netanyahu.
Mais il déterminera une partie du paysage institutionnel dans lequel la justice israélienne continuera de fonctionner.
Là encore, tout commence par le même chiffre.
C’est ce chiffre qui m’a conduit, depuis des mois, à suivre les sondages israéliens de beaucoup plus près que je ne l’aurais imaginé.
Depuis la France, je me suis rapidement heurté à un problème très simple : ils sont dispersés.
Channel 12, Channel 13, Kan, Maariv, Zman Yisrael. Des instituts différents, des dates différentes, des partis qui franchissent ou non le seuil électoral et, à chaque fois, 120 sièges à recomposer.
J’ai commencé à les rassembler pour moi.
Puis j’en ai fait PrédiCité.
Mais avant d’y revenir, restons sur ce que disent les chiffres.
Je ne prétends pas que les sondages disent l’avenir.
Ils se trompent.
Les électeurs changent d’avis.
Un parti peut perdre quelques dixièmes de point, passer sous le seuil électoral et déplacer plusieurs sièges d’un seul coup.
À cinq semaines du scrutin, personne ne possède encore la combinaison qui formera le prochain gouvernement.
Mais l’arithmétique permet déjà de voir où se trouve la tension.
61 sièges.
Et, dans une campagne entière, il arrive que tout commence par celui qui manque.
PrédiCité
PrédiCité est le site gratuit de pronostics électoraux que j’ai créé pour suivre cette campagne autrement.
On y retrouve les sondages israéliens et leurs sources, mais on peut surtout faire ses propres prévisions : composer les 120 sièges de la prochaine Knesset, pronostiquer le Premier ministre, jouer des défis de campagne et vérifier ensuite si l’on avait vu juste.
Les sondages publiés sur le site restent consultables individuellement, avec leur date, leur institut, leur répartition et le lien vers leur source originale.

