Le président Trump et le leadership iranien se livrent à une joute verbale qui est peut être lourde de conséquences : Trump veut renégocier l’accord des 5+1 avec l’Iran sur le nucléaire, accord qu’il juge déplorable. 

Donnant suite aux tests de missiles balistiques iraniens de longue portée, Trump a accusé l’Iran de jouer avec le feu et a lancé un avertissement. Des sanctions ont été imposées sur les individus et les compagnies impliquées directement ou indirectement au développement de missiles balistiques.

De son côté, l’Ayatollah Khamenei teste le président Trump non seulement en mettant au point des missiles balistiques de longue portée, mais en envoyant des bateaux-suicides Houtis heurter des frégates saoudiennes au large du Yémen, en augmentant la pression des milices chiites pro-iraniennes à Mossoul en Irak, en déclenchant des manœuvres militaires tout en rappelant qu’il peut dépêcher des missiles sur Tel Aviv en moins de 8 minutes.

Les missiles récemment testés par l’Iran portaient l’inscription en lettres hébraïques : Israël sera rayé de la surface de la Terre. En outre, l’Iran a armé le Hezbollah libanais  de plus de 120 000 missiles et une confrontation massive pourrait faire d’énormes dégâts en Israël, quitte à ramener le Liban à l’âge de pierre.

Au Proche-Orient, la réalité régionale a joué en faveur de l’hégémonie iranienne. La Russie n’a pratiquement pas attaqué l’État islamique, mais a bombardé essentiellement les rebelles soutenus par les puissances occidentales en donnant un appui aérien à l’armée syrienne et aux milices chiites d’obédience iranienne.

Les frappes aériennes de l’Occident en Irak sont dirigées contre l’État islamique, renforçant ainsi le gouvernement irakien dirigé par des Chiites ainsi que les milices chiites affidées à l’Iran.

Tant la Russie que les forces de l’OTAN renforcent indirectement l’Iran au Moyen-Orient, éliminant les oppositions sunnites et renforçant les forces chiites et l’Iran.

L’accord des 5+1 avec l’Iran avait pour but d’empêcher l’Iran de développer une bombe atomique, mais en fait, le président Obama n’a fait que geler le développement nucléaire de l’Iran pour une durée de dix ans et laissé une bombe à retardement à ses successeurs.

En 2016, l’Agence internationale de l’énergie atomique n’a pu visiter que 6 des 32 centrales nucléaires et l’Iran a dépassé le quota de production d’eau lourde qui lui était permise. Il faut rappeler que par le passé, ce sont des dissidents iraniens et non l’Agence internationale de l’énergie atomique qui ont révélé l’existence d’installations secrètes à Fordow.

Par ailleurs, le président Obama a libéré des dizaines de milliards à l’Iran et déclaré espérer un changement de comportement de l’Iran.

En effet, le Plan d’action global conjoint des 5+1 ne contenait aucune clause relative à la déstabilisation du Proche-Orient par l’Iran.

Aussi, l’Iran a continué son expansion hégémonique dans la région en continuant à dépêcher ses milices chiites de plusieurs nationalités en Syrie et en Irak, sous la supervision du chef du corps Quds des Gardes révolutionnaires iraniens Qassem Soleimani.

Par ailleurs, des zones habitées par des Sunnites déplacés par la guerre sont actuellement occupées par de nouvelles populations chiites.

L’Iran a également imposé son candidat à la présidence du Liban et a armé les Houtis du Yémen d’armes sophistiquées, combattant par leur intermédiaire l’Arabie saoudite et les Émirats du Golfe qui soutiennent le gouvernement yéménite. Les slogans des Houtis, « Mort à l’Amérique » et « Mort à Israël », répliquent les slogans iraniens.

Le fait que l’Iran des mullahs investisse autant de ressources à l’étranger malgré les problèmes économiques sérieux, est signe que le désir de suprématie régionale au profit des chiites relève d’une idéologie d’expansion ayant pour levier les populations chiites et la haine calculée d’Israël.

L’Iran a maintenant accès à 120 milliards de dollars d’argent bloqué en raison des sanctions. La fin des sanctions permet à l’Iran d’éviter la banqueroute, mais ne met pas fin à son marasme économique.

Le taux de change officiel du rial iranien est passé de 12 000 rials en 2012 à 32 000 rials par dollar. L’inflation est passée de 50 à 70 % au début de la décennie à 15 % en 2016.

Le niveau de production de pétrole iranien est sensiblement revenu à celui qui prévalait en 2011. Le PNB iranien a augmenté de 4 % en 2016 après avoir décliné de 9 % durant les deux premières années de l’imposition de sanctions.

Après la levée des sanctions qui a suivi l’accord des 5+1 avec l’Iran, la Russie a vendu des systèmes de défense anti aérienne sophistiqués à l’Iran qui de son côté, développe des mines marines, des drones militaires, des fusées sol-mer et des missiles balistiques.

La Chine prend une part grandissante du commerce iranien. À noter cependant que certaines sanctions américaines non reliées au nucléaire, tout comme celles qui touchent au soutien aux organisations terroristes, au développement de missiles balistiques et aux violations des droits de la personne demeurent (l’Iran est au second rang après la Chine quant au nombre d’exécutions, dont celles de militants des droits de la personne).

Ces sanctions en cours affectent les transactions reliées à la production pétrolière et les transactions bancaires en dollars US.

Quels sont les leviers d’action du président Trump ?

La fermeture des frontières américaines aux nationaux iraniens décrétée par Trump été suspendue par la justice américaine.

Trump peut interdire tout commerce avec l’Iran ou simplement appliquer à la lettre l’accord des 5 +1 avec l’Iran. La collaboration récente entre les pays arabes sunnites et Israël en ce qui touche les visées iraniennes peut être mise à profit.

Toutefois, l’Iran dépend grandement du soutien russe. C’est pourquoi une collaboration étroite entre Trump et Poutine est essentielle pour contenir les visées iraniennes.

Le président Obama s’est discrédité en n’agissant pas après avoir menacé de le faire advenant le cas où la Syrie utiliserait des armes chimiques. Le régime syrien s’est senti libre par la suite de se livrer à un massacre sans précédent.

Le cabinet de Trump s’est exprimé tout haut, promettant une ligne dure envers l’Iran. Cela a peut-être été prématuré si toutes les conséquences de cette déclaration n’ont pas été étudiées.

S’il ne tient pas à sa parole, le Moyen-Orient risque de n’en sortir que plus bouleversé.