En cette période dramatique que vit Israël et dont ceux qui ont déclenché l’« intifada des couteaux » prétendent qu’elle aurait été provoquée par la remise en question de la sainteté de l’esplanade des mosquées à Jérusalem pour les Arabes, la lecture de la Torah de cette semaine (parasha Hayé-Sarah) vient apporter un élément de réflexion d’autant plus intéressant qu’il concerne des personnages et un livre sur lequel se fondent également Juifs et Musulmans.

Il s’agit, à l’occasion de la mort de Sarah, de l’achat par Abraham de la grotte de Makhpéla située à Hébron pour y enterrer sa femme et, par la suite, lui-même et ses descendants.

Cet endroit, le caveau des patriarches, est acheté par Abraham à Efron le Héthéen pour la somme de 400 shekalim, et ce au terme d’une âpre discussion au cours de laquelle Efron disait vouloir céder gratuitement cette sépulture tandis qu’Abraham insistait pour en faire l’acquisition en bonne et due forme malgré le fait que cette terre lui avait été promise par Dieu.

Le grand commentateur français Rashi (1040-1105) nous précise à cette occasion que la grotte de Makhpéla fait partie des trois lieux dont jamais quiconque ne pourra accuser les Israélites de les avoir acquis indument. Les deux autres lieux sont la tombe de Joseph à Sichem (aujourd’hui Naplouse) et le mont du Temple à Jérusalem.

Pourquoi ces deux endroits ne peuvent-ils, selon Rashi, souffrir de contestation ? Parce que tous deux, comme la grotte de Makhpéla, ont été acquis à prix d’argent. Il nous rappelle les citations bibliques qui s’y rapportent. Pour le tombeau de Joseph (dont les restes furent remontés d’Egypte par Moïse), c’est le livre de Josué (24:32) qui nous apprend que c’est dans une parcelle de champ acquise par Jacob auprès des fils de Sichem pour y planter sa tente (Genèse 33:19-20) que Joseph fut enterré.

Quant au Temple, lieu le plus saint du judaïsme, il fut construit sur une aire acquise par le roi David des mains de son propriétaire Aravna le Jébuséen (II Samuel 24:18-28). Il est curieux de constater que là encore, le propriétaire du lieu ne voulait pas accepter d’argent, mais que la Bible décrit l’insistance de David à payer son acquisition en espèces sonnantes et trébuchantes, disant : « Je ne veux pas, sans bourse délier, offrir des holocaustes à l’Eternel mon Dieu ».

Or, il se trouve qu’aujourd’hui, et c’est vraiment troublant, ce sont ces trois lieux bibliques (le tombeau des patriarches à Hébron, le tombeau de Joseph à Naplouse et le mont du Temple à Jérusalem) qui font l’objet de contestations, voire de profanation s’agissant de l’incendie du tombeau de Joseph.

Nous savons bien que le tellement regretté Yitshak Rabin (assassiné il y a vingt ans, le 4 novembre 1995) mettait en garde ses compatriotes juifs de ne pas brandir la Bible comme un cadastre, c’est-à-dire de ne pas se prévaloir des textes traditionnels pour fixer les limites de l’Etat d’Israël. Il faisait bien sûr allusion aux plus extrémistes des habitants des territoires occupés par Israël au lendemain de la guerre des Six Jours (qui lui fut pratiquement imposée par la haine déferlante des pays voisins).

Il n’en reste pas moins que pour des terroristes, qui se réclament du nom d’Allah en commettant leurs crimes, comme pour ceux qui les commanditent ou les couvrent, les lieux dont ils revendiquent brutalement la propriété sont inscrits au patrimoine biblique qu’ils partagent avec ces autres fils d’Abraham que sont les Juifs, et donc les Israéliens.

Nous avons tous été témoins du faux prétexte invoqué par l’Autorité palestinienne pour justifier, sinon encourager, la vague d’attentats au poignard déclenchée depuis deux mois dans tout le pays, plus particulièrement à Jérusalem. Attentats à l’«arme blanche» rougie par le sang des innocents.

Les Israéliens auraient soi-disant contesté la légitimité de la présence arabe sur l’esplanade dite des mosquées. Discours singulièrement projectif de la part du chef politique palestinien qui n’hésite pas à accuser Israël de ce que lui voudrait en réalité établir !

Comment oser nier le caractère juif du mont du Temple ? Comment prétendre que les Israéliens voudraient en rayer le caractère sacré pour les Musulmans, eux qui, depuis juin 1967, en ont assuré l’accès aux croyants de toutes les religions de l’univers, comme aux non-croyants ?

On oublie trop facilement qu’entre 1948 (date de la création de l’Etat d’Israël) et 1967 (date de la réunification de Jérusalem), seuls les Juifs étaient interdits d’accès au mur Occidental (le Kotel), et que le lieu était dans un état lamentable, des pierres tombales juives ayant même été utilisées pour construire des latrines…

On évoque souvent un statut international pour Jérusalem, mais n’est-ce pas le cas depuis juin 1967 ? Où sont les restrictions de déplacement à l’intérieur de la ville comme entre ses parties orientale et occidentale ? Où voit-on un empêchement à l’accès aux lieux saints des trois grandes religions monothéistes ? Et dans les transports en commun, comme dans les rues de Jérusalem et ses jardins publics, ne voit-on pas se côtoyer des Juifs et des Musulmans religieux, des Israéliens et des Palestiniens ? A-t-on jamais vu les autorités ou des particuliers israéliens s’en prendre à des lieux saints ou des cimetières musulmans ?

Au contraire ceux-ci sont respectés et entretenus à l’image de ce vieux cimetière arabe en plein cœur de Jérusalem-ouest le long de la rue Agron.

Le texte biblique, en insistant sur l’acquisition à prix d’argent, et non par un droit divin ou par la conquête, des trois hauts-lieux du judaïsme que représentent, entre autres, le tombeau des patriarches, celui de Joseph et l’emplacement du Temple, a voulu établir sans contestation possible la légitimité des descendants d’Abraham et de David à s’en prévaloir.

Que des descendants d’Ismaël, autre fils d’Abraham, en contestent aujourd’hui le bien-fondé et en arrivent même à profaner l’un d’entre eux en y mettant le feu, est inconcevable, absurde et d’évidence illégitime.

הלא אב אחד לכלנו « N’avons-nous pas tous un seul Père ? » s’interrogeait le prophète Malakhie (2:10).