Alors que les résultats ne sont pas encore définitifs, on peut déjà faire trois observations sur les élections du 9 avril.

La première concerne le vainqueur. Obtenant 35 mandats pour le Likoud et une large majorité de droite (65 à l’heure où ces lignes sont écrites), Binyamin Netanyahou remporte une victoire sans appel. Avec des alliés renforcés dans le secteur ultra-orthodoxe et affaiblis sur sa droite, il disposera de la coalition idéale pour tenter d’atteindre son objectif essentiel : imposer par tous les moyens – « loi française », mise en œuvre de l’immunité parlementaire ou toute autre initiative – un dispositif lui permettant d’échapper le plus longtemps possible aux juges.

La seconde observation s’adresse aux vaincus, ce « bloc de centre-gauche », qui en fait n’a jamais existé. Avec 35 députés, Benny Gantz peut se prévaloir d’une défaite honorable trois mois après la formation de Bleu et blanc, cette liste « ni de droite, ni de gauche ». Reste à savoir s’il pourra maintenir cette ambiguïté dans l’opposition, et surtout si ses alliés, et d’abord Yaïr Lapid, accepteront encore longtemps son leadership. Les partis arabes figurent aussi dans le camp des vaincus.

Une baisse sensible du taux de participation (près de 10 points !) des Arabes israéliens ramène leur représentation parlementaire à 10 sièges contre 13 dans la Knesset sortante. Les partis arabes devront affronter les défis posés par leur division et la puissance du courant de boycott des élections. La grande vaincue est la gauche qui avec 10 sièges (6 pour le Parti travailliste et 4 pour Meretz) est marginalisée.

Il appartiendra à la gauche israélienne, au terme d’une réflexion sur ce qui lui arrive, de prendre les mesures susceptibles de la sauver : fusion des deux partis pour former une social-démocratie à l’israélienne ou ralliement à Bleu et Blanc pour construire un grand Parti démocrate.

Une dernière observation s’impose sur le nouveau modèle politique israélien qui s’est imposé : celui d’une campagne négative où les débats de fond ont été soigneusement écartés au profit d’attaques personnelles et de fake news véhiculés par des réseaux sociaux, qui, sans contrôle et sans limite, ont supplanté les médias traditionnels.

Auprès de ses 6 millions de followers sur la toile, Binyamin Netanyahou a pu multiplier les attaques contre la gauche, les juges et la presse qui lui ont de nouveau bien réussi. « King Bibi », cette bête politique, cette machine de guerre électorale, va accéder pour la cinquième fois à la direction des affaires du pays. Le 10 avril au matin, Israël s’est réveillé avec une droite qui se porte bien. La démocratie, un peu moins.