Sur la route du retour d’Hong Kong,  je prends un instant de réflexion et un flot de pensées me traverse l’esprit.

Je me souviens de ce que j’ai vu là-bas, de ces grattes-ciel a n’en plus finir, de ces routes gigantesques, de ces ponts suspendus, de ce port qui charge et décharge sans fin, de tous ces gens qui courent, vite, très vite, qui n’ont pas le temps et qui doivent payer une ou deux domestiques pour gagner quelques précieuses heures de travail, elles s’occuperont de la maison et des enfants, ils pourront ainsi continuer leur course et leur interminable poursuite du bonheur.

Cette poursuite du bonheur, plus communément appelée course à l’argent, est ici le combat mené par chaque habitant, l’argent n’est pas une ressource rare, il existe en abondance, il se reproduit, se propage de manière spectaculaire et personne n’en manque, pourtant chacun en veut un peu plus, beaucoup plus.

Apres avoir passe dix jours avec l’école des jeunes ambassadeurs dont je suis le moniteur, je suis sur le chemin du retour et pense comment je vais faire pour arriver à Tel- Aviv. Avec tous ces embouteillages, ces heures perdues, ces klaxons, rien ne bouge on en deviendrait dingue.

Je préférerais alors peut être me rendre à Jérusalem mais là-bas ce ne sont pas seulement les embouteillages, c’est la terreur qui règne dans les rues. En attendant le bus, les gens se font poignarder à tour de bras, écraser par des voitures béliers, rouler dessus …et le bus lui, n’arrive pas.

Soudainement, une pensée dérangeante fait surface, dans quel endroit ai-je décidé d’aller vivre ? Entre couteaux, embouteillages, corruption et autre abus de pouvoir que chaque jour nous dévoilent ces journaux bon marché qu’on nous force à consommer comme toutes ces soufganioth grasses et sans saveur pendant la fête de Hanoukka. J’ai décidé de vivre ici, de construire ma maison, dans cet endroit où rêver d’une maison relève plus de la fiction que d’autre chose, pour être plus réaliste, je devrai parler de construire un studio, voir un deux pièces, le nouveau rêve sioniste du 21eme siècle.

Dans cet endroit, rempli d’ennemis, où peut importe où tu regardes, à la frontière égyptienne ce sont les islamistes salafistes, au nord le Hezbollah, Daesh presque partout en Syrie et qu’adviendra-t-il de la monarchie hachémite jordanienne en plein effritement.

Et je n’ai même pas commencé à parler de ce qui se passe à l’intérieur de notre pays, avec nos deux millions de concitoyens arabes, des bédouins qui s’emparent de notre Negev, des druzes qui sont fâchés sur nous et des bahai, mais qui sont ces bahai ? Ne faites pas semblant d’être intéressés. Je n’ai même pas encore parlé des palestiniens, quelle ironie, je parle comme Bibi, comme si nos voisins-cousins n’existaient pas.

Dans cet endroit je retourne, cet endroit empli de stress, de tensions au rythme infernal, et tout ce à quoi je pense, est de trouver un instant de calme pour pratiquer mon yoga. Où trouverais-je du calme ? C’est ici une ressource qui est des plus rares, ce qu’au fond tout le monde recherche. Je sais en tout cas ô combien j’en ai besoin.

Sur la route du retour d’Hong Kong, je prends un moment pour réfléchir, je pense au moshav dans lequel je vis aujourd’hui, avec notre petite maison que nous louons, ces quelques palmiers dans notre jardin, je pense à ma femme, ma vie, qui m’attend à l’intérieur, à ces plats qu’elle me prépare, aux senteurs si  familières et d’un seul coup, s’envole, comme si n’avait jamais existé, tout soupçon de plainte ou d’insatisfaction.

Le simple fait de penser à mon « chez moi », de réfléchir au peu que j’ai, qui est en fait tellement déjà, fait disparaître en moi tous ces doutes et seul un sourire béat et béant reste visible sur mon visage.

Quel bonheur d’enfin rentrer chez soi !