Lors d’une visite à la DMZ (Demilitarized zone), la zone démilitarisée qui sépare la Corée du Nord de la Corée du Sud, j’eus une expérience significative.

Après avoir vu des soldats sud-coréens figés au garde-à-vous, j’eus l’occasion de gravir des tours d’observation, sinon que ma tête heurta une poutre basse et je commençais à saigner.

Le guide fit appel à l’ambulance et les radios crépitèrent de toutes parts. Une ambulance américaine vint pour me soigner et j’assistai à une scène « tarasconnesque » : subitement, derrière chaque buisson, chaque poteau, et chaque futaie et même sous le gazon, des centaines de soldats nord-coréens apparurent avec des jumelles pour scruter le côté Sud de la frontière.

Jamais au grand jamais n’aurais-je pu imaginer que tant de personnes vivaient terrées et camouflées dans des positions et des conditions des plus inconfortables. Le niveau de tension extrême fut palpable.

Cet épisode cocasse me confirma qu’on ne badine pas avec la discipline au pays de Kim Jong-un ou les camps de détention et les condamnations à mort entretiennent un climat de suspicion et d’insécurité extrêmes.

La Corée du Nord est une dictature personnelle : le culte de la personnalité atteint des degrés jamais vus, fut-ce même dans les dictatures communistes les plus dures.

L’industrie de la guerre est telle que des essais nucléaires et balistiques se poursuivent à un rythme accéléré alors que la population est sous-alimentée et que des témoignages horrifiants continuent de mettre en évidence l’état de famine qui sévit dans ce pays.

Le PIB per capita est l’un des plus bas de la planète et se monte à 1000 $. La Corée du Nord a une des plus grandes armées au monde : 1,2 million de soldats, comparé à 670 000 soldats en Corée du Sud.

Les tests balistiques, le dernier datant du 29 avril 2017, se poursuivent à l’insu des résolutions onusiennes et des avertissements du secrétaire d’État américain Rex Tillerson à l’effet de conséquences catastrophiques de tels tests.

Depuis la fin de la guerre de Corée en 1953, près de 30 000 soldats américains sont stationnés en Corée du Sud.

En réponse aux nouveaux tirs balistiques nord-coréens, les navires de guerre américains se dirigent vers la Coré du Sud ; des systèmes anti missiles sophistiqués de type THAAD (Terminal Altitude Area Defence) ont été installés au grand dam de la Chine et de la Russie, bien que deux systèmes de ce type se trouvent au Japon : la Russie a augmenté le niveau d’alerte de sa défense anti aérienne dans le district de Khabarovsk qui abrite le réseau des batteries antiaériennes S-400 ; la Chine se prononce en faveur d’une poursuite du dialogue et d’un arrêt des programmes militaires nord-coréens en échange d’arrêt de manœuvres militaires en Corée du Sud.

Or, les pourparlers qui se sont tenus de 2003 à 2008 entre la Chine, la Russie, les USA, le Japon et les deux Corées n’ont jamais abouti. La Corée du Nord a renvoyé les inspecteurs internationaux après avoir bénéficié d’une aide américaine de 1,2 milliard de dollars.

Les États-Unis ne veulent pas récompenser les transgressions nord-coréennes et visent à rendre plus sévères les sanctions économiques incluant l’embargo sur la ligne aérienne nord-coréenne, les ventes de pétrole ainsi que les banques chinoises, cambodgiennes, laotiennes et malaisiennes qui font affaire avec Pyongyang.

Les risques de déflagration ne sont pas à éliminer. Les menaces de représailles nucléaires du belliqueux président nord-coréen envers la Corée du Sud et les États-Unis sont incessantes : comment réagirait Kim Jong-un s’il était encore plus acculé au pied du mur ? 

La région métropolitaine de Séoul compte 25 millions d’habitants et se trouve tout près de la ligne de démarcation. Même dans le cas d’une attaque américaine préventive, une confrontation avec des armes conventionnelles pourrait faire des centaines de milliers de victimes en Corée du Sud.

Par le passé, la Corée du Nord a été soutenue par la Chine et la Russie, car ces pays envisageaient d’un bon œil un état tampon contre les États-Unis. Or, la Corée du Nord est devenue dangereuse pour l’ensemble des états de la région, la Chine et la Russie y compris.

85 % du commerce extérieur nord-coréen se fait avec la Chine qui a donc un pouvoir d’influence considérable. Durant la campagne à la présidence américaine, Donald Trump a accusé la Chine de manipuler les taux de change de façon déloyale afin d’entretenir une balance commerciale toujours plus avantageuse : La Chine exporte 382 milliards de denrées aux États-Unis et en importe 115.

Trump propose maintenant à la Chine d’agir contre la Corée du Nord en échange d’une entente commerciale moins désavantageuse pour la Chine.

Cette diplomatie de style nouveau va à l’encontre des principes qui régissent généralement les pays démocratiques avec un certain degré de cohérence.

Qui plus est, Trump a félicité le président turc Erdogan pour sa victoire référendaire problématique en bien des aspects et l’a invité à la Maison-Blanche. Il en va de même pour l’invitation du président philippin Duterte dont les abus des droits de la personne sont notoires.

L’Amérique a besoin des avantages militaires que lui procure la géographie de ces pays en regard de la Russie ou de la Chine et ne tient pas à se les aliéner. Trump se dit également prêt à rencontrer le président nord-coréen.

En parlant des relations avec la Chine, l’ancien secrétaire d’État américain jugeait qu’il fallait agir avec un équilibre subtil de retenue, de force et de légitimité.

Nulle surprise si la planète s’inquiète des retombées potentiellement inquiétantes des manœuvres crues et brutales du président Trump. Son approche qui ne fait pas usage de pincettes a peut-être toujours existé en coulisses ou en arrière-plan des échanges diplomatiques.

Elle prive cependant la planète de la cohérence des objectifs par rapport auxquels un élu doit expliquer et justifier ses politiques.