On ne juge pas la capacité de quelqu’un à aider les autres quand les choses vont bien mais quand elles vont mal.

Le Mexique est un pays qui à ses propres soucis à gérer, et pourtant il tend la main aux réfugiés syriens.

Le gouvernement mexicain est en train de prendre une place importante dans l’aide humanitaire ciblée, et dans la formation et l’éducation d’étudiants de ses voisins plus appauvris et renforce la coopération régionale.

L’année dernière le Mexique a accueilli 103 étudiants haïtiens pour compléter leurs hautes études, et maintenaient, avec le Proyecto Habesha (Projet Habesha, anglais ici, arabe ici) il ouvre ses portes aux étudiants syriens.

Une poignée de fidèles du Prophète (SAW) ont fui la persécution à la Mecque et se sont rendus en Abyssinie (Ethiopie) suite aux conseils de Mohamed et ont rencontré le Negus (roi) Al-Asham l’implorant d’accepter Allah dans son coeur.

Touché par leur discours honorant la Vierge Marie et Jesus, AL-Asham refusa néanmoins de se convertir, mais accorda aux fidèles du prophète le droit de passage à travers l’Abyssinie.

Ce geste est connu sous le nom de Habesha, d’après l’ancien nom de l’Abyssinie, et est au centre de cette nouvelle initiative, coordonnée avec le gouvernement du Mexique.

Le Projet Habesha souhaite que le droit de passage soit accordé à des étudiants syriens, qui à cause de la guerre civile, ont été déplacés et n’ont pas pu finir leurs hautes études, au Mexique, où plusieurs institutions d’études supérieures sont prêtes à leur accorder des bourses complètes afin d’obtenir leurs diplômes.

Le Projet Habesha a trois objectifs principaux :

  • Une phase pilote comprenant 30 réfugiés syriens sélectionnés dans les camps en Jordanie, Turquie, Irak et Liban pour compléter leurs études supérieures au Mexique.
  • Une campagne de sensibilisation composée de conférences académiques ouvertes au public, et une plate-forme artistique itinérante faite de documentaires et oeuvres d’art inédites par des activistes et réfugiés syriens.
  • Une composante académique de la part des universités participantes, qui développeront un programme spécial sur la politique, l’histoire et les cultures moyen-orientales pour former les futurs humanitaires, agents de développement et diplomates mexicains.

Trente semble peu, mais l’on doit bien commencer quelque part et considérez la difficulté d’identifier et sélectionner des candidats parmi des millions de déplacés, souvent sans leur documents, dont les universités ont été détruites, et de les former, de créer un environnement dans lequel ils pourront s’ajuster et leur fournir une éducation de qualité.

La Comision Mexicana de Ayuda a Refugiados (COMAR) fourni un soutien technique au projet et facilite le dialogue avec des membres hauts placés du gouvernement pour s’assurer qu’à l’instar du roi d’Abyssinie, le droit de passage leur soit accordé.

Les candidats sélectionnés seront placés parmi les meilleures universités du Mexique. Deux se sont déjà engagés à donner aux étudiants des bourses complètes dans le domaine de leur choix :

D’autres universités ont été approchées, des discussions sont en cours et les trois institutions ci-dessous ont fourni des experts dans le développement du projet, et bien qu’elles ne fassent pas encore partie du projet officiellement, leur haut niveau d’excellence en ferait des endroits idéaux pour les jeunes participants.

Qui plus est la Universidad Panamericana de l’Etat d’Aguascalientes, l’un des États les plus sur et au développement le plus rapide du Mexique, hébergera les étudiants pendant une année pour une immersion culturelle et linguistique avant de rejoindre les institutions de leur choix. Le but étant qu’ils passent du temps ensemble pour minimiser le choc culturel, créer des liens et des groupes de soutien entre eux.

Les participants sont choisis sur le terrain grâce à l’implication locale du staff du Haut Conseil aux Réfugiés (HCR) qui facilite la logistique et le processus d’entretiens qui a débuté ce lundi 3 novembre à Zaatari, et représentent la diversité de la population syrienne.

Derrière le Projet Habesha se cache une équipe de volontaires compose de fonctionnaires internationaux, humanitaires et agents de développement aux Amériques, en Europe, au Moyen-Orient, et partout où ils peuvent se connecter à un ordinateur, ce qui explique sans doute pourquoi leur website n’est pas encore actif.

Le projet génère beaucoup d’intérêt dans les hautes sphères de l’académie et de l’entertainment mexicain.

Le professeur Mauricio Mechoulam, académicien juif mexicain, a donné son Nobel personnel au projet, est apparu à la télévision nationale (45m34s), et est un membre à part entière de l’équipe Habesha.

Le projet vise à tripler le nombre de participants après la phase pilote et prépare a se faire inscrire comme Organisation Non Gouvernementale (ONG) afin d’élargir le pont construit avec la Syrie, et promouvoir l’échange d’étudiants avec la région.

Les coeurs sont souvent de glace, et l’hiver arrive, mais d’ici le printemps trente étudiants syriens auront une chance a un avenir. Au-delà du tragique, la Syrie perd une génération, et avec le Liban qui leur ferme ses portes, une opportunité disparue dans la région.

Le Projet Habesha est un rameau d’olivier pour l’instant, mais il poussera.