« Témoigner de ces vies – Peindre la mémoire » – Un parcours de mémoire qui continue.  Actuellement, l’exposition est présentée au château des Rohan à Saverne

Après les événements dramatiques, sidérants et inquiétants de 2015 les massacres au nom d’un fanatisme partout dans le monde, les attentats, où des hommes furent assassinés parce que juifs parce que chrétiens et celui de Charlie hebdo où la liberté d’expression fut niée, des questions inondent mon esprit.

Le travail de mémoire que j’ai entrepris depuis 2008 avec mes peintures et mes mots est ma façon de rappeler la valeur inestimable de chaque vie humaine et le drame que constitue la perte de chaque  individu pour une société.

Comment donner corps à l’indicible ? Comment supporter l’insupportable des morts sans sépultures, des enfants qui n’ont pas vécu ? Comment faire œuvre de témoignage et se tourner vers l’avenir en portant un message, en réveillant les consciences ?

Comme le dit Picasso « La peinture n’est pas faite pour décorer les appartements. C’est un instrument de guerre offensive et défensive contre l’ennemi »… et pour moi l’ennemi, c’est la passivité et l’indifférence. Tout être humain, qu’il soit juif ou non, est travaillé par la Shoah, l’expression la plus radicale du nihilisme. Mon objectif est d’interroger les traces indélébiles de la Shoah pour les rescapés et l’humanité entière.

Pour moi, la deuxième génération a le devoir de penser la Shoah, parce qu’elle dit quelque chose de notre monde actuel où se vit la disparition de la responsabilité personnelle et une tendance à réduire l’homme à une unité comptable, dans cette Europe où l’intolérance, le fanatisme et la xénophobie resurgissent par vagues barbares..

Peindre la Shoah ne fut pas pour moi un choix délibéré, mais ce fut un cheminement. Je dirai comme le peintre américain Samuel Back que «c’est l’Holocauste qui m’a choisie pour être l’un de ses porteurs de témoignage». Si peindre m’a toujours été nécessaire voire indispensable, peut être ce don ne m’a-t-il été donné que pour servir à la transmission de l’intransmissible du génocide d’hommes, de femmes et d’enfants dont le seul crime était d’être juifs ou tsiganes, comme celui d’autres d’avoir été arméniens en 1915, ou encore tutsi au Rwanda en 1994.

Depuis 2008, c’est en trois phases que mon travail de mémoire s’est construit : un temps où je peignais sans repérer que la Shoah se cachait déjà dans mes œuvres, puis un temps où je décidais de peindre des chômeurs et leur perte d’identité. C’est là que s’imposa à moi une toile à partir d’une photo d’un groupe de déportés.

Ce fut alors un tourbillon, comme une évidence, peindre autre chose n’avait désormais pour moi plus de sens. Peindre pour laisser des morts une trace, peindre pour transmettre à mon tour le message des survivants. Comme un passeur de mémoire j’essaie de prendre le relais des derniers témoins directs qui peu à peu s’éteignent, pour m’adresser à de nouveaux témoins dans une chaine de transmission.

Ainsi depuis 2008, par des peintures, des céramiques et des textes, je construis un chemin de mémoire avec plus de 55 expositions à ce jour (au Camp du Struthof, au Mémorial d’Alsace-Moselle, au Mémorial du camp de Royallieu à Compiègne, à Paris au Cercle Bernard Lazare, au café des Psaumes et à la mairie du 9e, à la mairie de Saint Mandé, au Centre mondial de la Paix à Verdun, dans plusieurs églises à Strasbourg, en Belgique au Fort de la résistance de Breendonk et à la gare de Boortmeerbeek, dans une gare de déportation à Luxembourg, au Centre culturel franco-allemand de Karlsruhe, dans des festival tsiganes et des colloques du Conseil de l’Europe en Albanie, en Grèce, à Londres, à Sofia et à Cracovie).

A partir de photos, de témoignages, traces historiques du passé, je me laisse avaler. Ces histoires personnelles, ces souffrances, ces difficultés de vivre et ces volontés de survivre, je les peins comme dans un lien de descendance pour que ces images restent, vivent et  deviennent des instants du présent. A la fois peintre et psychiatre, c’est par une sympathie identifiante avec le rescapé, que je ressens intensément l’inacceptable, je transfigure l’image et le témoignage et les relie par une création personnelle picturale comme dans un lien de descendance.

Crédit : Francine Mayran

Crédit : Francine Mayran

Par des peintures de foule anonymes partant vers les camps et des rafles, je questionne la position de témoin de l’Histoire et la capacité individuelle à rester passifs ou à agir.

Crédit : Francine Mayran

Crédit : Francine Mayran

Par des peintures de groupes de déportés à la libération des camps, j’interroge le problématique retour des rescapés à la vie, après l’expérience abominable de la déshumanisation et celle d’avoir réalisé la capacité de l’homme civilisé à la barbarie.

Crédit : Francine Mayran

Crédit : Francine Mayran

Par 200 portraits à l’huile sur béton, je veux transmettre la dimension humaine de la Shoah et rappeler l’importance de chaque vie humaine. Des visages constellés de chiffres pour traduire des existences individuelles déshumanisées par la barbarie de la transformation des victimes en simples numéros. Mais ce sont des visages chaleureux où l’humain est plus présent, plus fort que l’inhumain pour transmettre la nécessité de développer notre sens humain pour nous opposer au mal qui est en germe en chacun de nous.

