Il y a des trucs comme ça, qui mettent tout le monde d’accord. La montée du FN, le martyre des Palestiniens, le réchauffement climatique…l’indécence de l’ex-Première Girlfriend – on a nommé Valérie Trierweiler. Qui a osé taper sous la ceinture, déballer, tout raconter, porter atteinte à la sacro-sainte fonction présidentielle. Qui n’a pas encaissé en silence.

Tout le monde a lu son Merci pour ce moment, tout le monde trouve ça scandaleux, surtout les femmes.Tout le monde lui reproche de transformer le privé en public, le sentimental en politique, d’affaiblir un président déjà en fort mauvaise posture (comme si c’était possible).

On a pas lu le livre, mais à force d’extraits par-ci et de bonnes feuilles par-là, on voit le tableau. Et on se demande jusqu’où ira l’hypocrisie.

Mais surtout, on s’enlèvera pas de l’idée que Trierweiler a eu raison. Pas parce que la vengeance est un plat qui se mange froid, et cetera.

Mais parce que l’ère des femmes trompées et humiliées en silence, c’est terminé. Terminée, l’époque Danielle Mitterrand, Jackie Kennedy et Bernadette Chirac. Révolue. Même Anne Sinclair a fini par divorcer, après 20 ans à faire l’autruche.

Terminée surtout l’ère où un leader pouvait faire tout ce qu’il voulait, pourvu qu’on sauve les apparences. Les comptes en Suisse et les phobies administratives, ça ne passe plus ? Le donjuanisme, pareil.

Et qu’on arrête de nous servir la soupe du politicien fringuant, accaparé par ses admiratrices. Le jour où ce sera le ballet d’acteurs et autres journaleux chez Angela Merkel, la belle Helle Thorning-Schmidt ou Hillary Clinton, on en reparlera. Oui, le pouvoir passe par la conquête et la séduction. Non, ce n’est pas un chèque en blanc pour faire le salaud.

Et qu’on aille pas non plus nous dire que cela dessert la fonction présidentielle. Foutaises. Si Bill Clinton a survécu au Monicagate et Benjamin Netanyahu conserve son charisme après son lit volant et ses glaces à la pistache, l’autorité présidentielle, ça ne s’affaiblit pas. Ça se possède, ou pas.

Certes, il fut un temps où l’image suffisait, ce qu’on voyait du dehors. C’était aussi un temps où battre ses enfants, cuisser la bonne et ne pas lever le petit doigt une fois passée la porte du ménage passait pour viril. Ce temps n’est plus. Il n’est plus normal aujourd’hui pour personne qu’un destin privilégié se fasse au détriment d’autres vies brisées. Le combat pour l’égalité, c’est ça. Le refus de l’exploitation, c’est ça.

Et pourtant, les faiseurs d’opinion, les mêmes qui montent sur leurs grands chevaux pour le mariage gay, les droits des sans-papiers et le calvaire des ouvriers chinois, estiment comme un seul homme que le président a le droit de baiser avec qui il veut, plusieurs en même temps si ça lui chante, c’est même bon pour la santé – et qu’elles souffrent en silence, Bon Dieu !

Le couple après tout, quand il n’est pas homosexuel, c’est tellement dépassé… Tant qu’il met des femmes au gouvernement, issues de la diversité c’est encore mieux, tant qu’il enseigne la théorie du genre à l’école, que le président traite ses bonnes femmes comme il l’entend, après tout, ça ne nous regarde pas.

Eh bien si, justement, ça nous regarde. Au même titre qu’un compte en Suisse, même si le second est illégal et le premier ne l’est plus. L’a-t-il d’ailleurs jamais été dans la France des Mmes de Montespan, de Pompadour et autres du Barry ?

Il est grand temps d’aller au bout des choses, et de jeter les passe-droits avec l’eau de la monarchie. Les valeurs personnelles d’un politique, ça compte. Ses relations personnelles et familiales, ça compte. D’ailleurs, quand elles sont au beau fixe, elles s’affichent en Une de Paris-Match et tout le monde y trouve son compte. Alors pourquoi les compagnes d’élus devraient-elles accepter le marché de dupes ?

Tout mettre entre parenthèses, la carrière, les aspirations, se boucher les yeux et les oreilles aussi puisque le rôle ne va pas sans son avalanche de dégueulis publics, tout sacrifier puisqu’il est lui, dans la lumière et qu’une ambassadrice de la haute couture hexagonale à ses côtés, ça fait bon genre; mais à la minute où le déplaisir saisit Monsieur, à l’instant où elles sont congédiées, remisées, plus d’actualité, se taire, disparaître, accepter de bonne grâce parce qu’il ne faut pas traumatiser les pauvres Français, les pauvres électeurs qui ne veulent voir que des sourires énamourés autour de leurs dirigeants ?

Trierweiler a bien fait. Parce que François Hollande paye le prix fort et qu’il ne l’a pas volé. Mais surtout – surtout -parce que les bébés-leaders, les présidents de demain observent le cirque de ces dernières semaines et retiennent forcément la leçon. La prochaine fois qu’un politique voudra traiter sa compagne comme une malpropre, il y réfléchira sans doute à deux fois.

Anne Sinclair, la grande journaliste, a peut-être fermé les yeux pendant 20 ans mais son vorace de mari, qui se croyait au-dessus de la mêlée, a fini par chuté de la pire des facons.Valérie Trierweiler, cadette de Sinclair, ne s’est pas laissée pas faire et clame (très, très) haut et fort que ça ne passera pas.

Ça ne passe plus. Les conduites de butor seront désormais dévoilées en place publique, les coups rendus un à un. Le mépris comme mode opératoire, c’est non.

Et c’est tant mieux, trois fois tant mieux. Et s’il faut écrire d’autres livres-confessions-poubelles, on le fera. Parce que c’est comme ça que la norme change. Par le scandale, la polémique. On tire sur la messagère, mais le message finira par passer.

Un message très simple : la parité, ça passe d’abord par le respect.