Tout va très bien…

Ce n’est pas comme dans la célère chanson. Binyamin Netanyahou ne s’adressait pas à Madame la marquise, mais aux Israéliens pour délivrer un message rassurant à propos de sa dernière rencontre avec Donald Trump.

En sortant de la Maison blanche le 28 juillet dernier, il déclarait – sans rire – : « Une des meilleures rencontres que j’ai eues avec le président ». Donald Trump, qui pourtant, lui aussi, entretient un rapport compliqué avec la réalité, a tenu à employer un ton beaucoup moins enthousiaste en parlant d’une réunion « bonne et utile ».

Pour justifier son appréciation, le Premier ministre israélien insiste sur la volonté commune aux deux pays de s’opposer à la possession d’armes nucléaires par l’Iran. La belle affaire ! Bien avant l’arrivée de Donald Trump à la Maison blanche, les États-Unis, comme leurs partenaires européens, étaient résolus à empêcher le régime des mollahs d’acquérir l’arme atomique.

En fait, cette rencontre du 28 juillet traduit la dégradation des relations entre Israël et les États-Unis. Le Premier ministre israélien, présent sur le sol américain pour assister aux obsèques du sénateur républicain Lindsey Graham, a dû insister pour être reçu par le président américain. Il l’a été, mais pas comme les fois précédentes. La réunion d’une durée relativement courte (1 heure 20) n’a pas donné lieu, selon la tradition, à un accueil chaleureux et à un contact avec la presse. Celle-ci n’était pas conviée dans le bureau ovale.

La réunion s’est tenue en présence d’une vingtaine de personnes, dont le vice-président JD Vance. On sait que celui-ci n’est pas un fervent partisan de l’État juif. Sur le conflit avec l’Iran, il a exprimé sa préférence pour une solution diplomatique dont Binyamin Netanyahou ne veut pas entendre parler. Mais peu importe à l’administration Trump. Elle se passe de l’avis du gouvernement israélien pour décider d’attaquer ou non l’Iran, ou lorsqu’elle entend voir la situation évoluer sur les autres fronts : au Liban et en Syrie où la Maison blanche voudrait que Tsahal retire ses troupes ; à Gaza, où un accord avec le Hamas impliquerait aussi le départ des soldats israéliens.

Cette succession de prises de position différentes de celles exprimées par le gouvernement israélien ne doit rien au hasard. Désormais, pour le département d’État et l’armée américaine, Israël reste un partenaire, mais plus un allié privilégié.

Last but not least, on sait maintenant que l’État juif devra se passer l’aide militaire américaine (3,8 milliards de dollars par an). En clair, Israël, enlisé dans une guerre sans fin, et au banc des nations, est en train de perdre le soutien de la première puissance mondiale. Mais, à moins de 90 jours des élections, Binyamin Netanyahou nous l’assure : tout va très bien.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017), "La gauche a changé" (L'Harmattan, 2023). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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