Dans un article paru il y a quelques mois dans Makor Rishon, Shalom Rosenberg déplorait l’absence de respect par les médias des lois sur la protection de la vie privée et l’interdiction de la médisance relevant du droit hébraïque.

On ne peut qu’abonder dans son sens, même si, dans l’affaire Yaïr Nétanyahou, ce n’est qu’un des multiples aspects de ce que les médias israéliens tentent de faire passer pour une nouvelle affaire de corruption politique, et qui n’est en réalité qu’un nouveau scandale de corruption des médias.

Rappelons brièvement les faits : un enregistrement pirate, censé illustrer les frasques nocturnes du fils du Premier ministre, est parvenu on ne sait comment (de toute évidence contre paiement) à une chaîne publique de télévision israélienne, qui l’a diffusé avec complaisance en « prime time ».

Cette « information » a été reprise par les grands médias, qui l’ont transformée en « item » de premier plan (loin devant l’attaque de Tsahal contre une installation militaire iranienne en Syrie, ce qui montre l’échelle de leurs priorités…).

Le buzz médiatique a été tel que le Premier ministre et son épouse ont été contraints, après avoir dénoncé le procédé dans un premier temps, de se justifier en se désolidarisant publiquement de leur fils…

1) Comme l’a fait remarquer le ministre Youval Steinitz, interrogé sur Galei Tsahal, tout ce qui “intéresse” le public n’est pas forcément d’intérêt public. Mais comment faire entendre cet argument de bon sens et d’autres du même acabit, face à une presse déchaînée, qui se comporte comme une véritable meute et s’acharne sur sa proie…

Car c’est bien de cela qu’il s’agit aujourd’hui. Pour faire tomber Nétanyahou, leur ennemi juré, des médias israéliens qui ont juré sa perte ne reculent devant rien et ils sont littéralement prêts à tout pour parvenir à leurs fins.

Binyamin Nétanyahou a rappelé fort justement que jamais, dans l’histoire mouvementée de notre Etat, un Premier ministre n’avait bénéficié d’un tel traitement, et jamais les membres de la famille proche d’un dirigeant n’ont été soumis à de telles attaques et atteintes à leur vie privée, pas même lorsque les enfants d’un ex-Premier ministre (depuis condamné pour de multiples délits) manifestaient contre Tsahal en pleine guerre !

En vérité, aucun Premier ministre n’a jamais été autant haï par les médias et par l’establishment de la gauche israélienne, devenue très largement, depuis plusieurs décennies (au moins depuis Oslo), une force destructrice.

Il faut remonter, pour trouver un phénomène comparable, au premier Premier ministre israélien, David Ben Gourion, lui aussi détesté par une petite coterie d’intellectuels membres de l’université hébraïque de Jérusalem, qui l’ont traîné dans la boue et ont joué un rôle important dans la fin de son second mandat, à l’époque de l’affaire Lavon (1).

2) Au-delà de la situation propre à Israël, cette nouvelle affaire médiatique et politique s’inscrit dans le contexte de la transformation des médias dans les pays occidentaux et de l’évolution de la profession de journaliste à l’ère des réseaux sociaux.

En abolissant très largement les frontières entre vie publique et vie privée, les réseaux sociaux ont en effet donné naissance au phénomène d’un journalisme de “colportage” de rumeurs et de reproduction de tweets, qui n’a plus grand chose à voir avec la profession à laquelle de grands journalistes comme Arthur Koestler ou Albert Londres ont jadis donné ses lettres de noblesse.

En attaquant sans cesse le Premier ministre sur ses relations privées et celles des membres de sa famille, les médias israéliens ne portent pas seulement atteinte à sa vie privée et à son honneur : ils abolissent en fait toute distinction entre la personne publique du Premier ministre – qui est légitimement soumise au regard et à la critique des médias – et sa personne privée – qui doit bénéficier, comme tout un chacun, d’un domaine protégé.

Dans leur travail de sape incessant pour diffamer, calomnier, insulter et – en dernière alternative – faire tomber les dirigeants élus d’Israël et des Etats-Unis, ces journalistes se prennent pour les nouveaux Bob Woodward ou Carl Bernstein, alors qu’ils ne sont en réalité que des adeptes d’une conception inquisitoriale et totalitaire du métier de journaliste.

Cette évolution préoccupante, dont il reste à analyser les causes profondes, est commune aux grands pays occidentaux, et on assiste aux mêmes phénomènes en France, en Israël ou aux Etats-Unis (2). On ne peut quasiment ainsi trouver aujourd’hui dans les grands médias français, un seul article qui parle de Binyamin Nétanyahou ou de Donald Trump autrement que pour faire passer une opinion négative caricaturale, sous couvert d’information.

3) Comme l’écrit avec clairvoyance Caroline Glick (une des grandes journalistes d’Israël), il existe un écart considérable entre l’image de Nétanyahou véhiculée par les médias israéliens et sa personnalité véritable. C’est en effet Binyamin Nétanyahou qui a “transformé Israël en puissance économique et militaire” et a utilisé cette puissance économique pour “asseoir une nouvelle stratégie diplomatique” qui a permis le “retour d’Israël en Afrique, après quarante ans d’absence” sur le continent noir.

Nétanyahou, conclut Glick (3), est le “dirigeant le plus important qu’a connu Israël depuis Ben Gourion” et aussi le plus sous-estimé. On ne peut que saluer le courage et le sang-froid avec lesquels il fait face aux attaques incessantes contre lui et contre les membres de sa famille.

A de nombreux égards, il sort grandi de ces attaques permanentes et se révèle effectivement, dans l’épreuve, un grand dirigeant. Il est le digne fils du professeur Bentsion Nétanyahou, ancien secrétaire de Jabotinsky, et le digne représentant d’une droite sioniste qui est en train de réaliser aujourd’hui, avec retard mais avec constance, un nouveau “Ma’apah”, une nouvelle révolution politique.

(1) Voir le récit qu’en fait Yoram Hazony dans son livre L’Etat juif. Sionisme, post-sionisme et destins d’Israël), éditions de l’éclat, 2007. Voir notamment cette citation d’Amos Oz : “Je m’aperçus que le [messianisme de Ben Gourion] avait pour origine une distorsion de l’âme… dans la tyrannie des morts exercée sur les vivants. Chez Ben Gourion, j’ai vu la noirceur de la flamme du diable.

(2) Dont certains médias, comme le New York Times, Ha’aretz ou Le Monde par exemple, reproduisent souvent les mêmes “informations” et les mêmes analyses.

(3) http://carolineglick.com/considering-netanyahus-transformational-leadership/