Dès le début du mois de septembre, comme chaque année, tu as à peine le temps de savourer la reprise du quotidien que tu sens l’atmosphère se charger d’une effervescence toute particulière. Eiffo atem baH’agim ? Vous êtes où pour les fêtes ? Tu attrapes ton agenda pour essayer de comprendre à quelle sauce tu seras mangée cette année, et, puisque tu as décidé en toute conscience de vivre l’aventure de l’alyah, tu lâches prise et tu plonges avec tout le monde. C’est parti pour un mois un peu spécial consacré à ton renouvellement spirituel, au cours duquel tu vas pouvoir redécouvrir toutes les petites spécialités israéliennes de saison.

Tu sais que tu vis en Israël pendant les fêtes de Tishri quand :

– Tu constates avec beaucoup de plaisir que les Israéliens excellent dans un art que tu manies toi aussi parfaitement : Remettre au maximum au lendemain. Mais ici on fait ça en grand et à l’échelle nationale. On remet carrément tout au mois prochain. Tu veux prendre rendez-vous chez un spécialiste ? Chercher un nouveau travail ? Déclarer une nouvelle adresse ? … Ah’arey hah’agim! Après les fêtes !! De toute façon les administrations et les écoles sont en vacances… Alors tu te mets au diapason israélien et tu vis toi aussi au ralenti, en concentrant tous tes efforts sur le programme des festivités.

– A Rosh HaShana, tu retrouves avec plaisir la tradition un brin obsessionnelle du pays : la pomme et le miel, que tu vas croiser partout et sous toutes leurs formes pendant deux bonnes semaines. En dessin, en gâteau, en affiche ou au naturel. Au travail, à la banque, au supermarché ou écrasés au fond du sac d’école des enfants. Tu es cernée par les vœux de douceur pour cette nouvelle année. Amen.

Et comme chaque année, tu es soudain touchée en plein cœur par cette spiritualité collective qui surgit toujours là où tu l’attends le moins, sous la forme des brahot que s’écrivent les enfants, ou d’un discours poignant sur le renouvellement de soi.

– A Kippour, l’obsession c’est le vélo. Tu n’as toujours pas très bien compris pourquoi, tu constates juste que c’est frénétique. De ton côté ce jour-là  tu débarques carrément dans une autre dimension. Tu passes ta journée entre deux univers : d’un côté l’atmosphère feutrée des prières et des taliths blancs qui te rappelle les Kippours de ton enfance et de l’autre celle non moins spéciale des rues vides de toute circulation où les gens prennent possession de l’espace dans une ambiance de semi paradis.

Evidemment ton moment préféré est la rencontre en fin de journée entre ces deux mondes parallèles, lorsque les vélos se garent devant la synagogue et qu’on se presse à ses portes pour entendre le Shoffar.

– Entre Souccoth et Simha Torah, Moadim Le Simh’a!  On se réjouit collectivement ! La frénésie des tyoulim commence. Le peuple sort se promener. Tout le peuple, en même temps, dans un espace finalement assez réduit. Tu gares toi aussi ta voiture dans un parking blindé et tu vas en profiter. Balades, festivals, invitations et fêtes en tout genre. Tu t’asseois avec tout le monde sous la souccah et tu te souviens que finalement le plus important est bien là. Et puis tu écoutes attentivement dans ta voiture un programme radio qui explique le sens du loulav. Chacun sa place et son importance.

– D’ailleurs pour bien rassembler tout le monde c’est toujours pendant cette dernière semaine de réjouissance que débarque la journée du Yore, la première pluie, celle qui te prend par surprise en plein été indien pour t’annoncer la couleur de l’automne.

Le Yore c’est l’inverse du petit crachat parisien. Une bonne grosse pluie qui te fait trembler dans ta voiture, qui te laisse sonnée et trempée, et qui accessoirement bloque une partie du pays. Pour une fois tout le monde s’accorde pour trouver ça chouette de la fraîcheur après 5 mois de sécheresse. Tu te souviens seulement avec un peu d’angoisse à ce qui t’attend dans les prochaines semaines, grosses flaques et feux rouges en panne.

Voilà encore un mois de Tishri en Israël. Tu as bien passé toutes les étapes du programme, tu es fin prêt pour une nouvelle année. En espérant être inscrit dans le Livre de la vie, Hag Sameah à tous !