Nous devons donc patienter encore quelques années. Le temps qu’il faut aux Besancenot, Plenel, Boniface et autre Ramadan pour atteindre l’âge gâteux de Roland Dumas. Ils pourront, alors, comme l’ancien ministre de Mitterrand, se permettre de radoter sans emphase, sans la moindre pirouette.

Le fait de radoter, s’il est la marque d’une certaine sénilité, peut aussi, d’un autre côté, révéler les coins obscurs du for intérieur du vieil individu qui a perdu l’habileté de sa jeunesse. Radoter, c’est répéter, involontairement, la même chose, sous une forme plus ramassée, plus brute, si l’on veut, mais une forme qui n’indique pas nécessairement une faille dans la capacité de jugement.

Pour ce qui concerne Dumas, passons rapidement sur le fait que sa résistance au nazisme n’est en rien une preuve de son opposition aux lois anti-juives de Vichy. C’est contre l’occupation de son pays qu’il s’est insurgé ,et non contre l’antisémitisme . Pas plus que feu Stéphane Hessel dont je ne parviens toujours pas à trouver la trace dans les travaux de rédaction de La Déclaration des Droits de l’Homme. En tout cas, j’en attends la communication depuis un sacré bout de temps.

N’épiloguons pas, non plus, sur la proximité très amicale à Mitterrand du bel et sulfureux avocat. Le Président avait d’autres « amis » du même acabit : aussi complices ? Allez savoir…

L’on vous objectera que seul son beau-frère, notre regretté Roger Hanin, savait lui arracher des fous rires…Alors, que demande le peuple ? Il n’est écrit nulle part que si chacun a son juif, comme on dit, il soit obligé de s’en contenter.

Et puis, il y avait la rassurante présence d’Attali, bien sûr…suffisamment de monde qui nous encourageait à dormir tranquilles, en quelque sorte.

Le ministre Dumas ne « pouvait » pas être antisémite puisque etc, etc. Tout au plus assez pro-palestinien pour que Mitterrand s’en servît comme leurre de sa profonde affection pour le peuple juif. Enfin, c’est ce que l’on nous racontait. On le croyait.

Quant à Hubert Védrine, autre patron du Quai d’Orsay sous le même monarque, c’est un euphémisme que de dire qu’il ne porte toujours pas Israël dans son cœur. Il ne manque plus, à cette pièce maîtresse du mitterrandisme, que d’invoquer la brute hébraïque dans son explication de la disparition des abeilles. C’est à peine exagéré !

Mais Védrine ne cède quand même pas, à son âge , à la tentation de Dumas qui caresse, dans le sens du poil, les racailles du web. Si le langage du vieillard est un peu plus châtié, la pensée n’est pas moins nauséabonde.

Cette fois, nos « chers amis » du PS ont du mal à mettre au compte de la sénilité un tel déversement d’immondices. Le temps des couleuvres est passé ! Bref, il faudrait que les copains du vieux Roland lui conseillent, dorénavant, de garder le chaud en feuilletant ses catalogues de Giacometti.

Nous avons donc encore quelques longues décennies devant nous avant de connaître les sentiments profonds de toute une brochette de ces grands humanistes qui se trémoussent, sur les écrans , affublés de leurs habits pacifistes.

Mon Dieu ! Attendre peut-être plus de vingt ans, pour savoir pourquoi, alors qu’il exprimait son soutien à la campagne de boycott et de sanctions contre Israël, Edwy Plenel se contenta d’une sentence mille fois remâchée, à propos de ceux qui dénonçaient la forfaiture à laquelle il se mêlait, : « si Israël a des amis comme ceux-là, il n’a pas besoin d’ennemis ». Au lieu de dire tout simplement :  » Israël n’a pas besoin de moi ». Certes, le concernant, on attendra moins longtemps, c’est certain.

Ça fait déjà un moment que, dans notre pays, la danse du ventre a supplanté la valse musette et le pipeau l’accordéon.

