La sidra de la semaine continue à nous expliquer les différents sacrifices. Cette section nous permet de réfléchir sur l’importance de ces derniers dans le judaïsme et leur ambiguïté.

Nous allons essayer de réfléchir à partir du texte de Maïmonide et de son « Guide des égarés »

Nous avons vu la semaine dernière que pour Maïmonide le sacrifice était à l’époque biblique la réminiscence de pratiques idolâtres mais exercées dans le cadre d’un culte monothéiste.

Dans la troisième partie du Guide des Egarés, onzième classe : les sacrifices, Maïmonide nous explique quels sont les animaux que le peuple peut sacrifier:

« On lit dans le texte du pentateuque, selon l’explication d’Onkelos, que les anciens Egyptiens adoraient la constellation du bélier ; c’est pourquoi il était interdit chez eux d’immoler les brebis….De même certaines sectes de Sabiens qui adoraient les démons croyaient que ceux-ci prenaient la forme de boucs ; c’est pourquoi ces sectes s’abstenaient de manger des boucs….Quant à l’immolation des bœufs, elle était en abomination à presque tous les idolâtres…C’est pourquoi tu trouveras que les Indous jusqu’à notre temps, n’immolent jamais l’espèce bovine…..C’est donc pour effacer les traces de ces opinions malsaines qu’il nous a été prescrit de sacrifier particulièrement ces trois espèces de quadrupèdes. »

Etre Juif ne veut pas dire être en dehors de la Société

Ainsi, d’après cet écrit, nous devons nous différencier des autres peuples. Certains pensent que le peuple juif est un peuple à part et nous voyons que par son histoire, le peuple juif a toujours été différent des autres. Etre distinct ne veut pas dire opposé à la Société. Etre dissemblable n’est pas synonyme d’être en dehors de la Société, mais au contraire, la différence ne peut être visible et appréciée que si elle se « frotte » aux autres.

Un peu plus loin dans le texte, Maïmonide nous enseigne que chacun doit faire un sacrifice suivant ses moyens :

« Comme la plupart des gens n’ont pas les moyens d’offrir un quadrupède, on a prescrit d’offrir aussi comme sacrifice les oiseaux les plus fréquents en Syrie, les meilleurs et les plus faciles à prendre : ce sont les tourterelles et les jeunes colombes. Celui qui n’était pas en état d’offrir même un oiseau pouvait offrir de la pâtisserie cuite d’une des différentes manières de cuire connues dans ces temps-là, soit au four, soit sur la plaque, soit dans la poêle. Celui qui avait de la difficulté à offrir de la pâtisserie pouvait offrir de la fleur de farine. »

La Communauté ne doit pas humilier les pauvres

Ainsi il n’y pas de petits sacrifices, chacun offre suivant ses moyens. Cette réflexion de Maïmonide me fait penser à certaines scènes qui me désolent dans nos synagogues. Lors des fêtes de Tichri certaines communautés organisent des ventes aux enchères pour effectuer des mitzvots. Comment nos Docteurs de la Loi peuvent laisser faire ce commerce ? Celui qui a de l’argent a le droit de faire des mitzvot et le pauvre non ? Dans d’autres synagogues le commerce se fait plus discret : seuls  « les bons donateurs » auront le droit de monter à la Thora.

Il y a dans notre communauté, comme dans la société entière, des personnes qui n’ont pas de moyens financiers et je pense que le rôle de la Synagogue est de faire que ces personnes ne se sentent pas rejetées et humiliées au moment des fêtes mais au contraire acceptées par tous et les communautés doivent leur donner la possibilité de prier et de réaliser des mitzvots.

De nos jours, il n’y a plus de Temple et nous ne sacrifions aucune bête alors quelle leçon pouvons-nous tirer des sacrifices ?

Je crois que nous pouvons encore sacrifier une chose qui est le temps. Sacrifier un peu de temps aux autres est primordial pour la bonne marche de la Société. Beaucoup me diront qu’avec le travail, les transports, les enfants, il ne reste pas beaucoup de temps pour les autres.

Réfléchissez à votre emploi du temps et je suis sûr que vous trouverez une heure de libre par semaine. Offrez cette heure aux autres en les aidant ou en partageant votre savoir et vous verrez que non seulement vous faites du bien aux autres mais à vous aussi.