Il a fallu dix-neuf (19) jours pour que le président Vladimir Poutine consente à le dire : le crash de l’avion Metrojet qui a explosé dans le Sinaï le 31 octobre 2015 était bien un attentat. Cet attentat a bien été commis par l’Etat Islamique : il l’avait revendiqué par deux fois. Pour quelle raison le président russe a-t-il admis avec un tel retard ce qui était une évidence ? Car la notion « d’un éventuel acte terroriste » a eu la vie longue…

Comme si l’éventualité indiquait que nous serions dans une situation de doute socio-culturel. C’est d’ailleurs, sans doute, le cas. il semblait que des repères existaient. Ils se sont dilués dans les exceptionnelles mutations qui ont affecté la modernité, surtout dans toutes les ingénieries techniques et scientifiques, numériques de la deuxième partie et la fin du 20e siècle et les quelques années pilotes d’un 21e siècle aux identités ambigües et mondialisées.

Au lendemain des attentats de Paris, le psychiatre Boris Cyrulnik déclarait dans la presse régionale du Sud-Ouest français : « Quand une culture ne permet pas la rencontre et le débat, on est des proies et internet démultiplie le pouvoir de ces manipulateurs. »

A cet égard, la période actuelle est dangereuse et source de confusions graves. Des anonymes viennent en aide à des gens ordinaires dont la richesse des vies personnelles ne s’expriment pas la valeur réelle de ce qu’ils sont en dignité et densité humaines. Les réactions sont alors une suite d’additions de personnes qui partagent des convictions ou des styles de vie, s’exprimant par blocs dans des instants d’intenses émotions. Elle se fondent totalement dans l’apparent manque de consistance du monde virtuel.

Les médias du monde entier se sont fait l’écho d’images fortes : elles ont montré la solidarité internationale avec la nation française. Ce n’est plus le défilé sciemment organisé par le gouvernement français après les meurtres de janvier 2015, avec des chefs d’Etat dont les repères idéologiques sont pour certains contestables selon la morale prônée par la France.

Ce n’est plus le rassemblement unitaire et pourtant fractionné après les assassinats à Charlie Hebdo et à l’HyperCasher pourtant proche des mêmes quartiers parisiens. Ces jours-ci, c’est le monde qui chante la Marseillaise et place le drapeau français sur les édifices les plus prestigieux de la planète… jusqu’au Mur occidental de Jérusalem.

Ne serait-ce pas trop ? Trop dans l’inconscience ou la stratégie politique sinon le calcul émotionnel ?

Voici les paroles du président François Hollande au congrès exceptionnel qui a réuni les représentants de la République française à Versailles : « Il ne s’agit donc pas de contenir, mais de détruire cette organisation [Daech] à la fois pour sauver des populations, celles de Syrie, celles d’Irak mais je pourrais ajouter celles du Liban, de Jordanie, de Turquie, tous les pays voisins. »

Alors qu’Israël se parait de bleu-blanc-rouge sur les principaux sites de l’Etat hébreu et de ses institutions, y compris au Lieu le plus sacré de son histoire et de son identité qui est systématiquement niée, déniée ou « brouillée, opacifiée », la France n’a rien dit des terribles attentats qui bouleversent à nouveau la société israélienne dans son ensemble, y compris au seuil de ce Shabbat.

Elle n’aurait sûrement pas couvert la façade de Notre-Dame ou les vitraux de la Sainte Chapelle du drapeau bleu et blanc, ni ne lui aurait adjoint un drapeau « palestinien ».

De même, à Moscou, les Russes, les Ukrainiens et les Biélorusses n’ont pas manifesté une once de solidarité envers l’Etat juif. Mais le président français a poursuivi  sa rhétorique compassionnelle avec une clarté diplomatique toute métropolitaine : « La France parle à tous, à l’Iran, à la Turquie, aux pays du Golfe. Et les attentats de Paris se sont produits au moment même où se tenait à Vienne avec ces pays-là une réunion pour chercher une solution politique en Syrie. Alors, chacun est désormais face à ses responsabilités : les pays voisins, les puissances, mais aussi l’Europe. »

Aucune mention, à aucun moment, de l’Etat d’Israël. Ni du « proto-Etat » de Palestine (Dawlat Falestin).