 Au coté de victimes juives, ce sont ce sont des portraits de tsiganes, d’homosexuels, de résistants, de témoins de Jéhovah ou encore d’handicapés, des portraits mémoire de toutes les victimes.

Crédit : Francine Mayran

Crédit : Francine Mayran

Il s’agit pour moi de rendre la dignité à ceux qu’on voulait sans nom, montrer leur visage, leur regard, leur parole et leur nom et par là exposer une parcelle d’humanité. Ce sont des visages qui font se rencontrer un rescapé et un spectateur dans un échange d’humanité.

Par des portraits de Justes parmi les Nations et de personnes qui sauvèrent l’honneur de l’Humanité, je veux rappeler l’extraordinaire capacité de certains hommes au Bien et transmettre aux jeunes générations que certains, dans la noirceur d’un monde, surent garder leur liberté de penser et les valeurs des droits de l’Homme, pour repousser le mal.

Crédit : Francine Mayran

Crédit : Francine Mayran

Le rôle de l’art est d’interpeller, de toucher les coeurs et de susciter des questions qui invitent à aller vers l’Histoire pour la l’interroger.

C’est ainsi que j’élabore des projets pédagogiques et que s’engage un travail de collaboration avec des enseignants européens pour réfléchir à l’apport de l’art à la transmission de la mémoire.

Mon livre (*) « Témoigner de ces vies – Peindre la mémoire » en est le vecteur. Mes peintures illustrent des fiches pédagogiques réalisées par le Conseil de l’Europe, dans le programme «Transmission de la mémoire de l’Holocauste et prévention des crimes contre l’humanité ».

J’interviens cette année dans des projets scolaires, tant au lycée Mathis à Schiltigheim, au collège Jean Jacques Waltz à Marckolsheim, au collège de l’Esplanade à Strasbourg et à l’école Européenne, ainsi que dans un grand projet à Nice. Il faut féliciter la mobilisation importante des enseignants pour réveiller les consciences de la jeunesse.

Crédit : Francine Mayran

Crédit : Francine Mayran

Dans cette nouvelle exposition à Saverne, vous découvrirez au coté de portraits de juifs alsaciens victimes et rescapés de la Shoah (dont le portrait de mon grand oncle René Klein), une vingtaine de portraits sur sable rouge mémoires du génocide des Tutsis au Rwanda créés pour la 20ème commémoration du génocide en 2014, ainsi qu’une vingtaine de portraits mémoires du génocide des Arméniens créés à l’occasion du centenaire en 2015.

Crédit : Francine Mayran

Crédit : Francine Mayran

Crédit : Francine Mayran

Crédit : Francine Mayran

C’est une exposition dont l’objectif n’est pas seulement de pleurer les morts, mais aussi de s’appuyer sur les survivants qui tentent, sans oublier leur passé, de reconstruire avec courage une nouvelle vie pour les descendants.

C’est ainsi que des témoins directs viennent transmettre lors des visites commentées que je mets en place. Ce fut le cas de Simone Polak, rescapée d’Auschwitz

Crédit : Francine Mayran

Crédit : Francine Mayran

Ce fut aussi celui d’Immaculée Mpinganzima-Cattier et de Thérèse Rosenberger, deux femmes tutsi qui elles aussi témoignèrent durant le vernissage le 28 février.

Crédit : Francine Mayran

Crédit : Francine Mayran

Crédit : Francine Mayran

Crédit : Francine Mayran

Dimanche 17 avril à 14h30, je guiderai une visite commentée de l’exposition, qui sera suivie à 16h30 d’une pièce de théâtre musicale « voyage en barbarie » de la troupe Bergamasque

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Dimanche 29 mai à 14h30, avec le soutien de la LICRA, je guiderai une visite commentée de l’exposition, qui sera accompagnée de témoignages de survivants de la Shoah (Evelyn Askolovitch, Simone Polak et Alain Hirschler à la clarinette, qui dédicacera son nouveau livre à la mémoire de son père le grand rabbin René Hirschler) et de celui d’Immaculée Mpinganzima, rescapée du génocide des Tutsi et de celui d’un descendant du génocide des Arméniens.

D’autres visites commentées peuvent être mises en place. Les personnes intéressées doivent prendre contact avec moi : par mail (francine.mayran@gmail.com)

Les prochaines haltes de l’exposition pour 2016, seront Alençon en mai dans la galerie commerciale Leclerc et en septembre Duisbourg en Allemagne invitée par l’association Gegen vergessen für Demokratie pour le 300ème anniversaire du port et l’anniversaire de la communauté juive de Duisbourg. En 2017 sont déjà planifiées plusieurs autres expositions dont l’une à Decines-Charpieu (69150) en juin 2017.

Construisant une chaine de transmission, l’exposition continue sa route et s’enrichit à chaque halte, de nouvelles toiles pour faire partager de nouvelles mémoires individuelles émouvantes et uniques et nous empêcher d’oublier.

Francine Mayran

Le site : http://www.fmayran.com

Le livre « Témoigner de ces vies-peindre la mémoire » de Francine Mayran est paru aux Editions du Signe.

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