Pour des raisons de sécurité, pour elle, pour sa famille et ses amis restés en Irak, les lieux d’habitation en Irak et en France, les noms, dates et activité professionnelle ne sont pas précisés.

Je suis chrétienne d’Irak, mariée avec deux enfants, un garçon et une fille. Actuellement, je vis en France sous le statut de réfugiée politique.

En Irak, j’avais à une vie stable et sûre sous l’ancien régime de Saddam Hussein malgré la violence, la peur et les abus que vivaient les chrétiens comme moi. Mais nous n’avons jamais été menacés et contraints de partir à cause de notre religion.

Comme tout irakien, la vie des chrétiens était remplie de peur et privée de liberté d’expression mais le régime précédent nous permettait d’avoir une vie honnête et loyale, une vie normale.

Mais après la chute du régime de Saddam Hussein, les chrétiens furent menacés de mort et enlevés.

Avant de quitter notre pays, nous avons vécu les pires moments de notre vie, sous l’aspect religieux et culturel, en même temps qu’économique et social. Nous aimons notre pays, avions une vie stable professionnellement et financièrement et en gardons de merveilleux souvenirs. Mais à cause d’esprits étroits et de dogmes religieux, nous avons tout perdu.

Mon mari travaillait dans une organisation humanitaire chrétienne qui rendait service aux habitants mais parce-qu’ elle était non-gouvernementale, elle a été menacée et accusée d’être contre l’Islam. Ils ont déposé devant notre porte une enveloppe contenant huit balles de pistolet ; pendant le même temps, un membre de l’organisation reçut un appel téléphonique menaçant de mort tous les membres s’ils ne quittaient pas leur travail. Tous les collègues de mon mari et nous-mêmes quittèrent la ville.

Nous sommes partis au nord et je demandai une mutation professionnelle dans la banlieue d’Al-Mousel où mon entreprise avait des bureaux. Nous vivions donc au Kurdistan mais, avant d’obtenir cette difficile mutation, je continuai à travailler au même endroit, avec une distance d’une heure et demie de route de mon travail. Mes enfants furent difficilement admis dans une école du Kurdistan.

Mon mari n’ayant plus de travail, je devais subvenir aux besoins de tous. A Al-Mousel, où je finis par être mutée, la situation des chrétiens n’était pas meilleure et, à partir de 2012, ils furent régulièrement menacés.

Notre vie n’était pas facile malgré tout l’espoir que nous avions. Notre situation était instable car mon milieu de travail était composé d’habitants d’Al-Mousel qui parlaient sans cesse de religion. Je tentai de leur démontrer que notre religion était basée sur l’amour et la tolérance mais je dus faire face à la violence et à la haine.

De ce fait, pour me protéger, je dis que l’Islam était la meilleure religion qui soit. Certains de mes collègues de travail occupaient des positions importantes et étaient diplômés mais cela ne les empêchait pas d’avoir l’esprit étroit. Je commençai à être prudente mais étais aussi sans cesse inquiète ; ce fut très difficile à vivre.

Un jour, je dus donner un avis sur un projet commercial. Se révélant illégal, je demandai à ce qu’il soit bloqué et le dossier clôt. Alors, je fus menacée par l’initiateur du projet qui fit pression sur moi pour que je change ma décision. Il était convaincu que je l’avais prise parce que j’étais chrétienne et lui musulman ; or, je n’avais pas le droit d’arrêter un projet musulman. J’arrêtai donc de travailler pendant un long moment.

Les temps étaient difficiles pour ma famille jusqu’à ce que nous décidions de partir. Nous avons alors appelé notre famille qui vit à Marseille pour leur demander de l’aide. Ils nous conseillèrent le visa de tourisme qui ne fut accepté par le consulat que pour moi, pensant avec raison qu’il ne n’était pas question de tourisme mais de demande d’asile politique et qu’ainsi que je reviendrai…

Je n’avais pas le choix, je partis seule. Quand j’arrivai sans mon mari ni mes enfants, ce fut difficile mais je continuai à croire et espérer. La France m’aida, le gouvernement, surtout les églises, jusqu’à aujourd’hui. Je remercie Dieu tous les jours de m’avoir fait rencontrer de telles personnes.

Si vous me parlez du jour de mon arrivée en France, croyez-moi, ce fut le plus difficile de ma vie parce-que je ne savais pas quand je reverrai mes enfants et mon mari ni où j’irai et comment je vivrai. Je ne savais pas non plus ce qu’il y avait dans ma valise car mes enfants l’avaient préparée pour moi. Je pleurai sans cesse. Malgré tout, j’entrai sur le territoire français, montrai mes papiers et demandai l’asile politique qui fut acceptée. Je pus alors entreprendre les démarches pour rapatrier ma famille.

Maintenant, la France est mon pays après que je sois devenue une étrangère dans mon propre pays.

La lettre « N », qui fut utilisée lors de l’exode des chrétiens d’Irak, est devenue notre symbole parce-que notre foi dans Jésus-Christ nous fait pardonner celui qui blesse et abuse l’autre. Nous croyons que Dieu est grand et amour et que nous oublierons ce qui nous a été fait.
« Celui qui croit en moi vivra ».

L’APF a recueilli ce témoignage