Après la tragique actualité des derniers jours en Israël, – attaque à coups de couteaux par un fanatique de la « Gay Pride » à Jérusalem, puis quelques heures après incendie criminel en Cisjordanie provoquant la mort d’un enfant palestinien âgé de 18 mois, et où au moins trois personnes ont été gravement brûlées – nous redécouvrons que le fanatisme est décidément la chose la mieux partagée, dans toutes les religions et nationalités.

Cela nous blesse particulièrement en tant que Juifs, non pas bien sûr que l’on s’en sente personnellement responsables, mais parce que, comme l’écrit le Grand Rabbin de France : « Le Judaïsme nous enseigne l’amour du prochain et il proscrit la violence d’où qu’elle vienne. Il faut poursuivre et sanctionner toute personne qui instrumentalise la religion et commet des actes indicibles prétendument au nom de Dieu. »

Peut-on aussi accepter un rapprochement avec les horreurs qui ensanglantent le monde entier depuis le réveil de l’islamisme radical, et particulièrement depuis la proclamation du « Califat » par Daesh, l’année dernière ?

Comparaison n’est pas raison, et je donnerai naturellement des arguments de bon sens à opposer à la campagne perpétuelle de dénigrement d’Israël, campagne qui n’attend que ce genre d’évènements pour rebondir. Cependant, sur le plan des idéologies, des discours et des logiques, bien des choses rapprochent les fanatiques juifs et musulmans, a fortiori dans leurs franges terroristes – celles dont il sera question ici.

Programme politique, d’abord détruire le pluralisme du pays

Jacques Benillouche a consacré sur le site « Slate.fr » un excellent article à cette extrême-droite politico-religieuse, dont le développement a été protégé par le laxisme de plusieurs gouvernements israéliens.

Comme il l’écrit, l’idéologie de ces « jeunes des collines », inspirée par le petit-fils du rabbin raciste Meïr Kahane, vise à renverser les institutions du pays : « ils jugent illégale l’existence de l’État d’Israël parce qu’ils ont pour objectif de rétablir le Royaume, de reconstruire le Temple, d’expulser les non-juifs du pays, même s’il faut passer par la rupture des relations diplomatiques avec l’Occident. »

Vaste programme ! On notera au passage que les jeunes évoqués ci-dessus s’étaient attaqués à un lieu saint chrétien, et que la triste liste des exactions attribuées ces derniers mois à cette mouvance fanatique a visé beaucoup de monde, et pas seulement des Palestiniens attaqués physiquement : il y a eu ainsi l’incendie d’une école mixte judéo-arabe à Jérusalem ; des synagogues réformées ou « conservatives » vandalisées ; et des dizaines de mosquées et églises brûlées ou taguées.

C’est bien la nature pluraliste et démocratique du pays qui est la cible de ces fanatiques, et il est impossible de ne pas faire le rapprochement avec les persécutions et les massacres du Daesh : au delà des exécutions de masse – que ces jeunes juifs, ultra-minoritaires et sans force militaire, ne peuvent pas faire – il y a la même obsession de la « pureté » originelle, qui passe par la destruction de tous les symboles d’autres cultures.

Ensuite, couper Israël de ses alliés, les Démocraties

Illuminés ne réalisant même plus à quel point les liens économiques, financiers et stratégiques de leur pays sont vitaux pour sa survie, ces fanatiques juifs se sentent assurés du soutien divin, soutien garanti si leur peuple suit leur voie et seulement la leur.

Leur univers prend la Torah au premier degré, imaginant que des signes miraculeux – comme la traversée de la Mer Rouge – assureront la victoire et la reconstruction du Temple ; la rupture avec les autres démocraties n’est donc pas redoutée, au contraire, ils la souhaitent pour que les héritiers des Hébreux se retrouvent exactement dans le même environnement solitaire et orgueilleux que les tribus entrant dans la Terre Promise.

A quelques centaines de kilomètres de là, inutile de parler aux combattants du Daesh de leur isolement face à la coalition internationale qui les combat : eux aussi vivent une écriture sainte au temps présent ; ils prennent certaines sourates du Coran au premier degré, ré-écrivant dans le sang les guerres de conquête de Mahomet et des premiers Califes ; et ils veulent construire leur État en rupture totale avec leurs alliés naturels – les pays arabes.

Une stratégie du chaos

Alors même que l’on entendait des rumeurs de cessez-le-feu de longue durée avec les islamistes au pouvoir à Gaza, alors même que la direction de l’Autorité Palestinienne s’était certes lancée dans un programme international d’isolement d’Israël mais sans remise en cause des accords sécuritaires avec lui, ce meurtre atroce ou d’autres à venir risquent de déclencher une troisième Intifada que personne ne souhaitait.

Intifada comprenant – et alors que l’opinion publique internationale ne s’en indigne jamais – des attentats contre des civils israéliens ; meurtres déclenchant en retour des représailles, puis des contre-représailles ; et au final un mur de sang entre les deux populations, doublé d’une véritable guerre civile à l’intérieur des frontières de 1967 si, en plus, des citoyens arabes du pays sont visés.

Une guerre civile permettant de « recruter » de part et d’autres des nouveaux tueurs pour alimenter une guerre de religions : mais n’est-ce pas précisément la stratégie du Daesh dans nos pays occidentaux ?

Pousser des djihadistes locaux à commettre des attentats horribles ; déchainer une vague d’islamophobie et de crimes racistes en représailles ; et créer chez nous aussi un déchirement de nos sociétés, où vivent d’importantes minorités musulmanes.

Comparaison n’est bien sûr pas raison

Rappelons une première évidence : il y a cent fois plus de Musulmans que de Juifs. L’objectif du Daesh et de toute la nébuleuse djihadiste est la conquête du monde, une conquête théoriquement envisageable lorsque l’on représente un quart de l’Humanité, demain un tiers.

Des rêves fous mais partagés par beaucoup dans la cinquantaine d’États où l’Islam est la religion dominante. Les objectifs des mystiques racistes en Israël n’ont pas la même ambition que celui de la « Hakkimyah » – « Royaume de Dieu sur Terre » – théorisée par le penseur des Frères Musulmans, Sayyed Qotb.

« Nos » fanatiques israéliens imaginent simplement hâter les temps messianiques en reconstruisant le Temple, après la destruction des Mosquées qui l’ont géographiquement remplacé : en imaginant qu’ils y arrivent, cela déclenchera une véritable guerre sainte d’un milliard de Musulmans contre le minuscule État juif qui a déjà assez d’ennemis à ses frontières. Et la « fin », qu’ils amèneront en mode accéléré, sera hélas celle du peuple juif, miraculeusement revenu au Moyen-Orient après deux millénaires d’exil.

Deuxième et dernière évidence à rappeler : le Daesh est né sur les décombres de pays implosés, la Syrie et l’Irak ravagés par des guerres civiles. Les Sunnites n’avaient pas attendu le « Calife » Al Baghadi pour massacrer les Chiites, et réciproquement. L’État islamique a implanté des pseudopodes hideux en Afrique ou ailleurs, dans des contrées ravagées par la misère et par des guerres civiles – Yémen, Mali, Somalie, etc. Par contraste, Israël est et demeure une société développée, prospère, démocratique, et où malgré les déchirements et les guerres l’identité nationale reste solide.

Reste à ne pas baisser la garde, et à maintenir vivant l’idéal sioniste commun qui a permis de construire le pays, idéal partagé par des religieux et des non religieux, ashkénazes ou séfarades, de gauche ou de droite. Un idéal que veulent détruire toutes les versions du Daesh, musulmane ou … juive.