Depuis 22 ans, la ville espagnole de Benicàssim organise à la mi-août un festival de reggae. Un festival ouvert sur le monde et la culture.

Pour sa 22e édition, le Festival Rototom Sunsplash de Benicàssim avait notamment invité le chanteur juif américain Matisyahu dont le Rototom vantait il y a quelques mois « le style particulier où fusionnent rock et hip-hop avec des rythmes reggae dont les paroles puisent leur inspiration tant dans la culture juive que dans le quotidien ».

Mais voilà, le samedi 15 août, un peu avant minuit, jour de l’inauguration du festival, ses organisateurs annonçaient sur Facebook leur décision d’annuler le concert de Matisyahu en basant leur décision sur un plan non musical.

Le BDS, une mouvance qui cible les artistes juifs

Tenez-vous bien : il s’agissait de sanctionner un artiste qui avait refusé de se prononcer à la demande des organisateurs sur le droit du Peuple palestinien à posséder son propre État.

Une demande formulée suite à la campagne organisée par le BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions) de la Communauté autonome de Valence contre le musicien accusé d’être « sioniste » et de « cautionner un État d’Israël qui pratique l’apartheid et la pureté ethnique ».

Le BDS, très actif au sein de la mouvance altermondialiste, mais aussi islamiste, soralienne et dieudonniste, qui prône depuis 2005 le boycott d’Israël au niveau politique, économique, culturel et universitaire, choisit désormais de cibler non pas les « sionistes » mais les juifs.

Cette même mouvance en vient d’ailleurs non seulement en Espagne mais un peu partout en Europe et même dans notre France républicaine à dresser des listes d’intellectuels, d’artistes, de journalistes, d’entrepreneurs ou d’entreprises à boycotter et sanctionner parce que juifs, sous le prétexte fallacieux qu’ils seraient liés à Israël.

Une annulation discriminatoire

À Benicàssim, le BDS en est ainsi venu à exiger de la part d’un artiste juif une prise de position politique qui n’était pas demandée aux autres participants, avec comme conséquence cette annulation discriminatoire du concert du chanteur reggae Matisyahu.

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Quand on connaît les liens entre culture rasta et culture juive, quand on se rappelle des références à Israël, à Babylone, au roi Salomon, à la reine de Saba dans la musique d’un peuple se vivant comme la tribu perdue d’Israël, on en vient à se demander si un jour le BDS réussira à imposer toute référence à Bob Marley de ce festival.

En acceptant cette mise en demeure, les organisateurs du festival trahissent l’esprit universaliste et rassembleur que devraient représenter de telles manifestations.

Cet article a été publié par le site leplus.nouvelobs