Il faut reconnaître que l’orchestre médiatique les accompagne avec délectation. La critique de la politique israélienne a mué en une mise au pilori du sionisme en tant que tel. De la suspicion grotesque de la double allégeance fantasmée des juifs de la diaspora, on est passé à une perversion violente de la nature du lien qui unit les juifs à israël.

Au train où vont les choses, il ne serait pas étonnant que l’on suggère bientôt aux juifs de France qu’il leur faille, pour fermer le caquet des antisionistes, défiler dans les rues en criant leur aversion pour le pays qui porte leur nom.

On a connu bien pire dans l’histoire! D’ailleurs, ne voit-on pas, ici ou là, quelques juifs en service, répandre leur soit-disant objectivité au nom de la si commode lutte contre l’antisémitisme. Des noms ? Vous les avez.

En réalité, ces gens sont le meilleur alibi d’une « information » qui s’en donne à cœur joie lorsqu’il s’agit de tamiser ce qui leur convient au détriment de la vérité.

Il n’empêche que ce sont ces mêmes « journalistes » (avec leurs amis politiques) qui ont courageusement décidé « d’appeler un chat un chat » depuis les attentats de janvier. Peu importe qu’il aboie, pourvu que soit préservé le « vivre ensemble ».

Ils recommencent, déjà, à se faire l’écho de déclarations plutôt ambiguës. Le combat contre l’antisémitisme se conjugue au combat contre le terrorisme, et les deux à celui contre le racisme, et les trois à celui contre la liberté de dessiner, et les quatre à la condamnation de l’islamophobie. Il manque l’augmentation du prix des carburants et l’ouverture des magasins le dimanche sur leur liste.

Sans vouloir être trop tatillons, nous sommes en droit de nous interroger sur certaines nouvelles valeurs de notre République. Ce n’est pas au nom de Bouddha que les caricaturistes de Charlie Hebdo ont été massacrés. Ce sont des juifs qui sont visés par les jihadistes et leurs émules. C’est Israël que l’on cherche à déligitimiser, ni l’Algérie ni la Libye. C’est Israël qui est diabolisé, pas l’Iran, ni le Soudan, et rien qu’un seul homme en Syrie.

De la même façon, la presse va avec le dos de la cuillère lorsqu’il s’agit d’Erdogan. Autocrate haineux et islamiste radical, principal passeur, à l’aller comme au retour, des terroristes du Daesch ; islamiste dont l’appellation « conservateur » n’est certainement due qu’à de hautes considérations géostratégiques.

Mais il n’y a personne, dans les rédactions, pour émettre l’idée qu’il n’est pas impossible que le parrain de la Turquie ait l’arrière-pensée de nous faire payer très cher d’être contenu au seuil de l’Europe. Non, mieux, on le laisse insulter Israël et le judaïsme sans mouffeter.

Le cas de Tariq Ramadan est beaucoup plus simple. Le jour où les médias se décideront à faire œuvre d’utilité publique, il leur suffira d’opposer au prédicateur quelqu’un qui ait son bagou, un magicien du verbe, un voyou de la dialectique assez cultivé pour le faire sortir de ses gonds par des questions qui fâchent.

Frère Tariq, comme l’appelle Caroline Fourest à qui il faut rendre hommage pour sa pugnacité, est trop content de voir convoquer à ses joutes des intellectuels polis et conviviaux ou des journalistes si consensuels et bien élevés qu’ils irritent par la courte-échelle qu’ils lui font.

Nous devons croire à la sincérité de nos gouvernants lorsqu’ils affirment déclarer la guerre à l’antisémitisme; mais ils doivent nous croire, aussi, lorsque nous leur disons que nous ne comprendrions pas que cette guerre soit seulement menée avec les roses des grands principes généraux.

Dans « Le Grand Pardon », en réponse à une menace d’Azoulay, rôle campé par Jean-Pierre Bacri, Alexandre Arcady mettait dans la bouche du personnage de Bernard Giraudaud, une réplique saisissante : « chez vous, disait-il, d’ici qu’on comprenne quelque chose, j’ai encore de beaux jours devant moi ».

Il n’avait pas vraiment tort, sauf que ces jours-là sont peut-être révolus….