Je reprends ici un article que j’avais écrit en 2011 et qui prouve bien que l’histoire se répète.

Les demandes des Palestiniens restent inchangées et la solution de deux États pour deux peuples s’éloigne de jour en jour.

Le statu quo reste encore la seule solution à moins que le gouvernement israélien ne se décide, dans l’hypothèse où les négociations reprendraient, à déclarer une bonne fois pour toutes que Jérusalem et le droit au retour ne sont pas des sujets négociables.

Et qu’importe si une telle prise de position en scandalise plus d’un puisque l’État juif, quoi qu’il fasse, est toujours mis au banc des accusés, toujours jugé coupable.

UN ÉTAT PALESTINIEN EN SEPTEMBRE ?

Tandis qu’on cherche désespérément le moyen de sortir de l’impasse dans laquelle se trouve le processus de paix au Proche-Orient, la proclamation unilatérale d’un État palestinien, comme le demande le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a fait son chemin et beaucoup y voient la solution à cet épineux problème.

Le but de Mahmoud Abbas est d’obtenir, lors de la conférence de Durban III, la reconnaissance du maximum de pays afin que l’ONU vote une résolution proclamant la naissance d’un État palestinien dans les frontières d’avant 67.

Certes, il faut reconnaître que les Palestiniens jouissent d’un soutien non négligeable tant auprès des intellectuels israéliens que de la communauté internationale qui est favorable à la création d’un État avec des frontières reconnues.

Comme toujours, ils peuvent compter sur la Gauche israélienne pour soutenir leurs revendications. Ainsi, récemment, quelques ex-membres du Mossad, dont Danny Yatom, un de ses ancien chefs, mais aussi des personnalités de l’armée ou du monde des affaires, ont pris position en faveur de la création d’un État palestinien dans un document intitulé
« Initiative de paix israélienne » : « Nous avons regardé autour de nous, constaté ce qui se passe dans les pays voisins, avait déclaré Danny Yatom, et nous nous sommes dit qu’il est temps pour les Israéliens de faire entendre leur voix, eux aussi… nous pensons qu’une telle initiative peut rassembler un grand nombre d’Israéliens ».

En avril dernier, des universitaires israéliens, ainsi que 17 Prix Israël- distinction hautement convoitée- ont lancé un appel à la création d’un Etat palestinien dans les frontières d’avant la guerre de 1967, et ils ont choisi de le faire sur un lieu hautement symbolique : face au bâtiment où Ben Gurion avait proclamé la naissance de l’État d’Israël.

« La terre d’Israël est le berceau du peuple juif, où son identité a été formée. La terre de Palestine est le berceau du peuple palestinien où son identité a pris forme », peut-on lire dans leur pétition. Qui plus est, les signataires de cet appel vont jusqu’à reprendre des phrases de la Déclaration d’Indépendance d’Israël et déclarer que « la fin complète de l’occupation est une condition essentielle pour la libération des deux peuples, israélien et palestinien ». Et ils ajoutent : « Nous appelons à saluer l’indépendance escomptée d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël, selon les frontières de notre indépendance fixées lors de l’armistice de 1949 ».

Encore une fois, force est de constater que les coups les plus durs portés à Israël le sont par des Israéliens de gauche, toujours fiers de compter parmi les défenseurs les plus acharnés des Palestiniens.

De nombreux pays également, principalement 12 des 13 pays d’Amérique latine – la seule exception étant la Colombie – ont reconnu l’État de Palestine sans que cela impressionne le moins du monde l’État d’Israël, et il n’est pas exclu que l’Union européenne emboîte le pas.

À l’heure actuelle, ce sont plus de 98 pays qui l’ont reconnu, tandis que d’autres comme la France, L’Allemagne se contentent d’accepter sur leur territoire une délégation palestinienne.

Quand il était ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner avait déclaré à un quotidien palestinien : « La communauté internationale ne saurait se satisfaire d’une impasse prolongée. Je crois que l’on ne peut pas écarter par principe l’option du Conseil de sécurité », autrement dit la reconnaissance d’un État palestinien.

