La semaine dernière a vu, on le sait, le retour du terrorisme meurtrier avec l’assassinat, à deux jours d’intervalle, d’un jeune couple israélien circulant sur une route de Cisjordanie, puis deux jours après, à Jérusalem, d’Aharon Benitah, 22 ans, qui allait prier au Mur Occidental, et du Rabbin Nehémia Lavi, 41 ans.

Depuis mercredi 7 octobre, les attaques au couteau se répandent dans tout Israël comme dans les Territoires, et tout fait penser, logiquement, à une troisième Intifada : souhaitée ou non par les Palestiniens, spontanée ou manipulée, avec le soutien actif ou passif de l’Autorité Palestinienne ou du Hamas … laissons s’écouler a minima quelques semaines pour avoir des réponses certaines à autant de questions.

Mais comment avait éclaté la seconde Intifada ?

Un rappel, donc, et à propos d’une Intifada bien réelle – la seconde – qui a éclaté en octobre 2000, il y a donc tout juste 15 ans.

Les analogies sont évidentes :

– déclenchement pratiquement au moment des grandes fêtes juives d’automne, après Roch Hachana ;

– prétexte de soit disant menaces sur la Mosquée Al -Aqsa ; en 2000, c’était la visite d’Ariel Sharon sur le Mont du Temple qui aurait mis le feu aux poudres ; aujourd’hui, ce sont en fait des mois et des mois de rumeurs, relayées dans la presse arabe et sur les réseaux sociaux, qui enflamment de très jeunes Palestiniens, convaincus de défendre un lieu saint de l’Islam en venant tuer, au hasard, des Juifs coupables selon eux de « menacer la Sainte Mosquée » ; à ce titre, le discours de Mahmoud Abbas disant que « Les juifs n’ont pas le droit de souiller la mosquée Al-Aqsa de leurs pieds sales », était aussi intolérable sur la forme qu’irresponsable ;

– blocage total du processus de paix, les négociations ayant cessé depuis de longs mois tandis qu’en 2000, c’était l’échec des entretiens directs de Camp David, Yasser Arafat ayant refusé les propositions d’Ehud Barak, qui pourtant avait accepté de larges concessions, y compris un État palestinien et le partage de Jérusalem ; je ne veux pas évoquer ici sur les responsabilités du blocage actuel, disons – appréciation personnelle – qu’elles sont a minima partagées pour les deux parties ;

– « contamination » du secteur arabe en Israël, avec des émeutes et même des actes terroristes menées là aussi par des très jeunes, s’identifiant totalement à leurs « frères » palestiniens.

Une analogie relative, cependant …

Car à la réflexion, l’analogie semble s’arrêter là :

– à Jérusalem, on a aujourd’hui un gouvernement à la majorité étriquée, très marquée à droite et avec surtout des alliés du Likud hostiles à tout compromis ; en 2000, c’était un gouvernement au contraire très « colombe » ; si donc un choc politique devait survenir, ce serait plutôt un « coup de barre à gauche » avec un gouvernement d’Union Nationale où le « Parti sioniste » remplacerait le parti de Bennett, celui « des implantations » ; pour rappel, début 2001 et avec la victoire électorale d’Ariel Sharon, un gouvernement d’Union Nationale fut constitué sous sa direction avec – déjà – les Travaillistes associés au pouvoir ;

– après la rupture de Camp David, à l’été 2000, éclata la seconde Intifada dont on sait aujourd’hui qu’elle n’avait rien de spontané ; son objectif stratégique fut de « tordre le bras » d’Israël, en le forçant à la « concession » réclamée – elle l’est toujours – par la partie palestinienne, et qui équivaudrait pour l’État juif à un suicide : le fameux « droit au retour » de millions de réfugiés mais surtout descendants de réfugiés de 1948 ; aujourd’hui, on ne devine pas d’objectif stratégique précis, hormis peut-être, la remise sur le devant de la scène de la cause palestinienne, largement oubliée avec l’atroce guerre civile en Syrie et l’ombre du Daech ;

– attentats suicides presque quotidiens, attaques à l’arme automatique, on a presque oublié ce que fut la seconde Intifada : ce sont autant d’opérations nécessitant une infrastructure lourde, des caches d’armes, des explosifs, etc. ; le bilan humain fut effroyable (un millier de tués, dont une grande majorité de civils) ; et on se souvient de la peine qu’eut Israël pour gagner cette véritable guerre, qui nécessita une opération militaire d’envergure au printemps 2002 ; aujourd’hui, les seuls Palestiniens disposant d’armes conséquentes sont ceux du Hamas, enfermés dans leur « Califat-enclave » d’où ils ne peuvent pas sortir ; les terroristes d’aujourd’hui, très jeunes et agissant semble-t-il individuellement, sont armés de couteaux ou tournevis, de quoi tuer ou blesser grièvement, certes ; mais avec beaucoup moins de puissance destructrice qu’au début des années 2000 ;

– enfin, différence fondamentale : en 2000, aucune ligne défensive n’existait contre les infiltrations terroristes ; aujourd’hui, la « barrière de sécurité » (qui n’est un mur que sur une petite portion), d’une part, les « check points » dans les Territoires, d’autre part, permettent de filtrer fortement les agressions potentielles ; démonstration paradoxale de cela, ce sont les Palestiniens de Jérusalem Est, vivant du côté « israélien » du « mur » qui ont commis la grande majorité des attaques au couteau ; ceci, bien sûr, à propos de la sécurité dans le pays lui-même, car la multiplication de certaines implantations au cœur de la Cisjordanie va poser des problèmes épineux à l’armée israélienne.

Le couteau, un « mode opératoire » ancien et solitaire

Au fond, avec le retour à des « armes » aussi rudimentaires, les jeunes Palestiniens voulant en découdre rejouent-ils une partition ancienne ?

Des assassinats individuels à l’arme blanche contre des civils ou des soldats ont toujours eu lieu de manière sporadique depuis des décennies, dans des périodes « calmes » comme lors de phases de tension. Abattus sur le champ ou arrêtés, jugés et condamnés, l’élimination de leurs auteurs n’a pas toujours, loin s’en faut, donné lieu au démantèlement de réseaux.

A contrario, on notera que pour les attentats au moyen d’armes réelles – comme ce fut le cas pour les époux Henkin, tués le 1er octobre -, la police israélienne peut en général remonter à une piste, avec une cellule préparant et réalisant l’attaque ; et en l’occurrence, c’est le plus souvent le Hamas qui réalise ce type là de terrorisme.