Malgré les milliers de frappes aériennes, l’État islamique se maintient : grâce aux armes capturées à l’armée irakienne, aux taxes qu’il impose, à la vente de pétrole à la Turquie, à la contrebande d’artefacts archéologiques, aux rançons et aux ventes d’esclaves yazidites et chrétiens.

Il est renforcé chaque mois par un millier de combattants venus de l’étranger. On estime à près de 50 milliards la quantité d’armements de l’armée irakienne capturée par l’État islamique. Les frappes aériennes ont figé l’expansion de l’État islamique, notamment dans les régions kurdes au Nord de la Syrie et de l’Irak. Il n’en demeure pas moins que des villes importantes comme Mossoul en Irak et Rakka en Syrie sont encore sous contrôle de l’État islamique.

Les belligérants syriens

Les factions en lice ont des agendas distincts : le gouvernement actuel s’appuie sur les Alaouites et bénéficie du soutien des Druzes et des chrétiens qui craignent les débordements des salafistes et des Frères musulmans ainsi que sur une partie de la bourgeoisie sunnite.

L’État islamique planifie son action apocalyptique contre les Yazidis, les Chiites, les Chrétiens puis les Juifs, dans cet ordre mais les attaques récentes à Beyrouth, au Sinaï et à Paris pourraient signifier un changement d’orientation.

Les islamistes radicaux tels Al-Qaeda, Al Nusrah ou Al-Sham ou autres salafistes préfèrent agir immédiatement contre la chrétienté. Les islamistes dits modérés tels les Frères musulmans visent la prise du pouvoir et l’emprise graduelle sur l’ensemble de la société. Les républicains de l’Armée syrienne libre opposés à la dictature du président syrien Assad forment un autre élément de cette équation complexe. Quant aux Kurdes de Syrie et d’Irak, ils essaient de maintenir une autonomie.

Les intervenants de l’extérieur

Au mois d’août 2014, le gouvernement américain a répondu à la requête du gouvernement irakien en lançant des frappes aériennes contre l’état islamique. Ces frappes ont été étendues à la Syrie en septembre 2015.

Une coalition de 60 pays dont la France, la Grande-Bretagne et le Canada s’est jointe aux efforts américains. Depuis que la guerre contre les Houtis est engagée au Yémen, l’Arabie saoudite, la Jordanie, les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Qatar ont pratiquement cessé leur participation armée contre l’État islamique. Le premier ministre du Canada nouvellement élu a annoncé l’arrêt de la participation de l’aviation canadienne aux frappes contre l’État islamique dans le futur.

La Russie a offert un soutien quasi inconditionnel au régime syrien en recourant à son droit de véto en 2011, 2012 et 2014 pour bloquer des décisions du Conseil de sécurité de l’ONU visant à menacer le régime syrien de mesures ciblées.

La Syrie continue d’être armée par la Russie qui dispose d’une importante base navale sur la côte syrienne à Tartous. En fin septembre 2015, la Russie s’est lancée dans des opérations aériennes en Syrie. L’efficacité des frappes aériennes est mise en doute par les observateurs et il semble bien que l’offensive de l’armée syrienne soutenue par l’aviation russe n’ait pas été concluante.

L’Iran inonde la région de milices chiites, surarme le Hezbollah et donne un appui absolu au régime syrien. La Turquie a finalement accepté de participer à la guerre contre l’État islamique après avoir longtemps fermé les yeux sur le passage de militants et de matériel en route pour l’État islamique.

Un nœud de contradictions

Les contradictions sont flagrantes : les Américains viennent en aide à l’Irak alors même que l’Irak coordonne sa guerre contre l’État islamique avec l’Iran, la Syrie et la Russie ce qui fait braquer encore plus les pays sunnites.

Les Russes déclarent vouloir combattre l’État islamique et ciblent les rebelles syriens soutenus par les États-Unis. Les Turcs qui font partie de la coalition contre l’État islamique s’en prennent aux Kurdes soutenus par cette même coalition. Pourtant, seuls les Kurdes qui ont bénéficié du soutien aérien américain ont réussi à résister à l’État islamique.

L’Arabie a libéré des condamnés de droit commun pour combattre le président Assad et ce dernier a libéré les radicaux islamistes des prisons syriennes afin qu’ils combattent l’armée syrienne libre tout en sachant qu’ils finiraient par se retourner contre lui.

Tant la Turquie que l’Arabie saoudite veulent mettre fin au régime d’Assad, mais la Turquie soutient les Frères musulmans honnis par l’Arabie saoudite. Ennemi traditionnel des Sunnites, l’Iran combat les milices sunnites radicales ainsi que les opposants syriens au régime d’Assad. Les Sunnites d’Arabie et du Golfe pourraient geler le financement des salafistes par des personnes fortunées, mais hésitent à le faire car ces derniers combattent leur ennemi juré : les Chiites iraniens.

Un pays morcelé

Le gouvernement syrien d’Assad ne contrôle plus qu’un quart du territoire syrien. Le reste du territoire est partagé entre plusieurs acteurs non étatiques dont: le Hezbollah affidé de l’Iran, l’État islamique qui se proclame califat, Al-Nusrah qui est affilié à Al-Qaeda, des milices chiites sous contrôle iranien ainsi qu’une zone kurde jouissant d’une autonomie relative.

Malgré les investissements importants, les milices syriennes formées par les Américains se comptent sur les doigts de la main sur le terrain : la crainte que ces milices ne changent d’alliance a restreint le nombre de candidats acceptables pour Washington et a été démotivante pour l’Armée syrienne libre. Un petit détachement de militaires américains vient en aide aux Kurdes en priorité. Quant aux interventions russes, elles visent pour l’instant à stabiliser le fief alaouite du président Assad dans l’ouest syrien.

Et pendant ce temps-là, 12 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population, ont été déplacées et vivent l’enfer.