Ma ville, ma famille, mes amis, mon âme. Tel Aviv, je suis, toujours et partout.

J’écoute ses histoires depuis que je suis née. Mon père est né à Neve Tsedek en 1946, ses premiers souvenirs, y comprit le tir de Jaffa sur ce petit quartier en face de la mer.

Lorsque la brise et la sueur de Tel Aviv se mélangent avec du sang, nous oublions notre petit paradis du Moyen-Orient.

Tel Aviv est une ville qui contient tant de souvenirs même si elle n’a que 107 ans. Dans ses rues, on peut rencontrer tous les clichés du monde juif. Une ville qui est fière de son héritage pluraliste, qui a créé une ambiance nouvelle et moderne et qui est impossible de trouver en Europe par exemple. Peut-être à Berlin …

Il est important pour moi de souligner que cette ville pluraliste n’est pas contre la religion, mais offre à ceux qui ne sont pas religieux l’alternative d’une autre identité culturelle hébraïque. L’identité juive que j’y ai trouvée me convenait, des années avant que je ne découvre le judaïsme réformé. Une ville qui me fait pleurer quand sa chaleur frappe mes yeux et ma mémoire personnelle près de la mer.

Je vois cette ville à travers les yeux de 4 générations : mon arrière grand-mère Rachel est arrivée en 1933, elle a perdu son premier né dans la guerre de 1948.

Mes grands-parents, Sarah et Isaac, qui ont grandi à Tel Aviv et sont tombés amoureux dans la rue Achad Ha’am ou Rachel vivait jusque dans les années 80. Ils s’aimaient en hébreu tout en parlant de nombreuses autres langues. Ils entendirent Ben Gurion un vendredi après-midi déclarer que nous avions un Etat juif. Ils ont l’entendu en direct avec des autres Telaviviens dans la rue pas loin de leur maison.

Ils ont dansé toute la nuit et le matin ils sont partis à la guerre. Ma grand-mère garde des vieilles photos d’un beau couple assis dans un café près de la mer. Les yeux de son mari sont bleus et souriants, mais ils ont déjà vu beaucoup. Ils avaient les armes cachés dans leur maison contre les anglais, et leur premier garçon ; Amnon, mon père, est né avec des premiers souvenirs de guerre.

Mon père connaît cette ville comme la paume de sa main. Il est l’un de ses vrais citoyens qui a été forcé de la quitter avec ma mère. Ils habitent à 10 minutes, à Givatayim.

Quand je visite Israël, mon moment préféré consiste à me promener avec mon père dans le vieux quartier où il a vécu. Neve Tsedek, avant de devenir une destination touristique, était un quartier pauvre mais avec de précieux souvenirs des premiers jours d’Israël.

Mon père se souvient des voisins de sa grand-mère Rachel qui est arrivée à Tel-Aviv en 1933. La famille Harari, l’une des familles fondatrices de Achouzat Bayit, plus tard nommée Tel Aviv.

Il se souvient de l’ancien cinéma Eden, quand il a essayé avec ses amis de se faufiler sans payer. Il se rappelle de l’école « Gimnasia Hertzeliya », où les enfants riches ont appris en hébreu. Il se souvient de ses premières leçons de guitare qu’il avait quand il était adolescent, qu’il payait avec l’argent de ses salaires pour soutenir sa famille. Il se souvient des cafés où les artistes célèbres buvaient une gorgée de schnaps avec leurs belles amantes. Il se rappelle des chansons qu’ils ont écrit et qu’il chantait à son amie.

Il a renoncé à son rêve d’être l’un d’entre eux en étant père à l’âge de 22 ans avec ma mère qui vivait à 15 minutes de sa ville natale, dans le désert de Ramat Gan.

Tel Aviv pour moi c’est le vieux port de Tel Aviv, qui a été construit par mes grands-parents. C’est là que j’ai reçu mon premier baiser sur la plage Frishman, un autre baiser sur la plage du Hilton, et un autre sur le vieux port avant sa rénovation. Il est devenu un paradis touristique.

Tel Aviv, est l’endroit où j’ai appris que l’hébreu est pour moi, non seulement une langue, mais l’une de mes meilleures amies. Les livres que j’ai achetés dans les petits stands de la rue Allenby. Mes lectures dans la grande bibliothèque de Beit-Ariella. C’est là que je rencontre ceux qui me manquent chaque année, où je respire profondément, même quand il fait incroyablement chaud au milieu du mois d’août.

Elle me manque parfois comme un vieil ami. Un ami qui partage mes secrets, mes moments les plus heureux et mes jours les plus tristes. Un ami dont je reconnais l’odeur, même quand je suis loin, et qui me fait me sentir spéciale chaque fois que nous nous rencontrons.

Je dois écrire plus souvent à propos de cette amie Tel-Aviv, elle plante un désir en moi chaque fois que je pense à l’écriture. Mais quelle langue devrais-je utiliser. Elle parle beaucoup de langues cette amie. Cette âme sœur qui s’appelle Tel Aviv.

Cette chanson de Yehoram Gaon du film Casablan (Casablanca)  a été filmé à Jaffa, avec vue sur Neve Tsedek. Il chante les désirs de son père de Casablanca où il a grandi. 2 villes de 2 générations qui se ressemblent beaucoup, des deux côtés de la mer.

Il chante à propos de cet endroit qu’il aime, qu’il n’a jamais oublié, qu’il porte dans son cœur. Même s’ils vivent loin…