Alain Juppé, lui, a même déclaré que si Israël n’aboutit pas à un accord de paix avec les Palestiniens, la reconnaissance d’un État palestinien par l’ensemble de l’Union européenne est « une hypothèse qu’il faut avoir en tête ».

Et il y a quelques jours, la France, par la voix de son président, menaçait de nouveau Israël de reconnaître un État palestinien si les négociations en septembre prochain n’avaient pas repris : « Si le processus de paix reprend durant l’été, a dit Sarkozy, la France dira qu’il faut laisser les protagonistes discuter sans bousculer le calendrier. Si, à l’inverse, le processus de paix est toujours au point mort en septembre, la France prendra ses responsabilités sur la question centrale de la reconnaissance de l’Etat palestinien« , dit-il.

Comme on peut le constater, la France, qui se dit l’ami d’Israël, se permet un véritable chantage.

Chantage aussi du côté des Palestiniens par la bouche de Mahmoud Abbas qui déclare que si aucun progrès n’est réalisé dans les négociations, il demandera en septembre à l’ONU de reconnaître l’État palestinien, alors même qu’il sait que son alliance avec le Hamas a tué tout espoir de reprise des pourparlers de paix.

Il laisse entendre qu’il démissionnera s’il réussit à obtenir la création de l’État indépendant de Palestine : « Lorsque j’ai été élu, déclare-t-il dans un entretien à un journal italien, mon programme était le suivant: amélioration de la sécurité, de l’économie et du développement social, réconciliation palestinienne et indépendance de notre Etat ».
« L’accomplissement de tout cela est possible cette année. Je prendrai ensuite ma retraite», a-t-il confié au quotidien italien avant une visite dans la Péninsule.

Beaucoup de pays agissent un peu comme si Israël était le seul et unique responsable de l’échec du processus de paix et qu’il fallait par conséquent prendre des sanctions contre lui ou à tout le moins le menacer de sanctions.

On occulte évidemment le fait qu’Israël était prêt à poursuivre le gel de la « colonisation » en Judée-Samarie et à reprendre les négociations si l’AP acceptait de reconnaître le caractère juif de l’État d’Israël.

Or, exception faite des Etats-Unis qui ont tenté de convaincre les Palestiniens d’accepter cette condition, aucun pays européen, à ma connaissance, n’a pris en considération la proposition du gouvernement israélien, ou n’a tenté de faire pression sur les Palestiniens pour débloquer l’impasse.

Et maintenant, tous savent que l’accord de réconciliation entre le Hamas et le Fatah diminue considérablement les chances d’en arriver à une paix négociée, contrairement à ce que la Gauche se plaît à affirmer, car jamais Israël ne négociera avec une organisation terroriste.

Même s’il est dans l’intérêt de l’État d’Israël de réaliser la paix avec ses voisins, il n’est pas prêt à payer le prix fort pour une paix qui, regardons la vérité en face, risque fort de n’être qu’une simple trêve comme Israël en a toujours eu depuis sa création puisque le but ultime du Hamas est la disparition d’Israël.

Bien sûr, à l’heure actuelle, il est très probable que les Palestiniens obtiennent la majorité des 2/3 des 192 membres de l’ONU, majorité requise pour obtenir que soit proclamé l’État de Palestine.

Faut-il pour autant s’alarmer et y voir une catastrophe pour
Israël ?

Dans une chronique intitulée : « Septembre, le mois de tous les
dangers »,
Schmuel Trigano tente une simulation étape par étape de ce qui se fera à Durban en septembre prochain. C’est un scénario absolument apocalyptique qu’il nous brosse, conséquence d’une reconnaissance par la communauté internationale de l’État palestinien.

