Un quart de siècle est écoulé depuis la mort de Menahem Begin, ancien Premier Ministre s’Israël, et cette date vient d’être commémorée en sourdine et sans éclat. Pourtant, Begin est l’un des deux dirigeants, avec David Ben Gourion, les plus appréciés notamment en comparaison avec les générations suivantes de dirigeants.

Begin et Ben Gourion font partie des fondateurs de l’État d’Israël, et tout le monde en est reconnaissant. Certes, il y a aussi Isaac Rabin, mais son souvenir est en quelque sorte lié en partie à la tragédie nationale et personnelle de son assassinat.

Le respect réservé à Begin et Ben Gourion fait certes partie de la tendance nostalgique, mais provient surtout de leurs accomplissements respectifs.

Ben Gourion étant considéré comme l’instigateur et le dirigeant de l’État naissant, et Begin comme le chef de l’“Irgoun” clandestin, ayant combattu le Mandat britannique, et à partir de 1977 en tant que Premier Ministre, responsable de l’accord de paix avec l’Egypte.

On peut aussi lui attribuer l’initiative de débarrasser Israël de la menace nucléaire déjà dans les années 80, en bombardant le site atomique “Ossirak” en Irak. Décision difficile et osée vu les répercussions internationales éventuelles.

Mais le mérite de Begin et Ben Gourion – pendant longtemps adversaires farouches – réside également dans leur personnalité. Intellectuels, cultivés, attachés aux valeurs humanistes et juives ils dénotent avec l’esprit pratique et cynique de nos jours.

On les prend comme exemple par leur modestie personnelle, indifférents aux tentations matérialistes, ni aux considérations de niveau de vie, de richesse et de signes de réussite économique et sociale.

En effet, rien à voir avec la réalité actuelle de la classe politique en Israël et ailleurs, aspirant au faste et aux honneurs. On mentionne encore de nos jours leurs conditions d’habitation, les foyers modestes, la simplicité de leurs déplacements à l’étranger. Ô combien différent de nos jours.

Ce rapprochement, en dépit des différences entre ces deux personnages, est particulièrement significatif, car ils étaient à l’opposé l’un de l’autre. D’abord sur le plan idéologique et politique.

Begin, chef de l’irgoun” et par la suite de la Droite politique, était la “bête noire” de Ben Gourion au point qu’il refusait de prononcer son nom.

Personnellement j’estime que cette aversion de Ben Gourion explique en partie l’incident tragique de l’ “Altalena”, ce navire apportant sur l’initiative de Begin des armes quelques semaines après la naissance d’Israël. Or Ben Gourion en personne avait ordonné le bombardement du navire, faisant ainsi plusieurs victimes et la perte des armes si convoitees. Cette affaire noircit encore de nos jours le souvenir de cette époque.

Begin au contraire, bien que victime, avait manifesté une noblesse et son esprit patriotique en interdisant aux membres de l“Irgoun” de riposter à la provocation. Il semble qu’une guerre civile avait été ainsi évitée.

Ils étaient différents aussi par leur personnalité. Begin, originaire d’Europe, grand orateur au style théâtral, avait conservé des habitudes et un comportement qui lui avaient valu l’image de “gentleman polonais”. Ben Gourion au contraire avait le discours simple, direct, semblable aux anciens habitants du pays. Pas d’allocation, juste une conversation.

Mais tous les deux se ressemblaient non seulement par leur dignité mais aussi et surtout par leur refus du spectaculaire. Même a titre posthume.

En effet, tous les deux avaient refusé d’être enterrés dans la partie du Mont Herzel réservée aux célébrités et personnalités nationales. Ben Gourion est enterré à Sdé Boker, le kibboutz de ses dernières années.

Begin a formellement exigé dans son testament de reposer au cimetière antique du Mont des Oliviers à Jerusalem , auprès de son épouse Aliza et deux de ses soldats dans l’“Irgoun”, exécutés par pendaison par les autorités du Mandat britannique.

C’est dans cet état d’esprit que fut rendu hommage lors de cet anniversaire de sa mort, en présence d’un nombre assez restreint d’admirateurs et d’hommes politiques qui se veulent et se disent poursuivre sa légende. Très douteux…