Lors de mon premier voyage en Israël je me suis rendu à Netanya car plusieurs familles parisiennes m’avaient indiqué que je pourrai y retrouver bon nombre de familles originaires de Sousse.

3e ville de Tunisie, Sousse surnommée « la perle du sahel » est une cité balnéaire réputée. Hélas ensanglantée au début de 2015 par la folie meurtrière de fanatiques écervelés. Les familles juives de Sousse ont très largement façonné la géographie moderne de cette ville, modernisé ses quartiers du centre ville.

Parmi ces familles les Ghouila-Houri et plus particulièrement Ichoua, banquier et mécène qui a créé des écoles, un jardin zoologique face à la corniche, financé des pans entiers de l’économie locale. Au plus fort des crises qui touchèrent la Tunisie.

Ichoua, Ghouila, Houri seront, aux côtés des familles Boujenah Boutboul ou Sberro, l’un des créateurs des principales oeuvres caritatives de Sousse. La Goutte de lait, l’association des aveugles ou l’oeuvre de secours aux enfants ont laissé à Sousse des souvenirs encore très présents. Notamment au travers de maisons acquises pour les aveugles, les orphelins ou les mendiants. Maisons qui aujourd’hui encore permettent de dégager des revenus pour la Communauté Juive de Tunisie. Hommage leur soit rendu.

Mais revenons à Netanya. Comme Sousse une large corniche desservie par des places et des boulevards. Des salons de thé et des cafés en nombre ou l’on entend parler Tunisien. Des restaurants ou l’on sert une cuisine très proche de celles des restaurants populaires de Sousse. Un sens de la nonchalance que les vendeurs de la ville arabe de Sousse ne renieraient pas.

A Netanya j’ai effectivement retrouvé des familles de Sousse. Tel ancien concessionnaire Citroën de l’avenue Bourguiba vit toujours à Netanya et l’entendre parler de Sousse avec des tremolos dans la voix nous dit tout de sa nostalgie. Tel ancien professeur au lycée de garçons de Sousse nous livre une géographie originale de sa ville. Les rues pour lui sont mémorisées par ses élèves qui y vivaient, Cappacce, ou Taffala, notamment.

Tel autre se souvient des années de guerre ou les juifs très menacés entre novembre 1942 et avril 1943 furent très souvent protégés par des familles de Kala Kbira ou de Hergla pour ne pas finir dans les convois de la gestapo.

Netanya est une quasi réplique de Sousse et lorsque je rentre d’Israël je raconte Netanya aux jeunes et moins jeunes Soussiens. Je leur montre des photos et raconte mes rencontres. Et tous je dis bien tous me disent: « Pierre quand est ce que tu m’emmèneras ».

Les Soussiens de la ville arabe, les bijoutiers et les marchands de cuirs notamment ont tous des souvenirs très vivaces de leurs copains d’école du lycée de garçons ou de l’école des soeurs. A Netanya j’ai connu un vieux Soussien qui m’a supplié de l’aider à retrouver la trace de son copain de classe. Malheureusement je n’y suis pas parvenu. Je n’avais qu’un prénom et un nom imparfaitement mémorisé. J’ai tout essayé, fouillant des archives, visionnant des photos de classe par dizaines. En vain. Mais souvent j’ai pensé que lui je l’aurai emmené à Netanya visiter son copain Moïse.