« Tous pourris ! » Cette formule lapidaire traduit parfaitement l’opinion que les Israéliens se font de leur classe politique. Plus de 73 % estiment en effet que la corruption au sein du leadership israélien est répandue, voire très répandue, selon un sondage publié le 4 janvier par l’Israel Democracy Institute.

Les affaires de corruption qui minent actuellement la campagne électorale semblent leur donner raison. Pas un jour ne passe sans que l’on ne parle pots-de-vin, blanchiment, petits arrangements entre amis et fraudes en tous genres.

Encore faut-il démêler le vrai du faux, le sérieux de la rumeur et la pique électorale de la fronde contre le fléau – bien réel – de la corruption.

Les soupçons de fraude qui sont venus émailler les élections à la primaire du Likoud ne sont pas de nature à inquiéter le parti et encore moins à remettre en cause la victoire de Benjamin Nétanyahu à sa tête.

La vidéo exhumée de l’ancien rabbin Ovadia Yossef accusant Aryeh Deri, le leader du parti séfarade ultra-orthodoxe Shass, d’être « un voleur, un corrompu » est encore d’un autre ordre. C’est une attaque interne, à ranger dans le registre des « boules puantes », lancée par le camp d’Eli Yishai, qui vient de quitter avec fracas le Shass pour fonder son propre parti.

En rappelant l’énorme scandale de corruption qui a éclaboussé le Shass, et a valu à Deri d’être emprisonné plusieurs années, elle participe du climat délétère actuel. Tout comme l’affaire de corruption concernant l’ancien Premier ministre Ehud Olmert, qui risque 6 ans de prison, et celle concernant Binyamin Ben-Eliezer, la grande figure du parti travailliste, et plusieurs fois ministre, dont la police estime aujourd’hui même, 6 janvier, qu’elle a assez de preuves pour le traduire devant la justice.

On est loin cependant de l’actualité des affaires de corruption et de la plus importante d’entre elles, celles dont tous les médias parlent mais dont, étrangement, les politiques n’osent pas s’emparer : l’affaire concernant « Israel Beitenou », le parti du ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman.

Cette affaire de corruption massive implique, à ce stade de l’enquête, une trentaine d’hommes et de femmes politiques, dont la vice-ministre de l’Intérieur, Faina Kirshenbaum, et le directeur général du ministère de l’Agriculture, Rami Cohen.

Si Liberman lui-même n’est pas inquiété, l’étau se resserre sur son plus proche entourage. Le 6 janvier, c’est au tour de son conseiller en communication, Michael Falkov, d’être recherché par la police, qui le soupçonne de s’être enfui en Ukraine.

Si elle fait la « Une » de tous les médias, l’affaire suscite peu de commentaires du côté des politiciens. Y compris ceux qui font de la lutte contre la corruption leur priorité.

Dans ce domaine, Yair Lapid est le plus virulent. L’ancien ministre des Finances, et chef de file du parti ‘Yesh Atid’ (Il y a un avenir) a lancé sa campagne le 1er janvier sur le thème de la lutte contre la corruption. Réputé pour avoir refusé les privilèges attachés à sa fonction de ministre, et renoncé à son mirobolant salaire de journaliste télé, Lapid semble en faire plus qu’un argument de campagne. Cependant, c’est à Nétanyahu qu’il s’est attaqué.

« Ils ont volé le pays !» a-t-il lancé en accusant, sans le nommer, le Premier ministre le 3 janvier dans l’émission politique « QG central » sur la chaîne 10.

A la question « Qu’est-ce que la corruption ? », il avait répondu à la foule venue le voir en meeting à Tel-Aviv deux jours plus tôt : « La corruption c’est d’ordonner des glaces à la pistache sur la facture publique, M. le Premier Ministre, c’est de se faire livrer des meubles de jardin pour la villa privée de Césarée, c’est d’insister pour que l’eau de ta piscine soit payée sur des fonds publics et de batailler pour que les contribuables te paient un jet. »

Autant d’affaires, bien réelles, qui avaient fait scandale pendant la mandature de Benjamin Nétanyahu mais qu’il est difficile de qualifier d’affaires de corruption : exorbitants et payés par le contribuable, ces frais étaient tous inscrits au budget du Premier ministre ; un budget avalisé et voté par… le ministre des Finances de l’époque, Yair Lapid.

Les politiques esquivent-ils les vrais problèmes ? L’affaire « Israel Beitenu » en étant au stade de l’enquête policière, il est délicat d’en parler. Et impossible d’accuser quiconque. La présomption d’innocence marche à plein, et c’est tant mieux, d’autant qu’Avigdor Liberman, lui-même maintes fois jugé pour corruption, a été blanchi par le passé.

Cependant, de moins nobles raisons peuvent expliquer ce silence. La corruption, si elle était avérée, pourrait laminer le parti d’Avigdor Liberman. Un vrai « tremblement de terre » politique, prédisent certains.

Certes « Israel Beitenou » est fragilisé. Il l’était déjà avant cette affaire de corruption et sa fragilité électorale explique d’ailleurs le reclassement tactique de Liberman, l’ancien allié de Nétanyahou, vers le centre-gauche et la plateforme électorale menée par Tzipi Livni et Isaac Herzog.

Le parti de Liberman est désormais un parti clé pour le bloc du centre-gauche et même s’il devait encore perdre des voix, il reste incontournable dans toute future coalition. Trop de candidats ont besoin de lui.

Tremblement de terre politique ou pas, personne ne sortira épargné de cette affaire de corruption. Ni les candidats qui soutiennent Avigdor Liberman par simple calcul politique, ni ceux qui s’attaquent à la corruption en visant les faux problèmes, ni même ceux, rares, à qui profiterait la chute d’Israël Beitenou, comme le Likoud, à qui l’on aura tôt fait de reprocher ses alliances passées.

Quant à l’électeur, évidemment, il n’est pas sûr non plus d’y trouver son compte.