On peut aussi y lire une tactique alors qu’il y va d’une omission. Certes, deux mentions « de pays voisins »… où ? lesquels ? Ce silence est grave en raison du combat que l’Etat hébreu doit mener, avec ses propres contradictions internes, mais qu’il poursuit contre des ennemis dont le but est d’établir le siège d’un califat pan-islamique à Jérusalem.

Par ce silence, le président français et les représentants de cette grande nation européenne confirment l’histoire de leur patrie : elle continue de représenter l’héritage chrétien de la Fille aînée de l’Eglise sous le couvert d’un laïcisme de 1905, conséquence de l’Affaire Dreyfus. La République française garde et assure la protection de nombreux lieux importants situés en Israël et dans les Territoires palestiniens, comme en contradiction avec cette nouvelle « laïcité » répétée a volo dans un pays uni et pluriel, confessée par la République. De fait, on peut feindre de douter, y compris de l’existence palpable et non virtuelle de l’Etat islamique dont le Sinaï assure un pont transcontinental et géo-stratégique.

Le 19 octobre 2015, la municipalité de Saint-Denis où s’est déroulé l’un des sièges les plus rudes de l’histoire de la police française et de ses services d’assaut d’urgence plaçait ouvertement le drapeau palestinien sur les murs de la mairie de cette banlieue parisienne. Comme si l’absence de vraie reconnaissance légale, étatique et sociétale avérée d’un « proto-Etat palestinien » fascinait certains milieux politiciens français au détriment conscient ou inconscient de l’authenticité de jure et de facto de l’existence de l’Etat d’Israël.

Le 15 novembre 1988, le dix-neuvième Conseil National Palestinien réuni à Alger proclamait l’indépendance d’un état alors sans territoire défini de ce qui se percevait une entité palestinienne précise.

Cette indépendance fut réitérée le 13 décembre 1988 par Yasser Arafat à l’ONU dont l’Assemblée Générale adopta, le 15 décembre 1988, la résolution 43/177 confirmant la reconnaissance d’un Etat palestinien indépendant.

Depuis lors, la reconnaissance  s’est produite état par état et uniquement de facto, de pays de plus en plus nombreux (de 75, puis 92 au 15/12/1988  à 138 en 2012 lorsque l’Etat de Palestine devient un état observateur mais non membre de l’Organisation des Nations Unies).

On notera le statut juridique hybride de la structure : « Le droit civil inclut la coutume (urf), la Loi islamique (charia), le droit foncier ottoman, les règles d’état d’urgence du Mandat britannique, le droit civil israélien pour Jérusalem-Est et les colonies juives, le droit civil jordanien pour la Cisjordanie, le droit civil égyptien pour la bande de Gaza, le droit militaire israélien et les lois et décrets élaborés par l’Autorité Palestinienne« , (Digithèque on Palestine). Il s’agit d’un proto-Etat de Palestine qui se réfère à la Loi islamique (Charia).

Recevant, le 18 novembre 2015, Mr. Donald Brome, le nouveau consul des Etats-Unis à Jérusalem, le Patriarche Théophilos de Jérusalem et de toute la Palestine lui a présenté une copie de l’Achtiname ou Décret de Tolérance accordé en 637 (Année 15 de l’Hégire) par le Calife Omar Ibn-al-Khattab au Patriarche Sophronios de Jérusalem au nom de la Oumma naissante ou autorité islamique du temps qui reconnaissait les six confessions chrétiennes présentes au Saint Sépulcre et à la Basilique de la Nativité de Bethléem (cf. mon précédent article  » http://frblogs.timesofisrael.com/temps-de-violences-temps-de-naissances/ »).

Le Patriarche Théophilos expliqua au diplomate américain que tout nouveau patriarche de Jérusalem fait le serment de respecter les termes de ce Décret datant de l’aube de l’Islam. Il souligna que ce document reste valide à ce jour, en particulier dans les relations entre toutes les Eglises chrétiennes (nommément mentionnées dans l’Achtiname) et l’Autorité Palestinienne dont le droit religieux repose sur la Loi islamique ou Charia. Ceci est systématiquement absent de toute réflexion sur les véritables statuts des Eglises vis-à-vis de l’Islam, expliquant des attitudes ambigües de certains patriarcats d’Orient et d’autres Eglises locales traditionnelles qui se tourneraient volontiers vers l’Etat hébreu.

