« Nouvel an de l’arbre », Tou Bichvat est la fête du renouveau de la nature mais aussi celle de l’espoir et de l’horizon de jours plus cléments.

Le 15 du mois de Chevat est une date ancrée dans le Talmud et dans nos coutumes : il est à la fois le jour du prélèvement de la dime et le jour du passage au cycle suivant pour le fruit naissant. Comme chaque recommencement, entre rétrospective et prospective, ce jour est une invitation à la réflexion pour l’héritage que nous laissons.

Souvenons-nous d’abord de notre histoire et de nos principes. «Lorsque l’Eternel Dieu fit la terre et le ciel, il n’y avait encore aucun arbuste des champs sur la terre et aucune herbe des champs ne poussait encore, car l’Eternel Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre et il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol», nous dit la Genèse (II, 5).

C’est bien de la capacité de l’homme à travailler la terre que va dépendre la pérennité de la biosphère. Si la nature est l’œuvre du Créateur, l’Homme en assume la responsabilité. Il doit non seulement la cultiver mais aussi la protéger et la respecter.

Le principe de Bal Tach’hit interdit le gaspillage et la destruction injustifiée. Celui de Tsaar baalé haim proscrit la souffrance animale tandis que l’interdit de « Kil’ayim » nous enjoint à préserver l’immuabilité des espèces en ne fabriquant pas de produits hybrides. Le respect des cycles naturels est quant à lui un devoir moral que nous semblons redécouvrir en lui donnant un nouveau nom.

Lorsque la surproduction, la surconsommation, le gaspillage et la progression des inégalités sont les constats posés, ces principes élémentaires que la Thora nous offre revêtent un caractère vital : ils sont au fondement de toute solution recherchée en vue d’assurer la pérennité de cette précieuse nature dont nous cueillons symboliquement les fruits jour après jour.

Aujourd’hui peut-être plus que jamais, nous devons nous responsabiliser individuellement mais aussi collectivement pour préserver ce qui nous a été donné et transmettre cet inestimable héritage aux générations futures.

Plus largement, nous devons transmettre cet amour, ce respect de la vie à nos enfants en ce jour, qui est aussi une date toute particulière pour les juifs de France.

Il y a dix ans déjà, Ilan Halimi succombait à l’horreur de l’antisémitisme. En récitant le Kaddish, nous avons tous eu une pensée pour ce jeune homme dont nous continuerons à célébrer la mémoire pour que le silence qui avait entouré ce drame ne demeure pas.

Aujourd’hui le mur d’indifférence est tombé, la société, enfin lucide et mobilisée, s’est rendue à l’évidence. Malgré la douleur, cette prise de conscience est synonyme d’espoir pour demain : nous devrons toujours nous souvenir sans jamais cesser de réfléchir, d’agir et d’espérer. Il ne tient qu’à nous d’entreprendre un nouveau cycle.

Aussi, ce 25 janvier, je vous invite à offrir des graines aux personnes qui vous entourent. Faites de ces plantations en devenir le symbole de l’espoir qui renait et cultivez-les, ensemble, jour après jour. Lorsque viendra le prochain cycle, puissions-nous les contempler rassemblés dans la joie.

Tou Bichvat Sameah,