The Peace Experience est une nouvelle d’anticipation en 5 parties publiée sur mon blog – Times Of Israel.

Partie 1 – D-Day

La foule s’agglutinait autour de l’entrée principale. En quelques minutes, une queue de plusieurs dizaines de mètres s’était constituée et les badauds continuaient de rejoindre la file indienne dans un climat de fête presque irréel. Jeunes et vieux, petits et grands, sveltes et dodus, religieux et athées, tous s’étaient précipités à la frontière dès que le message était parvenu à travers les médias du pays, mais aussi sur les réseaux sociaux. Malgré la chaleur étouffante de ce mois de juillet – 35°C, 90% d’humidité – aucun n’avait hésité à se lever aux aurores et à faire le déplacement jusque dans la zone annoncée sur l’application « The Peace Experience App », située aux abords de la petite ville de Nirim, à quelques encablures de la bande de Gaza. Tous savaient qu’une nouvelle page allait s’écrire, et voulaient en témoigner aux générations futures.

Un gros bonhomme moustachu et suant dans un costume bleu visiblement trop juste s’agitait du mieux possible pour contenir la foule impatiente. Quelques minutes encore et il recevrait le signal de son supérieur, posté quelques mètres plus loin. Ce dernier vérifiait pour la 3ème fois le mécanisme de sécurité mis au point par le groupe d’élèves ingénieurs du Technion à l’origine du projet. Un scanner dernier cri qui ne se contentait pas de vérifier que les visiteurs ne transportâmes pas d’objets dangereux ou interdits par le règlement drastique du protocole de sécurité du site, mais qui allait jusqu’à analyser la matière biologique des individus qui le traversaient dans les moindres détails. Un rapport détaillé était édité et une lumière verte clignotait si le visiteur était apte à passer dans la zone de jeu. Si d’aventure c’était la rouge qui s’allumait, l’individu n’avait qu’à faire demi-tour et repartir d’où il venait. C’était cruel, mais c’était la règle et tous s’y étaient préparés.

De nombreuses polémiques avaient émaillés l’annonce des capacités analytiques du TCS-X54 – Thoughts Checking System – que la presse américaine avait rebaptisé « BrainViewer ». Par un mécanisme complexe de résonance magnétique à une échelle microscopique, qui permettait de collecter une image synaptique complète, couplé avec un processeur de collecte et d’analyse des liaisons nerveuses cérébrales, BrainViewer permettait d’accéder à la matière grise de l’individu, de la copier en quelque sorte dans un environnement de simulation, en tout point identique à un cerveau humain, et de la tester via le logiciel dit « de validation », qui permet de s’assurer que la personne qui voulait pénétrer dans la zone expérimentale serait apte à mener à bien la mission qu’on lui attribuerait.

Malgré les voix qui s’élevaient pour dénoncer une technologie trop intrusive, et les potentiels dangers d’ordre libertaire ou éthique que pouvait engendrer cette machine, le gouvernement avait fait savoir via son ministre de la technologie que les scans ne seraient utilisés que pour vérifier la compatibilité des sujets avec le programme et que dès la réponse obtenue, la mémoire vive du logiciel était immédiatement réinitialisée. Une décharge remise à chaque participant stipulait d’ailleurs que les données collectées n’était pas nominatives et ne seraient pas utilisées à d’autres fins.

Le premier candidat à passer sous le portique high-tech était un jeune homme athlétique au teint mat qui faisait le pied de grue sur le site depuis plus de 24h, alors même que le lieu de cette première expérience n’avait pas encore été officiellement annoncé. Mais Igal était à l’affut de la moindre information sur le projet et des informations avaient fuité. D’un bout à l’autre de la fil indienne, tous les regards étaient posés sur ses larges épaules alors qu’il inaugurait en conditions réelles l’appareil d’analyse le plus cher du monde. 490 000$ de matériel embarqué et 3 millions $ de plus pour l’ensemble du projet, de la R&D en passant par les prototypes, tests et développements. Les 5 secondes d’attente entre le passage et le déclenchement de la lumière lui parurent éternelles.

– A suivre…