En quelques heures, il y a eu les attentats de Paris, les menaces réelles en Belgique, en Allemagne, des engins explosifs trouvés en Suède. Les rumeurs persistantes de projets d’attaques sur Milan et Rome visant cette fois le Vatican s’ajoutent à des craintes sur Londres. L’univers occidental européen se découvre un devoir d’unité face à des agressions souterraines et apparemment isolées. Du coup, il y a un silence sur les exactions effroyables commises en Afrique, au Pakistan, au Bangladesh, en Indonésie mais aussi dans le Caucase et surtout, – on y revient – contre les Israéliens.

Dans la foulée des attentats parisiens, le gouvernement israélien a interdit une organisation islamique présente en Galilée. Il ne s’agit, au fond, que d’un rappel à l’ordre. Le mouvement a souvent été à la limite de la légalité. Mais cette mesure rappelle que de nombreux jeunes israéliens, de nationalité arabe, s’engagent dans Daech en Syrie.

Combien de temps faudra-t-il pour cerner de manière vraiment efficace les multiples mosquées qui se développent dans toute la Galilée ? La versatilité de l’information en continu détourne trop vite l’attention de projets qui ont mûri sur de décennies et se mettent en place.

L’information ne fait que virvolter en raison du manque de préparation et d’efficacité à contrer directement et avec sérieux des sources multiples d’actions viciées par nature, menées par une entité qui reste, au mieux, un « proto-état » islamique. Le langage utilisé déconcerte tout en étonnant les « mécréants » par leur parfaite maîtrise des dernières innovations numériques et l’art des manipulations psychologiques.

De fait, le mouvement Daech ne cache rien : il vise à établir un califat islamique avec sa capitale à Jérusalem. A cet égard, les assassinats, les combats spirituels entre Sunnites et Chiites ne sont que broutilles. Ces deux sectes musulmanes affichent leurs haines multi-séculaires et imprescriptibles, quasi nationalistes, pour distinguer les Persans des Arabes sunnites.

Cette haine se nourrit d’un projet commun bien que divergent quant aux opérations et le but recherché qui vise à reconquérir Jérusalem.  Il n’y aucune place pour une quelconque hésitation : le véritable objectif est de construire un Etat Islamique avec Al Qods Al-Charif (Mont du Temple, d’autres parlent d' »Esplanades des Mosquées ») comme centre et capitale, bâtie sur les ruines de la société sioniste, juive et israélienne. Cela fait des années que le Dr. Mordechai Kedar, professeur à l’Université de Bar Ilan, explique et démontre les faits, surtout en direct et en arabe sur les ondes de Al-Jazeera.

Ceci n’est pas et ne saurait uniquement exprimer le but d’une secte rongée par des idéologies délirantes. Elle est fanatisée jusqu’aux sangs en tant que groupe djihadiste qui a supplanté Al-Qaida. Ces mouvements de terreurs multiformes sont, par définition, appelés à disparaître que ce soit en raison de luttes intestines ou pour des motifs dus à des situations hors de leur territoire.

C’est une évidence qui s’impose en raison du caractère grotesque, tragique et irrationnel de leurs agissements. Ils sont sophistiqués et à la pointe de la high tech et pourtant, dans le contexte européen, on est obligé d’y percevoir une forme d’infantilisme immature. Il y aura un moment où la terreur va historiquement céder le pas à la vie, à moins qu’elle ne provoque la disparition d’une certaine idée de la société contemporaine en sa post-modernité.

En soi, Daech est un produit périssable. Cela n’apparaît pas car l’horreur déployée par la secte demande pour l’instant que nous soyons déjà capables de prendre conscience de l’ampleur des crimes et de leur conception, de ce qu’ils signifient à divers niveaux. Il est d’abord urgent de mettre à jour notre capacité à appréhender de manière correcte ce qui est en train de se passer. Pour l’heure, la société européenne essaie de faire le grand écart pour relier des abîmes ou des années-lumière d’onirisme, de décalages synchroniques par rapport à une réalité qui s’impose malgré elle. Il est évident que ce choc floutant est fait pour passer.

Il existe bien un Etat islamique. Il n’est pas question de jouer sur les mots. Ces concepts trouvent peu sinon pas d’écho dans la mémoire vive des Européens parce que la plupart des pays concernés ont versé dans des lubies philosophiques auto-miroitantes, le mythe de la mort de Dieu, le  sens et le non-sens intégral.

