Israël est un État souverain qui a décidé librement il y a déjà longtemps que Jérusalem est sa capitale. La recherche fébrile d’une reconnaissance internationale de ce choix n’est pas un signe de force mais plutôt une reconnaissance de fragilité et d’incertitude sur son avenir.

Seule une paix stable et négociée avec ses voisins garantira l’avenir d’Israël et sa sécurité.

La reconnaissance formelle de Jérusalem, sans précision de sa configuration, comme capitale de l’État d’Israël octroyée par Donald Trump est un mauvais service rendu aux protagonistes du conflit israélo-palestinien.

– En Israël, elle renforce les courants chauvins qui refusent toute solution négociée, et veulent nous faire croire que la perpétuation de l’occupation peut continuer sans dommages. Persuadés d’avoir le vent en poupe, ils vont dorénavant s’efforcer de promouvoir d’autres « avancées » qui iront, pour certaines, au-delà même de ce que le gouvernement souhaite ;

– Chez les Palestiniens, le découragement lié à l’absence de résultats obtenus par une négociation qui n’a jamais commencé poussera, à court ou moyen termes, aux actions meurtrières ;

– Elle affaiblit les pays arabes voisins parties prenantes de la recherche d’une solution à ce conflit, et laisse le champ libre à l’Iran et ses alliés dans une surenchère guerrière qui glissera dangereusement vers un conflit à connotation religieuse ;

– Avec les États-Unis abandonnant un possible rôle de médiateur dans lequel ils auraient été plus utiles à Israël qu’en soutien inconditionnel (et de ce fait disqualifié aux yeux des Palestiniens et des pays sunnites en voie de rapprochement), et avec une Union européenne impuissante et des États arabes modérés affaiblis, Israël se retrouve face à la Russie et à l’Iran;

Prenons conscience de cette nouvelle donne créée par un président américain irresponsable, plutôt que de se réjouir d’une reconnaissance inutile et dommageable et qui, de surcroit, ne sera pas à l’origine d’un transfert massif d’autres ambassades.

Même la République tchèque, sur laquelle on fondait beaucoup d’espoir, n’a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël  que dans ses lignes pré-1967 et a annoncé que le déménagement de l’ambassade de Tel Aviv se fera, mais après négociations avec les puissances régionales et mondiales.

Tabler sur l’isolement politique du mouvement national palestinien et sur le découragement de ses populations est un pari dangereux. L’histoire montre qu’un peuple opprimé et occupé ne se résout jamais à son sort ; et que repousser sans cesse l’échéance d’une solution courageusement négociée c’est préparer le pire et générer de nouvelles victimes, dont les responsables de cette situation seront comptables.

Le conflit israélo-palestinien reste sans solution réaliste et déterminée en vue. Les peuples de la région en subiront les conséquences.

Plus ce conflit se perpétue, plus il risque de dégénérer en une confrontation de nature religieuse, dont les conséquences iront au-delà du Moyen-Orient.

Avec Marc Lefevre, porte-parole de La Paix maintenant