C’était un Noël comme tous les autres. Pas pour les Israéliens, d’habitude insensibles à ce jour de fête, car ce jour là un drame symbolisait, déjà, la détérioration des relations avec la France, longtemps ressemblant à une liaison d’amour. En France on s’en souvient à peine, alors qu’en Israël on commémore parfois ce Noël.

Un rappel: il s’agit de l’affaire dite des « vedettes de Cherbourg ».

Noël 1969. La France a imposé, suite à la guerre des Six Jours, un embargo sur la vente d’armes à Israël. Une importante quantité de matériel de guerre reste bloquée sur place, et notamment plusieurs avions « Mirage », à l’époque fer de lance de Tsahal, ainsi que des vedettes rapides, ancrées au port de Cherbourg.

Bien qu’ayant payé pour tout ce matériel, Israël ne parvient pas à faire changer d’avis De Gaulle, ni son successeur depuis la mi-1969, Georges Pompidou.

Il faisait un temps épouvantable que même les parapluies de Cherbourg ne pouvaient affronter. C’est dans une mer houleuse que les cinq vedettes quittaient le port désert pour un voyage ayant fait la joie des Israéliens et causé la colère des autorités françaises.

Petite confidence personnelle : j’étais à cette époque en mission en France pour un journal israélien, et me trouvais en amitié avec l’amiral Mordehay (Moka) Limon, chef de la mission d’achat du ministère de la Défense d’Israël.

C’est ainsi que j’ai eu la chance d’être au courant de toute une trame qui se préparait dans le plus grand secret, après m’être engagé à garder le secret, en dépit de ma vocation professionnelle. En fin de compte, j’ai été récompensé puisque renseigné et averti en temps de ce qui se passait et aller se passer.

En réalité tout se passait dans la légalité et ce ne fut pas une véritable escapade, puisque Paris était tenu au courant d’une vente, factice, de vedettes à une compagnie maritime norvégienne, factice elle aussi. Il semble que certains milieux français préféraient tourner le dos afin d’ignorer la trame.

Ce n’est qu’au bout de quelques jours, lorsque les vedettes ont traversé le détroit de Gibraltar, que la vérité fut connue.

Immenses joie et fierté en Israël, où une réception triomphale attendait les vedettes au port de Haïfa.

Grand scandale à l’Elysée et Matignon, ayant en guise de représailles déclaré l’Amiral Limon personna non grata et expulsé de France.

Moka Limon, grand héros de cette affaire, est décédé depuis, mais il reste inscrit dans les annales, après avoir marqué déjà des pages glorieuses dans l’histoire d’Israël lorsqu’il avait servi comme chef de la navire naissante d’Israël.

Puisse ce rappel historique lui servir d’hommage.

Mais le dossier embargo n’était pas fermé pour autant, car les « Mirages » commandés et payés par Israël restaient toujours bloqués en France. Là aussi je me suis trouvé mêlé à un débat avec la présidence en la personne de Georges Pompidou, lequel n’enviait rien au Général par son hostilité envers Israël.

Lors d’une conférence de presse à l’Elysée, j’ai eu l’occasion de lui poser une question :

« Selon certaines informations, Paris aurait l’intention de vendre à la Libye les « Mirages » destinés au départ à Israël. Qu’en est-il ? »

Pompidou : « Il ne se passe pas un jour, une semaine, sans que cette question ne soit posée. Cela me rappelle l’homme qui continue à demander un numéro en dépit de la réponse répétée : ‘le numéro que vous demandez n’est pas attribué’. Eh bien Monsieur le journaliste Israélien, le numéro que vous demandez n’est pas attribué. »

Cette réponse présidentielle, quelque peu hargneuse, n’a pas manqué d’attirer les critiques de la presse, évoquant l’attitude provocante du président.

D’ailleurs, les « Mirages » ont effectivement été livrés à la Libye, et transférés par la suite à l’Egypte, puis tournés contre Israël lors de la guerre de Kippour.