Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui avec l’arrivée de Trump à la tête des Etats Unis, il faut revenir un siècle en arrière : en 1919, lors du Congrès de Versailles.

On venait de terminer une des guerres les plus cruelles que l’humanité ait connue. Les vainqueurs n’avaient qu’une idée en tête: faire payer aux vaincus le prix des 4 ans d’affrontement.

Tous les vainqueurs ? Non. Pas le Président des Etats-Unis, Wilson, qui venait avec des idées étrangères à ceux qui étaient là, à Versailles.

Wilson n’admettait pas qu’on parlât de « conflit » là où pour lui il n’y avait que « problème » à résoudre entre deux parties. L’affrontement n’existe pas; seul existe le problème que l’on doit résoudre pour faire revenir la paix entre les deux camps.

A partir de ce moment, le monde changea. Cela se passa lentement d’abord. Il fallut attendre la Seconde guerre, pour voir un autre Président, Roosevelt, reprendre les mêmes idées.

Roosevelt alla bien plus loin que Wilson. Il créa les Nations Unies pour que, tous ensemble, les pays de la Terre résolvent leurs « problèmes », et que la guerre disparaisse. Le multilatéralisme était né, magnifique dans son principe mais diabolique dans son application.

Car si tous les conflits sont des problèmes et si tous les pays du monde doivent résoudre ces problèmes, qu’est ce qui empêche le Lesotho ou le Sultanat d’Oman de donner leur avis sur un conflit en Irlande du Nord ?

Ou un certains nombre de pays (que nous connaissons), donner leur avis aux Nations unies sur le conflit israélo-palestinien, qu’ils ne connaissent que par télévision interposée ?

Le multilatéralisme est vite devenu une idéologie qui se répandit partout pour brouiller les cartes. Il n’y aura plus vainqueur ou vaincu dans un conflit, il y a des parties engagées dans un « processus » pour résoudre leurs problèmes.

C’est cette philosophie qui progressivement a empêché que les conflits se terminent, qui a maintenu vivants tous les « processus de paix » qui traînent et repoussent à jamais le fin des conflits.

Sur le plan économique, le multilatéralisme a, bien sûr, engendré des effets positifs, mais aussi des effets négatifs que l’on a soigneusement cachés pour obéir à l’idéologie ambiante.

Il n’y a qu’à regarder les articles de journaux attaquant Trump pour son retrait des plusieurs traités, pour comprendre que le multilatéralisme a créé des situations d’égalité fictives où certains étaient « plus égaux que d’autres ». Se retirer de ces traités, c’est faire mal à ces « plus égaux » qui demandent l’égalité pour maintenir leur domination.

Pour Israël, évidemment, l’idéologie multilatérale est depuis 50 ans un ennemi mortel. C’est elle qui maintient le conflit avec le monde palestinien en vie, simplement parce que, le concept de victoire ayant disparu, on ne reconnaîtra jamais une victoire d’Israël sur le terrain, et qu’on considèrera toujours qu’une « victoire » d’Israël n’est en fait qu’un aggravation méchante du problème palestinien.

C’est elle qui donne le droit à tous les pays de la Terre de venir dire au gouvernement d’Israël ce qu’il doit faire. C’est elle qui ignore la dimension religieuse du conflit, la dimension de haine et toutes les autres dimensions.

Ce que fera Trump, nul ne le sait pour l’instant. Il était affligeant, de ce fait, de voir des ministres israéliens, comme des gosses mal élevés, sauter sur leur chaise pour demander des annexions ou d’autres changements drastiques de la situation des Territoires.

Il était affligeant de voir ces ministres ignorer la délicatesse de ce qui se passe en ce moment. Nul n’est sûr que Trump arrivera à tourner une nouvelle page. Nul ne sait si, au dernier moment, il ne préfèrera pas la facilité.

Ce qu’il a fait jusqu’à présent, c’est frapper au cœur le multilatéralisme dans ce qu’il a de plus central : le commercial, les réfugiés (sacro-sainte « liberté de circuler »…), la presse (les « donneurs de leçon » de Wilson en 1919…). Mais aura-t-il le courage de continuer ?

Ces deux dernières semaines, quelques espoirs sont apparus, pour les uns, et quelques signes négatifs pour d’autres. Le monde palestinien, lui, s’est imprudemment engagé dans une course pour convertir à sa cause le monde multilatéral. En principe, si rien ne change, il se précipite tête baissée sur un mur.

Mais tout peut changer. Restons attentifs.