Quel est, selon vous, le poste de dépense le plus important de Tsahal, les avions de combat, les missiles anti-missiles, les corvettes ou les blindés ? Rien de tout cela ! Le premier poste budgétaire, et de loin, c’est celui des soldes (salaires) et des pensions qui s’élève à environ 20 milliards de shekels (4,75 milliards d’euros) soit plus du tiers du budget de La défense.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Essentiellement pour deux raisons, le foisonnement et l’explosion des grilles salariales.

Au temps de mon service actif, Tsahal comptait 12 généraux (11 généraux de division et un général de corps d’armée, le chef d’état-major). De nos jours, le nombre de généraux de division d’active a pratiquement doublé et sont venus s’ajouter à la liste près d’une centaine de généraux de brigade, un grade qui a été créé en juin 1968.

A cela, certains rétorqueront qu’en comparaison avec les forces armées françaises qui comptent, toutes armes confondues, 633 officiers généraux d’active (1ère section) pour un ordre de bataille assez comparable (sauf pour la marine), il reste à Tsahal de la marge !

Le foisonnement n’a pratiquement pas affecté les unités combattantes de Tsahal : une brigade d’infanterie reste commandée par un colonel, un bataillon ou un escadron d’aviation par un lieutenant-colonel.

C’est à l’échelon d’état-major qu’il se manifeste principalement : tel service dirigé avec efficacité il y a vingt ans par un lieutenant-colonel a désormais à sa tête un général de brigade qui dispose de sections et départements dirigés par des officiers supérieurs contraints à pratiquer de longues heures de « réunionite » en vue d’un minimum de coordination.

Des officiers vous diront que Tsahal, jadis mince et intelligent est devenu empâté et inepte mais que c’est l’inexorable destin de toute organisation soumise aux lois de la bureaucratie !

D’autres vous diront que par la force des choses, Tsahal était l’armée au service d’Israël mais qu’aujourd’hui c’est Israël qui est au service de son armée. Ce n’est pas tout à fait faux si l’on examine, par exemple, la grille des soldes des officiers en comparaison de l’échelle des salaires de la fonction publique ou, plus éloquemment encore, de celle d’un pays riche (la France).

Un général de division de Tsahal perçoit en moyenne une solde de 60 400 shekels (14.400 euros au taux de change actuel). Son homologue français classé à l’indice le plus élevé ne perçoit que 5.880 euros !

Il en va de même pour tous les grades d’officiers généraux et d’officiers supérieurs même si l’écart sé réduit en descendant dans l’échelle, par exemple du simple au double en faveur d’un colonel israélien par rapport à un colonel de l’armée française (l’équivalent de 9.120 euros contre 4.860).

L’âge moyen de la retraite d’un officier étant de 45 ans, on imagine avec effroi le volume des pensions que Tsahal paye aujourd’hui et devra payer dans les années à venir.

Le rapport Locker, soumis au gouvernement et rejeté avec dédain par le Premier ministre et le ministre de La Défense, avait le mérite de prendre le taureau par les cornes et de proposer des mesures concrètes pour la maîtrise de la masse salariale. Le gouvernement lui a préféré la politique de l’autruche en balayant le problème sous le tapis.

Par ailleurs, certains observateurs considèrent que dans la foire d’empoigne qu’est devenue la répartition des ressources de l’Etat, chaque centime épargné du budget de la défense serait rapidement attribué au secteur ultra-orthodoxe (le salaire d’un « grand rabbin » d’une ville moyenne n’ayant rien à envier à celui d’un général de division) ou à celui des implantations et qu’en définitive, il n’en résulterait nulle économie au budget de l’Etat.

En d’autres termes, privilégions le train de vie des généraux, qui eux au moins sé consacrent à La défense du pays, par rapport à d’autres bien moins utiles et productifs !