Quelques jours après les saillies navrantes de politiciens (de gauche) qui devront assumer d’avoir joué sur les haines pour quelques voix de plus, 48 heures après le déchaînement hystérique des militants pro-palestiniens sur les quais de Seine, la tension retombe.

Les excités des réseaux sociaux perclus de crampes digitales lâchent leurs claviers, la presse retourne à la léthargie estivale dont elle n’aurait jamais dû sortir.

Pour ceux qui sont allés sur place, une double impression se dégage de cet évènement.

La première est une infinie tristesse de constater qu’il faut désormais la protection de 500 CRS, policiers et gendarmes pour qu’un évènement culturel et festif vaguement lié à Tel Aviv (une affiche et trois calicots), très éphémère (24 heures) et assez sobre (un glacier, un vendeur de falafels et un DJ) puisse se tenir à Paris.

Tout cela dans la crainte de débordements de la part de manifestants plus anti-israéliens que véritablement pro-palestiniens. Voilà où nous en sommes arrivés.

A ce que la population parisienne soit prise en otage par des militants radicalisés et soit obligée de s’astreindre à une longue file d’attente pour être fouillée et parcourir quelques dizaines de mètres de berges de la Seine.

La seconde est qu’il s’agit là d’une nouvelle occasion manquée de la part de ces manifestants de montrer que, tout comme sur la vraie plage de Tel Aviv, la coexistence entre hijabs et bikinis peut être une réalité. Ce n’est évidemment pas la situation la plus courante en Israël mais elle a le mérite d’exister.

A Paris, les thuriféraires de la cause palestinienne ont cru plus judicieux d’organiser une manifestation de propagande politique avec discours agressifs et slogans outranciers quand ils n’étaient pas parfaitement faux.

Quel cynisme.

A-t-on demandé à Patrick Jarry, maire de Nanterre apparenté PCF, de mettre un terme à son jumelage avec la ville de Novgorod parce que la Russie a annexé la Crimée et soutient les indépendantistes pro-russes ukrainiens ? Non.

A-t-on demandé l’annulation du festival Scènes d’Eté 2014 à Paris quand la Turquie était mise à l’honneur ? Cette Turquie de M. Erdogan qui, un an plus tôt, réprimait dans le sang une manifestation pacifique sur la place Taksim à Istanbul, qui la même année emprisonnait un compositeur et pianiste turc et un blogger turco-arménien pour blasphème, qui depuis 2011 réduit la liberté d’expression, la liberté de la presse, la liberté de réunion, le droit à l’avortement, le droit à la commercialisation et la publicité de l’alcool, les droits LGBT… cette Turquie enfin qui, à l’été 2014, favorisait déjà depuis un moment le passage d’armes et de djihadistes vers l’Etat Islamique en Syrie.

Non plus.

Ce traitement toujours à part d’Israël, oser demander l’annulation de ce jumelage provisoire avec Tel Aviv, voilà l’indécence.

L’observateur avisé de ces derniers jours aura enfin remarqué un point qui n’est pas anecdotique.

Près de 40.000 tweets, négatifs pour l’immense majorité, ont été échangés sur cet évènement en 3 jours et la presse s’est empressée de réagir, analyser, généraliser, tirer des conclusions, accessoirement informer mais aussi et surtout, consciemment ou pas, désinformer.

Deux jours après les faits, la recherche « Tel Aviv sur Seine » sur le moteur de recherches Google donnait 2.330.000 occurrences… un résultat qui laisse songeur vu l’importance très relative de l’évènement.

Or, si l’on prend la peine de s’ouvrir un peu sur le monde et de s’intéresser à autre chose qu’aux produits dérivés du conflit israélo-palestinien, on constatera qu’entre le 6 et le 13 août, le monde a connu plus d’un attentat par jour faisant au total 155 morts, plus 150 blessés et 135 kidnappés, de Bagdad au Cameroun en passant par Kaboul et l’Arabie saoudite.

Une fois passé l’effarement de ce décompte morbide dont les soutiens pro-palestiniens sont en général friands, on ne peut s’empêcher de remarquer que ces faits divers tragiques n’ont eu la faveur des journaux que pour de rares entrefilets et n’ont apparemment pas suffisamment émus les pro-palestiniens pour les faire manifester. A chacun ses combats. Pourquoi pas. Eux se concentrent sur les Palestiniens.

Mais cet intérêt ethno-centré s’arrête aux rives de la Méditerranée. Vous ne les verrez pas descendre dans les rues pour les 23.000 palestiniens d’Irak qui, depuis la chute de Saddam Hussein, sont persécutés par le gouvernement chiite (déplacements forcés, arrestations, tortures et exécutions sommaires) ou pour ceux de Syrie que Bashar El-Assad comme les fanatiques de l’Etat Islamique continuent de bombarder. Peu leur importe que le Liban ait fermé ses frontières aux réfugiés palestiniens de Syrie les abandonnant à leur triste sort.

Tous ceux-là ne bénéficient pas de la bienveillance des indignés des quais de Seine.

Pourquoi ? Parce qu’Israël n’est pas impliqué.

A croire que finalement, ce n’est pas sur les Palestiniens qu’ils se concentrent mais bien sur Israël, et ne soyons pas dupes, sur les juifs.

Les Anglo-saxons résument cette attention à géométrie variable par cet aphorisme : No Jews, No News. Tout est dit.