Même si cette simulation se base sur des faits réels, j’ose espérer que nous n’aurons pas à vivre un tel cauchemar. Et ce, pour plusieurs
raisons :

  1. Certes, les Palestiniens n’ont jamais eu de difficultés à faire voter des résolutions à l’encontre d’Israël. Mais on sait que ces résolutions n’ont pas force de loi.
  2. L’idée de la proclamation d’un État palestinien n’est pas nouvelle. En1988, à Alger, Arafat, alors chef de l’OLP avait proclamé la naissance d’un État palestinien.

Quelque temps après, une centaine de pays – 94 pays membres de L’ONU sur 192 – environ avaient reconnu l’État de Palestine. Mais l’ONU n’a pas entériné cette reconnaissance, même si cette organisation considère que la Cisjordanie (de son vrai nom Judée-Samarie) et la Bande de Gaza sont des territoires palestiniens.

Faut-il d’ailleurs rappeler que l’État d’Israël n’a pas conquis ces territoires durant la guerre de 1967 comme l’affirment un grand nombre de pays, mais qu’il a tout simplement repris aux Jordaniens la Judée-Samarie et Jérusalem-est que le royaume hachemite occupait depuis 48. En d’autres termes, Israël n’a fait que libérer des territoires occupés par la Jordanie.

Puis le 13 mars 2002, le Conseil de sécurité, par 14 voix et une abstention, a adopté une résolution dont le texte avait été proposé par les États-Unis, la résolution 1397, qui mentionnait l’État palestinien, et qui insistait aussi sur la nécessité que cesse la violence. Il ne s’agissait nullement de la proclamation d’un État palestinien et Israël était en faveur de ce texte.

  1. Il n’est pas dit que l’Union européenne donnera réellement suite à la demande des Palestiniens. Peut-être a-t-elle vu dans ces menaces de reconnaissance de l’État palestinien un moyen de faire pression sur l’État d’Israël pour qu’il se plie au desiderata des gouvernements palestiniens. À moins que cette résolution ne lui soit apparue comme le moyen de mettre fin à cet épineux dossier qui lui semble insoluble.
  2. Mais même si l’Union européenne acceptait -hypothèse selon nous hautement improbable- il reste que la proclamation d’un État-nation palestinien relève du Conseil de sécurité. Or il semble très peu probable que l’Amérique abandonne Israël et renonce à faire usage de son droit de veto. Certes, s’il n’en tenait qu’à Obama, il se plierait peut-être à la volonté des États arabes, mais heureusement il n’est pas seul à décider du sort d’Israël.
  3. Enfin, à supposer que les Palestiniens arrivent à leurs fins et qu’ils obtiennent de l’ONU une résolution, il faudrait créer deux États palestiniens car le Hamas ne reconnaîtra jamais un État palestinien représenté par Abbas. Il ne faut pas oublier que, pour l’heure, les Palestiniens ont deux gouvernements dont un – le Hamas- qui revendique la totalité du territoire, incluant Israël. Faudra-t-il alors créer deux États palestiniens ?

Pour montrer sa «  bonne volonté », le Hamas a surpris tout le monde en déclarant qu’il serait disposé à accepter un État palestinien « sur n’importe quelle partie de la Palestine ». Pour la première fois, il semble renoncer à un État qui irait de « de la rivière à la mer ».

La communauté internationale a semblé se réjouir de cet assouplissement en feignant d’ignorer que, dans le même temps, Mahmoud Zahar, co-fondateur du Hamas et ministre des affaires étrangères, affirmait, lors d’un entretien le 11 mai dernier avec l’agence de presse palestinienne Maan, que son gouvernement, tout comme la plupart des pays arabes, ne reconnaîtrait pas Israël afin que les réfugiés conservent leur droit au retour : « Quel sera le destin des cinq millions de Palestiniens qui vivent en diaspora, est-ce qu’on renoncera au droit au retour ? » a-t-il dit .

Il a tenu à préciser que « le cessez-le-feu est une partie du plan de résistance, mais ne la supprime pas », que « le calme ne veut pas dire la paix avec Israël ».

Et il a déclaré que si son gouvernement est prêt à accepter un État plus petit, en revanche il pose comme condition non-négociable le droit au retour des réfugiés de la guerre de 1948 ainsi que de leurs descendants, environ 5 millions de personnes.