L’Etat islamique verbalise et concrétise avant tout le désir encore flou de haines qui veulent se déchaîner. On peut dire qu’il s’agit d’une volonté post-coloniale de rebâtir un califat de Baghdad, disparu avec l’empire ottoman. On découvrirait chaque jour que ce Daech serait vraiment ce « proto-état », donc une entité étatique dont la volonté de structure serait juridiquement cohérente.

Il serait alors fondé sur un territoire qui correspond, en gros, à celui qu’avait précisément conquis le Calife Omar Ibn al-Khattab en quelques années depuis la Cyrénaïque libyenne jusqu’à la Perse au nom de la Loi islamique et de la révélation reçue par le Prophète de Médine. Or, ce projet apparaît un siècle après la chute de la Sublime Porte comme en cohérence évidente avec l’extension du prosélytisme musulman. L’Islam est aujourd’hui en l’an 1437, ce qui correspond, pour cette religion issue du désert et des clans, à une période moyen-âgeuse pour les Occidentaux. Les vrais Musulmans ont pourtant sauvé des autodafés « chrétiens » les écrits de l’Antiquité grecque et latine, grâce des Juifs qui écrivaient en arabe.

Il est important de préciser les faits. L’Europe a connu, comme de nombreux autres pays, des attentats meurtriers  au cours des décennies passées, depuis les 25 dernières années. Les choses semblent aller plus vite en ce moment, dans une direction qui allierait religion, conquête, volonté de revanche historique et économique.

Il faut discerner les choses : la violence est naturellement humaine, tout comme l’est l’endormissement idéologique par le jeu des affinités sélectives ou de protections communautaires. L’obscurantisme et la réapparition d’un paganisme cyclique s’y affirment dans de prétendues libertés éthiques, morales et dérivent  lentement vers la confusion entre « permis » et « interdit ». La violence est autant un tabou puissant que l’est l’initiation rituelle, passive dans certaines religions qui prétendent dépasser des peurs morbides. Nous rencontrons des générations molles face à d’autres qui se plaisent à se mesurer aux limites de l’extrême. La mode unisex recoupe un hédonisme féroce et les liens souples ne permettent pas nécessairement d’éviter l’exclusion.

Puissance du Divin ? Ou prendre la place du Créateur : c’est une tentation permanente qui pousse à l’intolérance, la violence, l’obscurantisme et surtout à se laisser séduire par la force de mythes rêvés, récurrents et indestructibles.

Il est simplement normal que l’Islam désire étendre la révélation du Prophète sur l’ensemble de la nation humaine comme le fit le christianisme pendant des siècles. Il semble se manifester actuellement par des sauvageries insensées, comme au temps où les Barbares conquéraient l’empire romain et certaines régions christianisées. Puis ce furent les siècles d’expansion de la foi chrétienne, rendue possible par l’Edit de tolérance pris par l’empereur Constantin (315), autorisant peu à peu la main-mise du christianisme, au-delà de la foi, sur toutes les leviers de la société étatique : vie morale, culturelle, linguistique, économique, technique, financière ainsi que la vie de l’âme et du corps, la pensée, les formes de créativité.

« On doit remarquer que, depuis la disparition de tout état officiellement chrétien, il n’existe plus de persécutions ou de brimades de nature religieuse commises au nom du christianisme », notait Michel Malherbe (« Les Religions de l’Humanité, p. 506, Criterion).

A ce niveau, l’anathème de personnes jugées « hérétiques » rejoint le désir de blasphémer contre ce qui est « saint » et qui, dans sa justice et sa pureté, reste invisible, insaisissable et libre de toute pression. Il n’est pas fortuit que les termes hébreux et araméens issus de Q-D-SH\ק-ד-ש indiquent la bénédiction, la sanctification, la purification, s’engager dans la guerre, se fiancer, subir le martyre, prostitution sacrée ou des deux sexes, sodomite (Sifré Deut. 260).

Il est possible de ne voir dans les menaces graves qui pèsent sur les pays occidentaux une manifestation de dérives schizoïdes propres à des sociétés déséquilibrées par des disparités sociales, économiques, voire déficientes au niveau de la transmission de vraies valeurs historiques et spirituelles. L’imagination et la puissance onirique du mythe se réfugient dans des conflits dont le facteur religieux sert d’alibi à des querelles ethniques ou politiques.

Ce qui se révèle en Israël est d’une autre nature. Tout semble identique à ce qui se produit de manière terroriste dans des sociétés européennes laïcisées (ou néo-païennes) ou encore dans une Afrique tribale, largement islamisée, aujourd’hui en butte à toutes sortes d’évangélisation antagonistes de la part des diverses Eglises chrétiennes dans des milieux largement fidèles à l’animisme naturel dans le continent.

