Alors que la campagne présidentielle vient de s’achever, force est de constater que la politique étrangère fut, peu ou prou, l’oubliée des débats. Pourtant, nombre de dossiers cruciaux seront entre les mains du nouveau Président de la République – dont c’est le domaine réservé – y compris le processus de paix au Proche-Orient.

Si la France souhaite y jouer un rôle, elle devra absolument retrouver sa crédibilité érodée par une conférence de Paris supposée offrir des incitations aux parties pour faire la paix, mais dont les résultats furent davantage déclaratifs que tangibles.

En internationalisant le conflit et en faisant croire aux Palestiniens qu’ils pourraient éviter la table des négociations, l’initiative française n’a fait que freiner un processus de paix déjà bien ralenti.

A présent, la France doit apparaître aux yeux de tous comme un « honest broker », un intermédiaire impartial capable de prendre en considération les préoccupations des protagonistes. Elle doit notamment regagner la confiance des Israéliens – très critiques envers cette initiative dont ils avaient été exclus – en réaffirmant l’absolue nécessité de garantir la sécurité d’Israël dans des frontières sûres et reconnues. Il est donc primordial que le soin apporté à la relation avec Israël fasse partie de l’équation pour le prochain Président de la République.

La semaine dernière, Paris s’abstenait sur le vote d’une énième résolution de l’Unesco visant à nier le lien historique entre les Juifs et Jérusalem. Pourtant, d’autres pays européens ont fait le choix courageux de s’opposer sans équivoque à ce texte contre-productif pour la paix dans cette région. Ce fut le cas de l’Allemagne, de l’Italie, de la Lituanie, de la Grande-Bretagne, de la Grèce et des Pays-Bas.

Le temps n’est-il pas venu pour la France de revoir ses positions en la matière et d’oser s’opposer à de telles initiatives quand leur objectif manifeste est de délégitimer Israël ?

En 1967, le Général de Gaulle mit un terme à la « lune de miel » que connurent la France et Israël à partir des années 1950, en imposant, à la veille de la Guerre des Six Jours, un embargo sur les armes à Israël.

Décision qu’il expliqua lors de sa conférence de presse, rendue célèbre par la formule « Peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur », et à laquelle Ben Gourion répondit en ces termes : « Nous n’avions aucune « ambition ardente et conquérante » mais bien plutôt une foi ardente en la vision de la paix de nos prophètes… ».

50 ans après l’anathème gaullien, les champs de coopération avec Israël ne manquent pas. Au premier rang de ces derniers : celui de la lutte anti-terroriste. Alors que la France est la cible privilégiée d’attaques et connaît une situation similaire à celle d’Israël, elle pourrait grandement bénéficier de l’expertise israélienne en la matière, tant sur le plan du renseignement que sur celui de la résilience des populations face aux attentats.

Sur le dossier du nucléaire iranien, la France a adopté, depuis plusieurs années, une position particulièrement intransigeante et aurait tout intérêt à poursuivre sa stratégie en concertation avec Israël, également très soucieux de la menace iranienne, ainsi qu’avec la nouvelle administration américaine qui souhaite renforcer la politique de Washington vis-à-vis de Téhéran.

Par ailleurs, grâce à ses appuis au sein du monde arabe, Paris pourrait jouer un rôle dans le rapprochement entre Israël et les puissances sunnites, dont l’alliance discrète et implicite repose sur une méfiance commune envers l’Iran.

Ces derniers mois, les signes d’ouverture et les discussions se sont multipliés, avec l’aide de la nouvelle administration américaine. Mais la France pourrait être un acteur clé de ce qui représente une opportunité d’impliquer les voisins sunnites d’Israël et les Palestiniens face aux menaces communes.

Pour l’avenir des relations franco-israéliennes, l’élection d’Emmanuel Macron est porteuse d’optimisme. Alors Ministre de l’Economie, il s’était rendu en Israël, envoyant ainsi un signal fort, et avait témoigné d’un désir d’accentuer la coopération, notamment dans le domaine des hautes technologies, entre la « French Tech » et la « startup nation », qui figure parmi les dix économies les plus innovantes au monde.

De même, durant sa campagne, il prit des positions favorables à Israël, en s’opposant au boycott d’Israël et se prononçant contre la reconnaissance unilatérale d’un Etat palestinien en dehors d’un accord de paix.

Depuis son élection, ce dernier s’est déjà entretenu avec Benjamin Netanyahou qui lui avait adressé un message de félicitations tout en soulignant l’importance d’une coopération approfondie entre la France et Israël sur les défis communs aux deux nations, principalement en matière de lutte contre le terrorisme.

Ces marques d’espoir ne doivent pour autant pas conduire à pêcher par un excès de confiance, tant la diplomatie française de ces cinquante dernières années s’est surtout illustrée par sa continuité.

A l’heure où les Etats-Unis tentent une médiation entre Israéliens et Palestiniens – censés se rencontrer dans les jours qui viennent sous leur égide – mais sans que Donald Trump n’ait encore tout à fait gagné la confiance des parties ; et où les relations entre Israël et l’Allemagne sont en crise, Paris pourra non seulement bénéficier d’une fenêtre d’opportunité mais également développer de nombreux thèmes de coopération pour se rapprocher davantage de son allié israélien.

Espérons que le nouveau quinquennat sera placé sous le signe d’une amitié franche, solide et renouvelée entre la France et Israël.