Évidemment, le Hamas peut accepter même un petit bout de territoire puisque le retour des réfugiés aura pour conséquence un changement dans l’équilibre entre Juifs et Palestiniens, changement qui se fera au bénéfice des Palestiniens, lesquels pourront absorber sans difficultés l’État juif et réaliser leur rêve d’un État qui irait de « la rivière à la mer ». Et on présente cette nouvelle comme un acte de bonne volonté de la part des Palestiniens !

De toute façon, en ce qui concerne le droit au retour, le Premier ministre israélien a opposé un non catégorique.

  1. Quand bien même l’État palestinien serait proclamé, il resterait encore à obtenir d’Israël qu’il veuille bien reconnaître cet État comme voisin. Or, rien n’est moins sûr. Certes, Israël n’est pas opposé à la création d’un État palestinien, Sharon lui-même l’avait déjà envisagé. Mais il est normal qu’il pose des conditions à sa reconnaissance, dont la reconnaissance par les Palestiniens de l’ « État juif » .

En effet, comment pourrait-il reconnaître un État dont la Charte ne le reconnaît pas, le considère illégitime, le nomme « entité sioniste », et prône la création d’un État palestinien islamique sur l’ensemble du territoire d’Israël ? Car faut-il rappeler ici les paroles de Mahmoud Abbas aux journalistes, à Ramallah : « Nous l’avons dit franchement, et nous le répéterons toujours: s’il y a un État palestinien indépendant avec Jérusalem comme capitale, nous ne serons pas d’accord pour qu’il y ait le moindre Israélien dans celui-ci ».

Ensuite, le gouvernement israélien doit exiger la garantie de la sécurité d’Israël, garantie qui implique la démilitarisation de l’État palestinien. «En cas d’accord de paix, le territoire sous contrôle palestinien doit être désarmé et Israël doit avoir de solides garanties de sécurités», a déclaré Netanyahou.

Que certains jugent inacceptable une telle condition, soit. Mais il serait bon de se poser la question suivante: si le Hamas disposait de l’armement dont dispose Israël, que ferait-il ? La réponse est on ne peut plus évidente.

Les conséquences de la proclamation d’un État palestinien

Pour Israël, les répercussions économiques sont à craindre si on en croit les dires des hommes d’affaires israéliens. On risque de voir se multiplier et les boycotts et les sanctions économiques.

En revanche, les accords d’Oslo signés le 7 juillet 93 n’auraient plus leur raison d’être. Par ailleurs, Israël pourra maintenir sa barrière de sécurité, décider seul des relations à entretenir avec ce voisin et, éventuellement, agir avec lui comme avec un ennemi, donc lui déclarer la guerre.

Quant aux Palestiniens, il leur sera difficile de se faire reconnaître comme État quand ils sont tributaires de l’aide internationale et d’Israël. Qui leur fournira l’eau potable quand Israël mettra fin à l’accord en vertu duquel elle doit leur fournir une certaine quantité d’eau ?

Précisons d’ailleurs qu’Israël leur fournit deux fois plus que la quantité imposée par l’accord. Et qui leur fournira l’électricité ? Et dire qu’Israël envisage de construire une centrale électrique du côté de Jénine !

Il faut se rendre à l’évidence : la paix avec les Palestiniens est impossible. On n’obtiendra jamais que des trêves. Or une trêve, comme se plaisait à le rappeler le représentant du Hamas, « une trêve n’est pas la paix ». Israël ne le sait que trop !

Quoi que fasse Israël pour soigner son image dans la communauté internationale, la plupart des pays – exception faite de quelques pays amis dont le Canada- multiplient les condamnations et les menaces.

Alors, tant qu’à être systématiquement condamné autant l’être pour des raisons qui en vaillent la peine : Jérusalem, capitale de l’État d’Israël et la Judée-Samarie, partie intégrante de l’État d’Israël.

Dora Marrache

Chroniqueuse Radio-Shalom Montréal