Les péripéties rocambolesques continuent à l’Assemblée où on agite la menace de motions de censure contre une ministre et un ministre délégué auxquels on reproche l’admission sur le territoire national de touristes israéliens.

Les deux responsables doivent être auditionnés en une séance publique qui prouvera, une fois encore, que certains de nos députés sont irresponsables. Ne se contentant pas de percevoir des indemnités mirifiques quand la majorité du peuple arrive difficilement à joindre les deux bouts, ne se limitant pas à verser dans la bouffonnerie politique, ils osent aujourd’hui agiter des inepties tout en cultivant un bellicisme hors de saison.

Leur faute est encore plus grave en instrumentant à des fins politiciennes une cause chère au peuple, mais où il est plus question de sens politique que de soi-disant morale. En effet, ils prétendent à tort parler au nom de ce peuple qui est loin d’avoir leur manichéisme, étant foncièrement ouvert à l’altérité dans une sagesse ancestrale ne mélangeant pas le juste et l’injuste, comme on le fait au palais du Bardo.

L’Alzheimer politique de nos élites

De fait, il est un Alzheimer politique qui fait des ravages chez nos politiciens, les rendant aveugles à l’essence des valeurs, dont mêmes celles de leur religion dont ils prétendent se réclamer. Au prétexte que la Tunisie doit manifester son soutien à la cause palestinienne, on verse dans l’amalgame, l’exclusion et l’idiotie. Et on ose exciper de la morale quand on la bafoue !

Assurément, la cause palestinienne est sacrée et le peuple tunisien s’y identifie volontiers ; toutefois, je crois qu’on la dessert, agissant même contre cette cause, en appelant à l’ostracisme inutile de l’État d’Israël qui a la légalité internationale pour lui. Le peuple en la matière est très attaché à l’Habib, comme il dit. Et je vérifie régulièrement cette survivance chez les Tunisiens de l’héritage de Bourguiba dans la Tunisie profonde, loin des salons de nos élites coupées des masses.

J’entends souvent ce peuple demander à ces élites s’il n’était pas plus judicieux de réclamer le bénéfice aux Palestiniens de la légalité dont se réclame Israël, puisqu’elle constitue l’acte de naissance de deux États aux droits équivalents sur des frontières bien définies. Et de s’interroger avec une fausse naïveté si ne pas reconnaître la légalité d’État d’Israël n’est pas renier du coup celle de la Palestine tout en croyant la défendre.

Quelle turpitude aussi de la part de nos députés de présenter une telle fausse défense de la cause palestinienne au nom de l’éthique! Le peuple, bien au fait de la tradition de son prophète, rappelle ainsi à nos gribouilles de la politique l’exemple prophétique à la veille de l’entrée triomphale à La Mecque, osant déclarer son pire ennemi de la veille symbole de la protection de l’islam, appelant les gens à sauver leurs vies entrant en sa demeure, se mettant sous sa protection.

Et le peuple tunisien, qui est pacifiste dans l’âme tout autant qu’attaché à la cause de Palestine, de se demander si ses gouvernants ne feraient pas mieux de suivre l’exemple du prophète. Il les exhorte même d’apprendre à distinguer les moments de l’inimitié et de la guerre, qui ont un temps et doivent demeurer éphémères, et celui de l’accalmie et puis de l’entente, celle des braves qui finissent par agir pour la paix dans le monde, animés de bonne volonté.

Retour à la légalité internationale

Le peuple tunisien sait d’antique sagesse qu’il n’est pas que des monstres en Israël; comme il n’est pas que des anges en terre d’islam. La part du diable est inhérente à la nature humaine et elle grandit si l’on ne veille pas à agir régulièrement pour la rétrécir.

Aussi, servir aujourd’hui la cause palestinienne, c’est bien appeler à revenir à la légalité internationale du partage de Palestine qui, faute d’avoir été juste, fut équilibré. Or, pour y revenir, il faut reconnaître le premier de ces deux États à être devenu une réalité internationale incontournable. Le reconnaître, c’est ipso facto reconnaître l’État jumeau de Palestine.

Il est donc temps d’en finir avec l’Alzheimer politique de nos politiques! Et il serait judicieux que le gouvernement des compétences fasse la preuve de sa clairvoyance en saisissant la polémique indue et stérile qu’on lui fait pour en faire l’occasion de mettre les points sur les i en contre-attaquant.

Que la polémique suscitée au Palais du peuple revienne comme un boomerang réveiller de leur inconscience les irresponsables qui osent altérer l’image humaniste et légaliste du peuple tunisien! Contrairement à ce qu’ils croient, ils ne sont qu’un quarteron ne représentant que la nécessaire face d’ombre inhérente à la nature humaine.

Que le gouvernement de compétences le leur rappelle de la plus éloquente manière qui soit. Aujourd’hui, la meilleure façon de défendre la cause palestinienne c’est de reconnaître l’État d’Israël. On ne fera ni plus ni moins que les premiers concernés; serait-on plus royaliste que le roi?

Finissons-en donc avec une hypocrisie qui a trop duré; établissons des relations diplomatiques avec l’État d’Israël en appelant au retour à la légalité de 1947.

Publié sur le Huffington Post