Le Proche-Orient se trouve dans un autre contexte qui se précise dans l’axe Caucase-Ethiopie-Kenya et du Machrek poussé jusqu’à l’Indonésie et le Cachemire passant par les Arabies, l’Egypte, l’Afrique du Nord et l’Afrique centrale. Le mythe de la restauration d’un califat néo-historique, pratiquement inédit dans ses structures, repose sur la négation totale de la réalité israélienne.

L’Etat islamique est présent en Israël, non comme  un lumpenproletariat victimisé de jeunes Arabes sans perspectives d’avenir. Ils existent.

D’autres ont su suivre les cursus scolaires et universitaires de haut niveau offerts par Israël, s’intégrer pour construire un avenir commun tandis que certains ont utilisé ces structures pour combattre l’Etat hébreu (H. Zoabi en est un exemple). Les médias européens répètent que les djihadistes ont voulu tuer une jeunesse dont l’art de vivre était celui des valeurs de la liberté. Oui, mais les djihadistes étaient aussi des jeunes dont l’art de vivre fut sans doute messianique, utopique, souvent « millénariste » et suicidaire. Cela souffre la comparaison et quelques similitudes qui ont mal tournées.

L’Etat Islamique a acquis un territoire, des allégeances de la part de communautés diverses qui réclament la restauration du califat.

Lorsqu’Abou Bakr al-Baghdadi s’est proclamé « calife », il a affirmé un lien – pourtant bien faible – avec la réalité multi-séculaire du califat traditionnel qui ne fait que se saisir du vide causé par l’effondrement structurel des états proche-orientaux. Ils avaient été créés, de manière fictive, selon les stratégies et les desiderata des puissances françaises, anglaises et autres.

A ce jour, la Syrie, mais aussi le Liban, l’Irak ne réapparaîtront plus dans la forme consentie à l’issue de la deuxième guerre mondiale. Seule l’Egypte continue de se prévaloir d’une identité chrétienne originelle (les Coptes) et d’un Islam cultivé qui vient en soutien des structures étatiques en place. La Libye, le Soudan, le Yémen n’ont plus de réalité étatique et viennent grossir le flot de réfugiés ou fugitifs incertains. La Jordanie risque de se trouver dans de grandes difficultés mais tient sûrement bon grâce à l’assistance des réseaux israéliens.

Nous assistons à des guérillas urbaines. Les attentats perpétrés dans les grandes villes de France montrent des carences dans la préparation logistique et psychologique. Les solidarités ont aussi leurs limites, en particulier à l’égard du judaïsme.

Les Corps d’Etat et les Corps constitués de la République se sont rassemblés pour la messe célébrée après le 13 novembre à Notre-Dame; la société est laïque, républicaine. Le christianisme reste une référence marquée et fondatrice de l’identité française.

De même, le Patriarche Cyrille de Moscou a réuni de vastes foules orthodoxes à travers la Fédération de Russie suite à l’attentat contre l’avion Metrojet explosé à son départ de Sharm-el-Sheikh dans le Sinaï.

La Norvège s’était naturellement retrouvée à la cathédrale luthérienne d’Oslo lors des tueries d’août 2012 à Oslo et Utøya. L’Ouest et l’Est européens s’affrontent sur l’Ukraine et traversent des crises économiques extrêmement graves.

Une attaque conjuguée de l’Europe, des Etats-Unis et de la Russie sur Daech et des petits états en constitution au Proche-orient peut-elle accéder à la victoire ? Serait-ce même cohérent alors que les intérêts religieux de ces pays pour le Croissant Fertile doivent impérativement être revus au vu du remodelage confessionnel. Il ne faut pas se leurrer sur l’extrême faiblesse des chrétientés historiques d’Orient qui ont souvent été réduites par les Occidentaux.

L’apparition d’un Etat juif reconnu, légitime de facto et de jure face à des états voisins en germe après leurs dislocations civiles, statutaires et confessionnelles doit inciter à sortir de la cécité verbale et diplomatique.

Il est alors réconfortant de penser que nous sommes partis pour une aventure humaine et civilisationnelle passionnante qui prendra forme dans un ou deux siècles. Il appartient à notre génération d’être forte et fidèle à l’héritage vivant que nous avons reçu et avons la tâche de transmettre.